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Liberté sexuelle: un militantisme pour les droits ou pour le plaisir?

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SOCIÉTÉ - Des appels à la liberté sexuelle au Maroc sont de plus en plus médiatisés. Cette liberté est présentée par ses militants comme une baguette magique qui résoudrait les problèmes sociaux au Maroc tout en faisant fi des valeurs éthiques et morales de la société marocaine.

Parmi ces problèmes où la liberté sexuelle est souvent évoquée, il y a le harcèlement sexuel, mondialement reconnu comme un acte criminel. Au Maroc, pays toujours en retard pour adapter ses lois, les harceleurs circulent librement dans les rues en toute impunité. L'action tant attendue est la sortie des textes de loi qui préservent la dignité des femmes et corrigent le comportement des harceleurs, indépendamment bien entendu du sujet des libertés ou des contraintes liées aux relations sexuelles.

Un autre problème majeur concerne la situation des bébés abandonnés qui est une catastrophe sociale au Maroc. A cause d'une loi archaïque et discriminatoire contre les mères célibataires et laxiste envers les pères biologiques, les enfants marocains nés en dehors du mariage sont discriminés à vie. Des mères célibataires, craignant l'exclusion sociale et l'emprisonnement judiciaire, abandonnent leurs bébés morts ou vivants. Les gouvernements passés ont été exhortés à rendre le code de la famille marocaine plus équitable sur ce point, mais en vain.

La liberté sexuelle pourrait-elle être la solution à ce phénomène tragique au Maroc? Au lieu d'avoir les yeux rivés sur un modèle spécifique pour s'en inspirer, un autre modèle comme celui des pays de l'Amérique latine serait plus révélateur. La liberté sexuelle, dans un contexte à dominance masculine, a généré dans cette région le taux le plus élevé de mères célibataires. Est-ce la vision escomptée par les militants de la liberté sexuelle au Maroc?

D'autres droits garantis par le mariage risquent de disparaître si les relations sexuelles ne sont pas officialisées, comme le droit à l'héritage par exemple. Comment pouvoir gérer le partage des parts entre familles en cas de litige et garantir le droit de l'enfant si le mariage n'est pas formalisé? S'agit-il d'un droit non reconnu par le modèle social que l'on veut importer pour ne pas y penser? Ou appelle-t-on indirectement à faire des concessions pour un plaisir temporaire entre deux adultes?

Dans un livre récemment médiatisé, pour défendre les libertés sexuelles du point de vue religieux, l'auteure est allée jusqu'à faire l'éloge de la sexualité du Prophète. Pourtant, les supposés détails de la vie intime conjugale du Prophète sont rapportés par les mêmes sources qui dégradent le statut de la femme au nom de la religion. Cette contradiction ne peut s'expliquer que par une croyance sélective ou par une emprise inconsciente des traditions patriarcales sur cette auteure qui croit pourtant en être libérée.

Dans la société marocaine, où l'âge du mariage a reculé pour des raisons principalement économiques, on rejette les relations sexuelles extraconjugales mais on les condamne chez une partie et pas chez l'autre: en effet, les hommes peuvent parler fièrement de leurs aventures sexuelles alors que les femmes sont insultées si elles font de même! Il est donc clair que ce n'est pas le manque de liberté sexuelle qui est la cause de ces maux sociaux, mais plutôt le double standard de la société envers les comportements moraux de ses hommes et de ses femmes. Les hommes transgresseurs profitent de l'indifférence de la loi et de la complicité de la société alors que les femmes y sont tenues de garder des standards d'éthique les plus élevés.

Visiblement, la suprématie masculine a fait oublier aux avocats du "sexe à volonté" que les hommes transgresseurs de l'ordre éthique sont blâmables et condamnables socialement et légalement. Au lieu d'imposer à la société un code social qui lui est incompatible et étranger, il faudrait penser à instaurer un système judiciaire en phase avec les valeurs morales reconnues par cette société mais qui sont jusque-là surveillées partiellement chez les plus faibles.

Les voix qui défendent la liberté sexuelle appellent en réalité à assurer la continuité de la servitude à l'homme sous couvert de la liberté des femmes. La liberté sexuelle enlève plus de droits qu'elle n'en rapporte aux femmes et aux enfants au Maroc. Les relations sexuelles ne peuvent être banalisées car l'enjeu s'agit de donner naissance à une vie, une âme humaine qui a le droit de vivre dignement au sein de sa famille. Si on ne prend pas en considération le contexte éthique, légal et économique, ce militantisme en faveur des libertés sexuelles serait du simplisme qui frôle l'hédonisme.

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