LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Anis Haddadi Headshot

Confessions d'une jeunesse perdue

Publication: Mis à jour:
Imprimer

jeunesse algerienne

Ne vous laissez pas prendre par le titre ! Oui, c'est une jeunesse perdue, sans repères, avec une certaine vision floue du lendemain, un avenir incertain et difficilement prévisible pour elle.

Mais détrompez-vous, bien loin est-elle d'être une jeunesse défaite. De par cette perdition, elle se cherche, se recherche, s'ouvre au monde, aux autres tout en étant curieuse de s'entreprendre par elle-même, de vivre simplement, de s'arracher de l'emprise d'hier/d'antan. Cette jeunesse veut plus que jamais marquer son époque et celle de demain.

Ce mini-reportage se présente comme la première partie de portraits de propos croisés (1/3) de visages d'une jeune Algérie, d'aujourd'hui et demain. Ils nous livrent dans cet interview leurs visions du pays, leurs amours pour l'Algérie et leurs craintes de rater ce tournant si important pour l'avenir. Ils nous parlent d'espoir, celui de voir redoré le blason d'une patrie pour laquelle leurs parents et grand-parents se sont battues et pour laquelle à leurs tours, d'une manière différente et avec leurs armes, devront porter ce combat, cette bataille, qui ne dit pas encore son nom.

Coup de projecteur sur Célia, Seddik et Widad, les premiers à voir accepté de répondre à mes questions, se prêtant gentiment au jeu des questions/réponses. Maestro !

1 - Si vous devez vous présentez en une phrase, comment vous décririez-vous ?

Célia: Ambitieuse et très positive. Comme je le dis toujours, y a du positif par tout. Cela dépend tout simplement de notre façon de voir les choses.

Widad : Jeune, vivante et optimiste qui croit en un avenir meilleur.

Seddik : Un jeune médecin algérien. Adorateur des lettres et des arts en général.

2 - Et plus en détails, qu'est-ce qui animent vos journées, aujourd'hui ?

Widad: Personnellement, c'est l'activité physique ou plus couramment le sport. Pour moi, c'est une passion, un mode de vie, le fait de se donner à fond durant l'entraînement, de se surpasser... D'aller au-delà de vos limites mais c'est surtout le fait de se sentir libre, indépendant et d'avoir le contrôle de soi.

Célia : En dehors de mes études, je suis très active dans le domaine associatif qui réunit les jeunes étudiants algériens. Je pense que chaque étudiant devrait intégrer des associations, parce que en plus de faire du bien autour de nous, cela nous aide énormément dans notre développement personnel, surtout dans la communication et le relationnel. J'aime bien aussi assister à des conférences, des rencontres littéraires, des débats ...etc.

Seddik: Mes journées sont animées principalement par mon travail et mes cours, d'autant plus que je suis encore en apprentissage (et que je le serais toute ma vie très probablement). Ensuite, c'est ma passion pour la guitare qui vient faire danser mes soirées, et parfois même celles de mes amis. J'essaye tant bien que mal d'assister/participer aux événements culturels de ma ville, qui sont d'ailleurs chétifs et principalement des initiatives de jeunes personnes actives dans le milieu associatif.

3 - Si vous y souhaiteriez quelles soient différentes, vous les imagineriez comment ?

Widad: J'aimerai avoir la liberté, l'accès aux salles de sport et la possibilité de rentrer le soir à la maison sans crainte et en toute sécurité. Cela ne veut pas dire que je ne le fais pas mais je rentre toujours le cœur serré, de peur d'être agressée. Je rêve d'une Algérie vivante la nuit...de bibliothèques ouverte la nuit, de supérette ... D'une vie afterwork !

Seddik: Je les imagine bien comme elles sont mais beaucoup plus fructueuses. Et que ça devienne plus facile et plus accessible de pouvoir faire ce que l'on aime sans devoir sacrifier des éléments de base.

4 - Que représente pour vous le mot "Algérie" ?

Célia : l'Algérie c'est une partie de moi. C'est là où je suis née, c'est là où j'ai grandi, c'est là où je me suis construite et c'est la où se trouvent mes racines. L'Algérie est enfouie dans mes entrailles. Notre paysn on le choisit pas mais on sait qu'on lui appartient, c'est un peu comme les parents.

Widad: Algérie, est une deuxième maman à qui on doit rendre hommage, à qui on doit des remerciements mais surtout à qui on doit donner sans rien attendre en retour. C'est l'amour de son pays sans rien en échange.

Seddik: C'est la patrie par excellence. C'est le lieu où je suis né et où j'ai grandi, auquel appartiennent toutes les personnes que j'aime jusqu'à aujourd'hui. Je ne connais qu'elle et je ne puis aimer qu'elle aussi.

5 - Et si je vous dis, "demain, l'Algérie" ?

Widad: personne ne prévoit l'avenir mais rien ne nous empêche de rester optimistes et motivées. Je crois à l'Algérie de demain, je crois à la jeunesse algérienne, à la nouvelle génération... Autrement dit, je crois en nous.

Célia: Demain ... une Algérie plus épanouie et soudée. Seulement il faut dépasser certaines crises ensemble au lieu de plier bagages et prendre fuite ! Il faut songer à changer les choses ensemble, les améliorer et pour cela il faut surtout se mobiliser ! Je citerais d'ailleurs une citation de John Fitzgerald Kennedy que j'aime beaucoup: "Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays. "

Seddik: Même s'il faut toujours être une sorte d'optimiste incorrigible -on dit que ça vous sauve la vie-, je ne peux voir que de sombres jours qui seront la suite logique de ce que nous vivons aujourd'hui. Il faut que nous, jeunes, bougeons les choses, et ce, en travaillant sur nous-mêmes, sur nos personnes plus que tout le reste.

6 - Vous aimeriez voir les choses changer ? Si oui, que faut-il faire ?

Célia: Oui, c'est clair que j'aimerais voir les choses changer et s'améliorer comme notre système éducatif qui tend à former des assistés au lieu de former des meneurs avec un esprit critique. La mentalité algérienne qui se dégrade de plus en plus, qui devient de plus en plus carré, qui n'accepte pas le changement ni la différence. Une société encore renfermé sur elle-même, dont une partie vit dans le jugement et la médiocrité.

Widad: La nature humaine aime le changement ! Et à mon avis, ce qu'on doit changer c'est notre mentalité avant toute chose. Il nous faut donc accepter ce qui est différent et il faut savoir oser l'inconnu ... La vie n'est pas une ligne droite. C'est une multitude d'intersections dont la priorité est l'engagement : soit tu avances, soit tu laisses les autres le faire à ta place.

7- Avez-vous envie d'être acteur de ce changement, tant souhaité ?

Célia: Ah oui, d'ailleurs chaque jeune devrait se concentrer sur ça au lieu de se concentrer sur comment fuir ? Il ne faut pas oublier qu'on est la relève... l'espoir du pays.

Widad: On le devient sans le vouloir ! On doit être le changement que ne voudrions voir dans le monde ... Mais nous on veut seulement changer un pays, le monde on s'en chargera après.

Seddik: Oui ! Je crois que c'est tout le monde qui aura la même réponse, mais que chacun de nous ne veut assurément pas être le seul acteur

8- Pensez-vous être représentatif de l'Algérie ?

Widad: Toute personne possédant une nationalité algérienne est représentative de l'Algérie qu'elle le veuille ou non, et oui je le suis et j'en suis fière.

Seddik: Non, je ne le pense pas. Quoi que ça reste très difficile de répondre à cette question, parce qu'il faudrait d'abord définir de quelle Algérie on parle. Très compliqué.

Célia: Du moment que j'ai cette conscience citoyenne je pense que je suis très représentative. Il ne suffit pas juste d'avoir la nationalité mais d'avoir cette conscience qui nous fait rappeler qu'on n'a pas que des droits mais des devoirs envers notre patrie.

9- Le mot '' Partir '', vous vient-il souvent à l'esprit?

Célia: Je ne vous mens pas que l'idée de quitter le pays me vient toujours à l'esprit surtout quand je vois certaines situations puis je me dis que si toute la jeunesse quittait, qui restera ici et qui portera l'avenir du pays sur ses épaule. Sincèrement, je ne me vois pas travailler pour un autre pays dans lequel je serais toujours considéré comme étrangère.

Seddik: Pas souvent à la base, mais de plus en plus. Cependant une question me vient tout suite après : « Mais vers où ? »

10 - Le mot '' Rester '' signifie t-il pour vous un sacrifice ?

Widad : Rester est digne d'une loyauté, d'une responsabilité et d'un honneur!

Seddik: Oui, à l'état où les choses sont, et selon mon pronostic assez péjoratif cité plus haut, ce serait un sacrifice de choisir de rester si et seulement si on a la possibilité de partir vers une situation meilleure, ailleurs.

Célia: Pas du tout...Partir ce n'est pas forcément le bonheur !

Je vous donne rendez-vous prochainement pour découvrir la deuxième partie de ces interviews.

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.

Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.