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Mon combat contre la dépression, deux ans plus tard

Publication: Mis à jour:
ANISSA FILALIFISCHER
©Vera Lair
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Cet article me demande du courage. Si je décide de vous en parler sur le blog, c'est parce que j'espère pouvoir aider un peu celles et ceux qui sont passé(e)s par ce que j'ai pu vivre. Sans rentrer dans trop de détails, je pense qu'il est important de parler de certains sujets difficiles. Pour ma part, c'est la dépression. Je n'ai pas toujours été heureuse comme je le suis aujourd'hui. Pour connaître le grand bonheur, il faut parfois passer par la souffrance. Et la souffrance (mentale), je l'ai connue. Il y a un deux ans jour pour jour j'ai fait une dépression nerveuse d'une violence inouïe. 24 mois plus tard, j'ai fait du chemin. Je ne suis pas guérie, car l'on ne guéri jamais vraiment. On apprend à vivre avec ses démons. J’ai le recul nécessaire pour tirer un premier bilan. Le travail sur moi-même et la choix de quitter la France (surtout Paris) y sont clairement pour quelque chose!

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Photo:©Vera Lair

D'après Freud, la plupart des gens sont plus ou moins névrosés. Mais au bout de dix ans, il m'était impossible de contrôler mes angoisses, mes peurs et mes terreurs. Mes angoisses avaient définitivement pris possession de mon mental et de mon corps, trop affaibli pour résister un jour de plus. Le mot craquage n'est pas trop faible, c'est d'ailleurs un bien joli euphémisme. C'est une écluse qui s'est ouverte en ce jour beau jour du mois de mai 2014 dans une explosion fracassante, me noyant dans l'accumulation de mes traumatismes d'enfance, mes appréhensions face à un avenir que je jugeais incertain et mes relations compliquées avec ma famille.

Tremblotante, paniquée et complètement anéantie par l'angoisse, j'étais accroupie au-dessus de mes toilettes vétustes et hurlais au Salut. Je ne pouvais plus tenir une seule seconde dans cet état. Je voulais avaler des cachets, sauter par la fenêtre ou me fracasser la tête contre un mur. J'étais prête à tout pour faire cesser ces pensées qui hantaient mon esprit. Je pleurais tandis que mes démons dansaient la java sur la cuvette des toilettes.

Certains diront: Il n'y avait personne pour la soutenir?

Je vous réponds: Vous êtes toujours seul face à vos démons.

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Photo:©Vera Lair

Confortablement installé dans un fauteuil, mon colocataire jouait aux jeux vidéo. Ce soir-là, alors qu'on se connaissait depuis quatre ans et que je faisais une crise d'angoisse d'une violence inouïe, il n'est pas venu me voir pour demander s'il pouvait m'aider. Je ne lui en ai pas tenu rigueur. Que voulez-vous? Votre entourage n'est jamais préparé à gérer ce genre de situations. Il pourra vous porter un certain temps à bout de bras. Mais votre vie, c'est à vous de la vivre, c'est à vous d'apprendre à l'aimer à nouveau.

Je voyais un psychanalyste depuis plus de cinq ans, mais j'étais arrivée à ce point où les mots ne suffisaient plus. Je ne supportais plus ses silences, alors que tout ce que je voulais, c'était qu'on me prenne par la main et me dise: tout ira bien. Allongée sur le canapé, je parlais de mes peurs, je pleurais, puis c'était fini. Psychanalyste jungien, un quart d'heure par séance. Que vous soyez au bord du précipice ou non: c'est un quart d'heure à 43,70€. Un tarif digne des putes de luxe. En larmes, je faisais mon chèque et reprenais le métro pour ma banlieue. 45 minutes de métro où j'angoissais, entourée par trop de monde joyeux et oppressant. Car oui, quand vous faites une dépression, même les gens dans le métro qui d'habitude font la gueule, ont l'air d'être sous ecstasy.

Le temps, le temps

Cela a duré plusieurs semaines, puis j'ai repris ma vie, tout doucement, sans me brusquer. Il fallait que je réapprenne la vie, la joie et la confiance. Je ne vais pas vous cacher que j'ai dû recourir aux médicaments (que je prends toujours mais que je compte arrêter bientôt et petit à petit). Il faut savoir donner un break à votre corps. Et Dieu sait qu'il en avait besoin! Accepter que l'on ne peut pas tout gérer dans la vie, c'est aussi ça le début de la sagesse.

Dans un monde toujours plus compétitif, on essaie toujours de donner le meilleur de soi. Il y a un an, je n'avais plus rien à donner. Il m'a fallu de la patience, de l'amour (celui que l'on se donne à soi-même), il a fallu panser les plaies et attendre qu'elles se referment. Ça prend du temps, beaucoup de temps. J'ai décidé de me faire du bien, de voyager, de me donner les moyens de réussir dans ma vie de freelance et de reprendre le blog différemment. Certains diront: Elle parle de ça sur son blog?! Bah oui, je m'en fiche! La vie n'est pas toujours rose, ce serait idiot de prétendre le contraire, non?

Aujourd'hui, je vais bien mieux, je vis dans une ville qui m’a donné un second souffle, une joie de vivre nouvelle. Je ne suis pas guérie (Peut-on vraiment « guérir »? Question pour un champion…), mais je suis heureuse. C'est sûrement le meilleur remède aux angoisses. Le bonheur fait taire la peur.

PS: J’ai fait le choix d’illustrer cet article de photos qui respirent la joie parce qu’il ne faut pas se laisser faire! Battez-vous, ça en vaut toujours la peine! Merci à ma copine d’amour Vera Lair pour ces beaux clichés 🙂

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Photo:©Vera Lair

Faire un câlin à un palmier est bon pour la santé mentale, je vous encourage à le faire!

Ce billet a également été publié sur le blog Nomad's Heart.

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