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#MeToo: Irruption passagère ou révolte permanente contre le harcèlement sexuel?

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SEXUAL HARASSMENT
KatarzynaBialasiewicz
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SOCIÉTÉ - Suite au scandale du harcèlement sexuel hollywoodien, le hashtag #metoo n'a pas tardé à devenir viral. Les femmes qui subissent le harcèlement sexuel font part de leur mécontentement et de leur indignation.

Mais il ne faudrait pas que cette révolte féminine ne soit qu'une irruption passagère dans ce monde de suprématie masculine. Une suprématie qui s'est imposée en diabolisant et stigmatisant la gent féminine. Cette croyance a pu s'instaurer à travers les siècles dans l'esprit de l'humanité jusqu'à devenir une réalité. La femme est devenue une espèce humaine de second degré au service de l'homme. Le harcèlement sexuel en est la preuve. Le Monsieur, croyant que la Dame ne peut lui refuser ses avances, se met tout naturellement à la harceler parce que selon lui, son refus de se donner à lui est "injuste". Cette injustice dans le référentiel machiste est l'équivalent du rejet de la servitude et de l'esclavage dans le référentiel humain.

Le silence des femmes face à cette "injustice" ne fait que contribuer à renforcer cette croyance machiste. La résignation des victimes de harcèlement sexuel à travers le monde s'explique par la nature répétitive et aussi accusatrice envers les femmes d'être responsables de ce comportement criminel. Responsables parce qu'elles sont nées femmes. Parce que, en passant dans la rue, elles ne sont pas au courant que la créature humaine à côté d'elles n'est en réalité qu'une bête incapable de se tenir et de se maîtriser.

Cette créature, sous forme d'un être humain appelé homme, circule librement dans les espaces publics. Elle peut à tout moment faire du mal aux femmes selon son tempérament aléatoire. Les femmes victimes de cette créature sont donc à blâmer de ne pas avoir pris les précautions nécessaires. Elles doivent deviner si l'homme en face d'elles fait partie de ces créatures redoutables. Ensuite elles doivent jauger son agressivité pour déterminer quel chemin prendre. A défaut de cette réflexion, elles deviennent responsables de ce qui leur arrive: mots déplacés, attouchements non consentis, ou insultes si elle refusent de se soumettre...

Dans le monde rationnel, les hommes qui se qualifient comme ces bêtes agressives sont les premiers et les seuls à accuser. Ces hommes, admettant ne pas pouvoir considérer la femme comme leur égale, doivent être sous l'œil de la loi. Ils doivent se sentir épiés par un système judiciaire et correctionnel. Si leur avantage physique les encourage à mépriser le plus faibles, et si la morale ne trouve pas sa place dans leurs esprits, la société, par contre, doit avoir son mot à dire.

La société, hommes et femmes, si elle n'agit pas pour rappeler à l'ordre les transgresseurs de la dignité humaine, ne sera qu'un complice volontaire d'un crime contre la moitié de la population de la terre. Un crime contre les femmes parce qu'elles sont nées femme. Un crime contre l'humanité.

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