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Tourisme: Hollande en RP au service de la destination

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Le tourisme était une priorité placée au cœur du voyage d'Etat du président de la République française François Hollande en Tunisie. Pour rassurer ses compatriotes qui boudent la destination, accusant une baisse de 49 % comparativement à l'année 2010, il s'est laissé aller à vanter les mérites du soleil tunisien et de ses zones touristiques "les plus sûres du monde".

Les Français boudent

Francois Hollande a même osé un "allez passer vos vacances dans ce pays" devant l'Assemblée nationale Constituante (ANC) en s'adressant à ses compatriotes. Perçu comme un signe fort par l'administration tunisienne, que peut peser une telle visite? Quelle perception a-t-on du côté tunisien de l'"emprise" des politiques sur un secteur qui obéit aux lois du marché?

Les touristes français boudent la destination touristique tunisienne et tous les efforts fournis pour les faire revenir semblent être restés vains. Psychose de l'insécurité et inquiétudes concernant la transition démocratique peuvent être perçus comme les principales raisons de cette désaffection, puisque des affaires comme celles des Femen, d'Amina ou encore du rappeur Weld El 15 lui font mauvaise presse.

Il n'en reste pas moins vrai que près de quatre Français sur dix (39%) ont prévu de dépenser moins d'argent que l'an dernier pendant leurs vacances d'été, en restreignant leurs budgets souvenirs et loisirs selon le baromètre CA Com/LH2/BFM Business publié lundi dernier.

Ceci dit, le fait que le produit tunisien se soit essoufflé durant ces dernières années, et n'avait quasiment plus que le "prix" à offrir, a été accentué par la situation post 14 Janvier 2011. Les forums de discussion, les partages d'expériences, les réclamations et les taux de retour témoignent en masse de la dégradation des services et de l'environnement. Ils agissent négativement sur la perception globale qu'ont les français de la destination.

De son côté le Quai d'Orsay, n'a cessé de multiplier les appels à la vigilance. Sur son site, on lit: "L'état actuel de la situation n'interdit pas le maintien de projets de voyage en Tunisie. Toutefois, dans le contexte régional actuel, les ressortissants français sont appelés à une vigilance particulière. Les consignes de prudence sont rappelées et plus particulièrement celles visant à éviter tout rassemblement et à se tenir éloigné des axes ou des bâtiments sensibles. Tout déplacement dans le Grand Sud saharien et dans la zone frontalière tuniso-algérienne du centre-ouest est à proscrire".

Des propos soutenus par la ministre française du Tourisme et de l'Artisanat qui a confirmé des réserves devant une assistance de professionnels tunisiens qui ne comprend pas, se révolte contre la "manipulation" des médias qui donne une image déformée de leur pays et grince des dents devant des opérateurs français qui réclament rabais sur rabais pour pouvoir "vendre" la destination.

Les carottes sont cuites

Mais pour en revenir à la visite de François Hollande, que peut-elle apporter en pleine haute saison? Rares sont ceux qui aspirent à un quelconque impact de cette visite sur la saison 2013. Les carottes sont cuites et le marché français est un des moins concernés par le "last minute".

L'image d'une visite officielle aura-t-elle d'autres impacts? Au vu de l'actualité dans la région, et principalement en Egypte, peu de place sera accordée à la visite présidentielle française dans les journaux télévisés, si tant est que les Français accordent un intérêt particulier aux visites d'Etat de leur président.

Francois Hollande n'a-t-il pas finalement déployé tout son poids pour davantage faire plaisir aux tunisiens? Le voyage a permis plusieurs rencontres de travail pour discuter de "nouvelles opportunités de croissance en Tunisie". 35 minutes ont été consacrées au secteur au siège de l'UTICA pour discuter entre patrons une fois encore des opportunités.

La Tunisie ne sait pas convertir ses opportunités

Or, le tourisme tunisien reste malade des opportunités qu'il ne sait convertir. N'est ce pas à ses opérateurs et à l'administration qu'il revient de s'atteler à cette tâche, avec tous les conseils et partenariats possibles, dont les français? Mais il est temps de cesser de croire aux faux miracles.
Ce n'est que le travail et l'investissement dans des résolutions économiques et politiques courageuses et audacieuses que le tourisme tunisien se sortira de son marasme.

Le jour où il saura parler à tous les marchés en déployant toutes sortes de produits autres que ceux qui parlent davantage au français, il se portera mieux. Le jour où, comme le tourisme français, il sera porté, défendu, régulé par des privés qui seront les défenseurs de leur secteur autant que ses soldats, il se portera mieux. Le jour où, comme le tourisme français, il sera hors de portée des politiques qui pensent pouvoir influer ou souffler le chaud et le froid, alors, le tourisme tunisien se portera mieux.

Voir le site de tourisme Mille-et-une-tunisie.com