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Les lions, le renard et l'éléphant... Les leçons d'une folle soirée à Abidjan

Publication: Mis à jour:
SUPPORTERS MAROC COTE IVOIRE
FRMF
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FOOTBALL - Le 11 novembre 2017, 11 lions se sont déplacés dans la savane africaine à la rencontre d'un grand éléphant. Pour cette rencontre chaude comme la braise, les lions ont fait appel à un renard qui connait très bien la nature sauvage des terres africaines et ses difficultés pour des lions habitués à un climat plus clément. La bonne nouvelle pour eux, c'est que le renard connaissait aussi très bien l'éléphant. Et tant mieux!

La suite, on la connaît: nos lions avaient bouffé du lion ce samedi 11 novembre et ont chicoté l'éléphant au bout d'une demie heure de jeu. L'enjeu était si important que dès que les lions ont tenu le match dans leur mâchoire, ils ne l'ont plus lâché jusqu'au coup de sifflet de M. Bakary Gassama.

Cela n'était pourtant pas facile pour l'équipe nationale. Rappelons-nous de ce qui s'est passé l'année dernière presque jour pour jour: le Maroc recevait la Côte d'Ivoire à Marrakech et le match s'est soldé par un nul (0-0). À l'époque, à part quelque supporters inconditionnels, personne ne croyait vraiment en cette qualification jusqu'ici compromise. La Côte d'Ivoire semblait survoler le groupe avec ses 4 points, la Maroc et le Gabon étaient deuxièmes avec 2 points. Croire en une qualification avec ce classement, tout en sachant que le dernier match se jouait à Abidjan, était assimilé à du fanatisme.

Le troisième match contre le Mali était un match référence dans ces éliminatoires. Les choses allaient beaucoup mieux, les lions ont profité de cette belle journée de l'Aid El Kebir pour nous offrir une belle brochette: six buts en tout, avec l'art et la manière.

Que s'est-il passé alors en une année pour arracher cette qualification à Abidjan?

Tout d'abord, il faut reconnaître le grand travail de la fédération: la communication a évolué, la préparation des matchs est devenue plus sérieuse, loin des lieux festifs de Marrakech, enfin les interventions chirurgicales de M. Lekjaa se sont révélées gagnantes, notamment dans le dossier Renard/Ziyech.

Sur le plan tactique, la touche Renard est flagrante, le système de jeu de l'équipe du Maroc est plus fluide avec son 4 2 3 1 quasi stable lors des 3 derniers matchs, la "grinta" méditerranéenne est enfin de retour, cette équipe a désormais une personnalité, et ce n'est pas un hasard si notre défense termine meilleure des éliminatoires, tous continents confondus, avec zéro but encaissé. Pour dire à quel point cette équipe a fait preuve d'assiduité et de solidarité. Seul bémol: il manque toujours ce finisseur devant les cages, cet attaquant capable de transformer la moitié d'une occasion. Devant les grandes équipes en coupe du monde, on en aura fort besoin.

herve renard

Hervé Renard, entraîneur des Lions de l'Atlas

Enfin, la mentalité des supporters a évolué depuis le match Maroc-Mali. Ce peuple assoiffé de victoire a démontré qu'il n'était pas rancunier, et même si cette victoire contre le Mali ne permettait pas aux lions de devenir leader du groupe, les supporters et les médias ont vite compris qu'une finale pour la qualification se jouera chez les Ivoiriens. Et il suffit de voir le pont aérien qui a été déployé le week-end dernier entre le Maroc et Abidjan pour comprendre l'envie des supporters marocains.

Ayant fait ce déplacement le week-end dernier, j'étais plus que jamais fier de mon pays. Nous avons supporté ce lourd déplacement avec une quasi-certitude de ne pas rentrer bredouille, et c'était le cas. Même le gaz lacrymogène dont nous avons été victimes ne nous a pas empêchés de reconnaître le fair play et la tolérance de nos frères ivoiriens, qui ont visiblement beaucoup de choses à nous apprendre, notamment en matière de respect de la file d'attente.

C'est d'ailleurs la raison qui a nécessité cette intervention musclée mais légitime, à mon sens, des forces de l'ordre ivoiriennes, qui au passage ont fait preuve d'un grand professionnalisme, que ça soit à l'aéroport ou au stade. Ce professionnalisme découle d'un respect mutuel entre les deux pays, mais surtout de l'image positive dont jouit le Maroc en Afrique subsaharienne grâce aux initiatives historiques prises par le roi Mohammed VI.

lions de l atlas

Hormis l'enjeu sportif, ce match a rempli sa mission de vecteur d'échange culturel entre deux peuples frères qui se respectaient sans jamais se voir. Enfin, loin de moi l'idée de faire le rabat-joie, mais ce peuple ivoirien m'a vraiment marqué par sa discipline, son respect et son sens d'organisation. Aussi, fort de constater notre incapacité de nous autogérer dans l'espace public, je suis navré de reconnaître que parfois, nous les Marocains, pouvons être de grands patriotes mais de petits citoyens, situation vraiment paradoxale.

Prenons exemple sur notre équipe nationale: jouons solidaires et collectifs et respectons l'autre, peu importe sa situation, sa couleur ou sa marque de voiture, c'est le meilleur moyen pour que nous atteignions notre objectif, à savoir la dignité sociale. À méditer...

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