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Le phénomène paradoxal des imams superstars

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IMAMS MAROC
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P‌hoto: Mohamed Fizazi, Omar Al Kazabri, Abdellah Nahari

RELIGION - Ces dernières années, il devient de plus en plus fréquent de voir des imams se convertir en célébrités. Leur renommée peut être parfois dangereusement liée à la religion et au comportement général des musulmans. Le profil de l'imam "star" se caractérise en effet par certains critères qui risquent de le substituer à la règle de "pas de clergé en islam".

À Casablanca par exemple, durant le mois de ramadan, des milliers de personnes se dirigent en masse vers des mosquées bien précises loin de leur domicile. La principale raison évoquée est la qualité de récitation du texte du Coran livrée par les imams de ces mosquées. Cet art de lecture peut être assimilé à un chant dont la qualité serait évaluée en fonction de l'amplitude des émotions manifestées par l'imam lui-même ou générées chez les fidèles. En effet, ces récitations peuvent déclencher des pleurs dans les rangs au cours de la prière. Evidemment, les cordes vocales de l'imam y jouent un rôle déterminant en plus de sa maîtrise prosodique. A noter que ces lectures résonnent parfois comme les liturgies orthodoxes pratiquées dans les églises d'Athènes ou comme les chants des moines entendus dans les temples bouddhistes de Kandy.

Des imams sont aussi adorés pour leur don oratoire. À Tanger, un imam connu par son éloquence et sa répartie, mais aussi par son sexisme et son racisme, a été limogé suite à une affaire de famille médiatisée. Sa conduite morale y est remise en cause. En se plaignant de son absence surprise, des fidèles ont témoigné un dévouement surprenant envers leur imam favori. L'un d'eux a pu considérer que "la prière était déficiente sans lui", alors que la prière est un moment de méditation voué uniquement à Dieu, avec ou sans la présence d'un imam. Un autre a exprimé que cet imam est un "clerc", pourtant l'imam, comme le commun des mortels, ne peut être considéré comme membre d'un clergé car la hiérarchie religieuse n'a pas de sens en islam.

Masjid Al Haram de la Mecque n'est pas une exception. À la Qibla, direction de prosternation de tous les musulmans, l'imam passe entouré de gardes du corps pour le protéger des ses "fans". Des foules des fidèles se bousculent avec des caméras à la main visées vers le meneur de la prière. Une scène inimaginable sur la "terre sainte".

Le cas le plus inquiétant, ce sont les imams vedettes choisis par les médias occidentaux pour présenter au monde leur conception extrémiste de la religion. À Londres, un imam a passé des années à véhiculer posément et souriant des messages de haine et de violence au nom de l'islam avant de finir en prison. Ses provocations n'auraient pu servir qu'à nourrir l'extrémisme d'un côté et l'islamophobie de l'autre.

Cet engouement populaire ainsi que la personnification de la foi musulmane dans le rôle de l'imam sont incompréhensibles. La croyance musulmane rejette en effet tout intermédiaire entre les hommes et Dieu. En plus, la mosquée est un lieu de culte où l'imam rappelle la communauté à l'adoration du Dieu unique. Le comportement des fidèles devrait donc refléter une adoration exclusive à Dieu notamment au sein de la mosquée. Paradoxalement, cette personne appelant au monothéisme s'y fait adorer elle-même par une partie de ses suiveurs.

Ce rôle ayant la noblesse de guider les croyants dans leur foi semble prendre une dimension autre que le service exclusif à Dieu. Comment les prérogatives du rôle de l'imam ont-elles évolué pour que nous assistions à un tel phénomène? Assistons-nous involontairement à un dualisme humain divisant les hommes entre ceux appartenant au monde des représentants religieux et ceux considérés comme leurs suiveurs?

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