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Liberté sexuelle: un débat de valeurs

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SOCIÉTÉ - Faisant suite à ma tribune portant le titre "Liberté sexuelle, un militantisme pour les droits ou pour le plaisir?", dont le sujet concerne la pertinence des problèmes sociaux évoqués comme arguments pour militer pour la liberté sexuelle, quelques différentes réactions ont été avancées en réponse à ce sujet.

Sans compter certaines émotions exprimées ainsi que le silence des ceux qui sont passés sans commenter, la plupart proposait des solutions abstraites comme le civisme et l'éducation sexuelle en mettant l'accent sur la contraception. Un commentaire appelait à l'égalité entres les hommes et les femmes en premier abord. Un autre se demandait si l'on devait "à tout prix conserver des lois inadaptées à la réalité ou sombrer dans le culte de l'hédonisme (masculin)?".

Dans le contexte marocain, on ne sait plus sur quel socle nos valeurs sont fondées. Le sujet de la liberté sexuelle n'est qu'une facette d'un sexisme moral que l'on évite de voir en face. Notre héritage traditionnel, qui se proclame religieux, soumet les femmes à une déontologie rigoureuse tandis que des hommes s'y accordent un utilitarisme hédoniste. Cette tradition du "deux poids deux mesures" est vécue comme une norme. La crise surgit lorsque les deux systèmes de valeurs parallèles s'entrecroisent en dehors de toute logique morale comme dans le sujet des relations sexuelles.

La réalité n'en est donc pas une. Un ordre éthique ne peut être réaliste que dans le contexte d'égalité entre les hommes et les femmes. L'adaptation du code social et légal en tenant compte de cette égalité devient urgente pour mettre fin à cette fiction rhétorique et à toutes les contradictions qui en résultent. Elle s'impose non seulement pour harmoniser les convictions morales de la société ou pour mettre fin aux discriminations contres les femmes, mais aussi pour pouvoir gérer le pluralisme des valeurs émergeant de notre époque.

Notre époque connaît en effet une ère du consumérisme instantané où la quête du plaisir immédiat se confronte à la sagesse du bonheur. Cette instantanéité risque de développer des pulsions irréfléchies. Les relations sexuelles ne sont pas exclues de cette forme vers laquelle le monde est en train de virer. La consommation sexuelle se dote aujourd'hui des produits et des outils qui sont à la portée de tout le monde. Les propriétaires des applications de rencontres par exemple ont tout l'intérêt à élargir leur plateforme adaptée à leur business model. Cette extension commerciale rencontre le défi du manque de liberté sexuelle ce qui pourrait constituer un manque à gagner pour ces entreprises. Ce n'est donc pas étonnant d'assister, entre autres, à un surgissement des campagnes militantes en faveur des libertés sexuelles faisant penser à une stratégie marketing agressive.

La diversité religieuse est aussi un paramètre important à considérer pour gérer cette émergence de nouvelles valeurs dans la société marocaine. Les Marocains musulmans ne sont pas tous des sunnites de rite malékite et les Marocains non-musulmans ne sont pas uniquement des chrétiens ou des juifs. Chaque croyance a ses propres règles de conduite sexuelle. Cette réalité n'est pas toujours présente dans les esprits. Au lieu d'entretenir un dialogue de sourds, à travers lequel les différentes parties croyant détenir la vérité portent des préjugés les unes contre les autres, cette diversité devrait être prise en compte dans les interactions sociales. Il s'agit en fait d'un capital et d'une richesse inestimable qui nous apprendra à mieux coexister et vivre ensemble. Une éducation religieuse basée sur cette pluralité des croyances contribuera à instaurer cette ouverture vers les différentes cultures qui façonnent certains comportements sociaux au Maroc.

Enfin, on ne doit pas oublier qu'un jour, nous avons découvert à travers une vidéo qu'une agression sexuelle sur une jeune fille marocaine a eu lieu en plein jour dans un lieu public sans que personne soit intervenu pour empêcher ce drame. Arrivés à ce stade, l'indifférence envers ce sujet n'est plus acceptable. Un débat de valeurs devrait donc avoir lieu entre les différentes convictions et courants de pensée. La réforme des textes de lois instaurant l'égalité entre les hommes et les femmes est prioritaire pour homogénéiser la base de réflexion. Dans l'absence d'un échange serein et constructif, le tiraillement entre les différents extrêmes risque de faire perdurer cette tension jusqu'à rupture avec nos valeurs de l'islam du juste milieu prônant la modération et la tolérance.

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