Amrane Mahfoudi

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Grandeur, décadence et Algérie

Publication: 09/07/2013 01h14

65, peut-être 70 jours que Bouteflika est hospitalisé aux Invalides, au Val de Grâce, par ci, par là. Je ne sais pas, je ne sais plus et je ne suis pas certain de vouloir savoir. Pourtant, je fais mine de m'y intéresser, pour me donner une pseudo-conscience politique, et me convaincre que j'agis en bon citoyen algérien.

Au delà de l'état de santé du Président, sa plus belle réussite aura surement été de réussir de couper le peuple de la chose politique. Khatini la politique*, plus que des paroles, un leitmotiv chez mes pairs. Pourtant, chaque jour, les titres des journaux nationaux ne manquent pas de souligner des affaires de corruption impliquant des hauts dignitaires du gouvernement, dont le frère d'Abdelaziz, et rien, aucune réaction concrète. Quand le sujet est amené sur la table en famille, entre amis, ou dans la rue avec un inconnu, la retenue est palpable. L'opinion politique est comme une goutte d'eau en plein désert, salvateur, inestimable et pourtant rare, hors de portée.

Parler de politique. Une activité encore confinée aux cercles élitistes alors que l'essentiel de la population doit gérer de (faux) problèmes au quotidien: l'augmentation des prix du sucre, de l'huile, des fruits ou des légumes en est un exemple. Tout le monde, moi y compris, retient son souffle quand le ministre de l'Economie annonce la suppression prochaine des subventions destinées aux produits de première nécessité; finie la baguette de pain à 10 DA. Je reste suspendu aux lèvres d'Abdelmalek Sellal, le Premier ministre, quand ce dernier m'annonce que mon salaire sera revalorisé de 30%. Ce qu'il oublie de me dire c'est que les prix seront eux aussi revalorisés de 10%. Je fais mine de ne pas le comprendre, il faut bien rentabiliser la construction de l'autoroute Est-Ouest, et surtout celle de la Grande Mosquée d'Alger - plus grande mosquée du monde -, preuve, s'il s'en faut, de mon extrême piété.

Est-ce que j'ai conscience qu'on se moque allègrement de moi de temps à autres ? Oui, souvent même. Seulement, les choses sont bien faites. De nombreux évènements sont passés par là : 1988, 1992, terrorisme. Autant de griffes de l'Histoire qui ont fait de moi un être paranoïaque, qui se sent espionné en permanence. Je ne suis pas maître de mon destin. Je ferme les portes et les fenêtres quand, par hasard, il est question de politique ou de gouvernement, ce qui n'arrive d'ailleurs qu'épisodiquement. Dieu Merci. Je suis aussi convaincu que les services secrets algériens sont partout, qu'ils sont les plus puissants du monde, et que la moindre chose que je dis, peut se retourner contre moi; le voisin me l'a dit. Comment il le sait? Quelqu'un lui a surement dit... A moins... A moins qu'il soit lui même des secrets. Je devrais faire plus attention à ce que je lui raconte.

Tout cela fait que j'en arrive (presque) à croire que la politique de rafistolage que l'on nous sert depuis le début des années 2000 et qui consiste à activer la pompe pétrolière pour calmer mes ardeurs, est une réussite. Quand je le dis, cela sonne faux même à mes oreilles et je peine moi-même à y croire. Ce qui est certain, c'est que je continuerai de croire que mon pays regorge de potentialités monstrueuses. L'illusion de la grandeur n'a jamais fait de mal dans un monde de décadence.

* La politique ne me concerne pas.

 
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