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Lettre ouverte à Mohamed Aïssa: les Ahmadis en Algérie souhaitent également lutter contre le Takfir !

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AHMADIYA
Dan Kitwood via Getty Images
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Monsieur le Ministre aux Affaires Religieuses,

Vous n'avez pas répondu à ma dernière lettre visant à vous demander un entretien sur la question des Ahmadis, et nous ne vous en voulons pas. Nous comprenons que les actions judiciaires étant en cours, votre position sur des dossiers, aussi sensibles que politiques, sont contraintes par des paramètres dont nous ignorons totalement les complexités.

Toutefois, nous ne sommes pas demeurés sans savoir que l'Iran, autant que l'Arabie Saoudite, a renforcé un partenariat avec l'Algérie dans leur volonté de lutter contre le terrorisme et surtout contre le Takfir. Les Ahmadis pensent également que le Takfir, soit la faculté octroyée de déclarer un individu ou un groupe comme étant non-musulman, est une entorse aux règles élémentaires de tolérance et de bienveillance de l'islam.

En effet, nous prenons pour preuve les multiples exemples du Prophète de l'islam sur la tolérance pour considérer que ces affaires de musulmanité supposée ou avérée ne sont pas une affaire d'hommes mais bel et bien une affaire de Dieu. Dans ces circonstances, les Ahmadis d'Algérie et d'ailleurs se joignent à cette bonne volonté de gouvernement algérien de lutter contre la plaie que représente le Takfir dans le monde musulman.

Ceci ayant été rappelé, il n'en demeure pas moins une contradiction patente entre le discours de Monsieur le Ministre et la politique menée. Si le souhait de lutter contre le Takfir est louable, déclarer sur la première radio algérienne que les Ahmadis ne sont pas des musulmans est un objectif qui attire bien moins de propos laudatifs de notre part.

LIRE AUSSI: "Les préceptes des Ahmadis portent préjudice aux bases mêmes de l'Islam", affirme Mohamed Aissa

Comment concevoir que les Algériens Ahmadis, qui prient cinq fois par jour, pratique l'aumône, paient la Zakat, prononce la Shahada et exerce le Hadj (quand celui-ci leur est permis) sont des non-musulmans ? N'est-ce pas là être plus royaliste que le Roi ? En réalité, les aspirations algériennes en termes de déstabilisation du pays sont foncièrement compréhensibles et les Ahmadis ne sont pas dans les pratiques de printemps arabes.

La question qui doit se poser est plutôt de déterminer si les pratiques des Ahmadis portent atteintes, d'une façon ou d'une autre à l'ordre public algérien ? Avant que les arrestations des Ahmadis n'éclatent dans le pays, personne ne connaissait réellement cette communauté que plusieurs centaines de fidèles, foncièrement minoritaire dans ce grand pays qu'est l'Algérie, et qui vivait en bonne intelligence avec tous les Algériens. Nous n'avions pas non plus déceler, chez eux, une propension au terrorisme car ils représentent tout ce qui est opposé au terroriste.

Ils condamnent les exactions commises dans le monde par Daech, sont pour une vision unie du monde musulman et souhaitent librement pratiquer leur foi, qui se contente des cinq piliers de l'islam. Tout le reste n'est que supputations et inventions. Et nous savons, tous les deux, que l'accusation sans preuve n'a aucun intérêt.

Alors, une question me taraude l'esprit, Monsieur le Ministre. Pourquoi toute cette campagne contre les Ahmadis ?

Acceptez mes salutations respectueuses.

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