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Le combat Mayweather-McGregor, un symbole de tout ce qui ne tourne pas rond dans notre société

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MCGREGOR
Steve Marcus / Reuters
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BOXE - Tout fan de sport connaît un jour un moment de dégoût absolu, un événement auquel il ne veut absolument pas être associé, ni en s'y intéressant, ni en le regardant, et certainement pas en déboursant 50 euros pour le "privilège" d'y assister. Le combat McGregor-Mayweather est de ceux-là.

Si vous aviez réussi à louper l'avant-choc en 12 rounds (soumis aux règles de la boxe) qui opposera dans la nuit de samedi à dimanche (5h en France) le boxeur Floyd Mayweather, invaincu à ce jour, et le champion d'arts martiaux mixtes Conor McGregor, c'est tout à votre honneur! Une image suffit pour en résumer toute la vulgarité:

mcgregor

À ma gauche, Floyd Mayweather, boxeur américain vieillissant, déjà emprisonné pour violences conjugales. Son programme pour se préparer au combat? Une semaine à traîner dans des clubs de strip-tease en vantant les plaisirs "des culs, des nichons, des chattes, de l'alcool et de la musique." Il paraît que ça fait de lui un homme, un vrai.

À ma droite, Conor McGregor, Irlandais au langage fleuri qui s'est déclaré prêt à "défoncer Mayweather" et se targue d'avoir pour habitude de marteler la tête de ses adversaires de l'UFC contre le sol. Il paraît que ça fait de lui un dur, un vrai.

Il se vante aussi de la taille de son pénis, stéréotype raciste à l'appui. Il paraît que ça fait de lui un mec de rêve...

L'enjeu, en plus du concours d'ego: une ceinture en peau de crocodile, sertie de 3360 diamants, 600 saphirs et 300 émeraudes, estimée à près de 1 million d'euros. Elle a bien gagné son surnom de "Money Belt". Qui a besoin de classe quand le mauvais goût atteint de tels sommets?

mcgregor

Durant les deux mois de leur tournée de promotion, les futurs adversaires ont échangé tant d'insultes qu'ils ont fini par lasser tout le monde. La petite subtilité du costume trois pièces de Conor McGregor a certes pu faire sourire, mais n'a pas élevé le niveau. Apparemment, on ne se dit plus "bonne chance" mais "fuck you".

Quant aux femmes présentes aux conférences de presse, elles donnaient l'impression d'avoir oublié de s'habiller avant de venir. Le message était clair: pour les deux combattants, les femmes sont des trophées qui brillent de mille feux, à l'image de leur Money Belt si voyante.

On pourrait continuer encore longtemps. En énumérant, par exemple, tous les qualificatifs échangés par ces dignes représentants de l'humanité: "salope", "pute", "petite bite", "tapette" et j'en passe.

Un pur produit de notre époque

Mais pourquoi insister? Dans une société où l'homme le plus puissant du monde s'est fait élire après s'être vanté d'avoir "chopé des femmes par la chatte", il est évident que des millions de personnes restent indifférentes face à de tels discours.

En parlant de "paroles de vestiaires", Donald Trump reléguait ce type de déclarations à un espace théorique où elles étaient supposément tolérées. Mais tous ceux qui se sont intéressés au combat McGregor-Mayweather sont en plein dedans depuis deux mois.

Cet événement est un pur produit de notre époque. Et c'est ce qui le rend si effrayant.

Ce blog, publié à l'origine sur le HuffPost australien, a été traduit par Guillemette Allard-Bares pour Fast for Word.

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