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Le Maroc en 2017: un séisme national, un volcan régional!

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MOHAMMED VI
Philippe Wojazer / Reuters
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POLITIQUE - Après les colères royales, la force de frappe a changé de registre, 2017 a été particulièrement agitée par des séismes. Ceux-ci sont intervenus après plusieurs messages forts du souverain adressés à l'élite gouvernante, en lui demandant à maintes reprises de répondre aux besoins du peuple en toute transparence, loin de tout calcul politico-personnel. La suite, nous la connaissons: des rapports accablants de la cour des comptes et des sanctions en cascades!

Dans le rapport phare de l'année, celui de l'examen de l'exécution du programme de développement de la province d'Al Hoceima, ladite institution a dénué en quelques pages les insuffisances de l'Etat en matière de gestion de projet: de la phase préparatoire, à l'exécution et à la coordination entre les différentes parties prenantes, en passant par la gouvernance du programme.

Comment sommes-nous arrivés à un tel échec alors que le pays regorge de compétences? Comment se fait-il que nos jeunes réussissent des projets d'envergure dans les plus grandes multinationales et que l'Etat a du mal à gouverner et exécuter des projets à forte valeur ajoutée?

La réponse à mon sens se résume en deux points essentiels. Le premier est la politique de recrutement de l'Etat, ce dernier n'arrive plus à attirer les profils les plus intéressants: un jeune ingénieur d'Etat en informatique comprend rapidement qu'il a plus de chance de réussir sa carrière dans un cabinet international que dans une administration publique. Le deuxième point est celui du dispositif de contrôle interne déployé au niveau de nos administrations. Ce dernier se doit d'évoluer en passant d'un système de contrôle dit "détectif" à un système de contrôle dit "préventif".

De nos jours, les mesures préventives d'un risque potentiel de fraude sont plus pertinentes que sa détection, en effet, nos amis français ont parfaitement intégré cette notion depuis juin 2011, lorsqu'une circulaire signée par le Premier ministre français himself exigeait la mise en œuvre d'un organe d'audit interne dans les administrations publiques. Une manière de se doter d'un système de contrôle permanent et ne pas se reposer sur les contrôles ponctuels de la cour des comptes.

Les précédents points, à savoir la gestion des compétences et le contrôle constituent à mon sens la pierre angulaire pour tout chantier de modernisation de l'Etat. En ce qui concerne les sanctions, les séismes n'ont pas fait la distinction entre proche ou loin du palais. Le message est clair: être proche du palais nécessite l'accomplissement des missions publiques en toute efficacité, efficience et transparence. Et notre amour pour le roi doit évoluer dans ce sens, les décideurs doivent comprendre qu'être proche du roi n'est pas juste un privilège, c'est aussi un devoir d'être en phase avec la vision de Sa Majesté.

Cette vision a permis au Maroc dans un laps de temps très réduit de devenir un modèle de développement sud-sud en s'ouvrant davantage sur un continent assoiffé de projets de développement à grande échelle. Que ce soit le gazoduc Nigéria-Maroc, la construction de la capitale sud soudanaise ou la construction du grand stade de Dar Salam en Tanzanie. Le Maroc, par son roi, a démontré au monde entier qu'une diplomatie économique, pragmatique dans une optique gagnant/gagnant et respectant les volontés du peuple africain est plus génératrice de progrès qu'une politique coloniale basée sur les dons et les prêts comme le faisaient et le font encore plusieurs Etat africains et occidentaux.

Si le Maroc a parfaitement réussi en 2017 son coming back africain d'un point de vue politique et économique, ce dernier a du mal à accueillir l'Afrique chez lui. Le Marocain doit comprendre que notre avenir se fera main dans la main avec nos frères africains, et qu'un décalage entre la vision politique à haut niveau et notre comportement quotidien avec les Africains chez nous finira un jour ou l'autre à nous porter préjudice.

Une amie disait brillamment: quand on veut rejoindre l'Afrique il faut d'abord être capable d'accueillir l'Afrique. Le Marocain doit l'accepter et être convaincu que la seule noirceur néfaste qui existe est celle du cœur.

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