LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Ali Zoubeidi Headshot

Le trafic des migrants au Maroc: Un combat contre la criminalité transnationale

Publication: Mis à jour:
MIGRANTS MOROCCO
Jesus Blasco De Avellaneda / Reuters
Imprimer

MIGRATION - Aujourd'hui, en Libye, une centaine de Marocains sont otages de groupes criminels spécialisés dans le trafic et la traite humaine. Jadis encore, les Marocains de Libye étaient une source de transfert d'argent au royaume. Les voici désormais contraints de faire payer des rançons aux ravisseurs. De l'argent qui provient essentiellement des familles au Maroc.

Les réseaux transnationaux du crime sont interconnectés. Sur le terrain, ils se renforcent par des alliances avec des acteurs locaux. Quant aux itinéraires, il s'agit des mêmes que ceux empruntés pour le trafic de drogue ou d'armes. La traite humaine n'est qu'un produit dérivé de cette criminalité qui se soucie peu des frontières mais qui est là pour répondre à une détresse économique, un besoin d'asile et une situation sociale extrêmement défavorable. Mais ces trafiquants ne sont pas là pour porter assistance aux populations vulnérables, ils n'ont aucun scrupule à se transformer en bourreaux de leurs "clients", à les vendre et les revendre afin d'en tirer un profit supplémentaire.

Ce trafic est donc un effet pervers de la mondialisation puisqu'il bénéficie de relais en Asie, en Afrique, en Amérique Latine et en Europe.

Selon Abdelouahed Laftit, ministre marocain de l'Intérieur, de janvier à novembre 2017 et grâce aux efforts conjoints de la police, des forces auxiliaires, de la gendarmerie, de l'armée et de la marine royale, près de 73 réseaux structurés ont été démantelés et 50.000 tentatives d'immigration clandestine ont été avortées. Des efforts qui ont été salués par Fabrice Leggeri, directeur de l'agence Frontex lors de la 23ème édition de la conférence internationale des polices des frontières tenue à Varsovie le 7 novembre dernier. L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) explique ces chiffres importants de tentatives par les risques faibles encourus sur la "route espagnole". La proximité des frontières de l'Europe et la traversée de faible distance du Détroit de Gibraltar sont des facteurs prédominants. Le nombre de personnes ayant atteint l'Espagne a doublé en 2017 par rapport à 2016.

Les trafiquants sont souvent issus de la communauté frontalière. En raison du gain facile, d'anciens migrants ont également intégré le marché du trafic. Ces réseaux s'organisent de façon horizontale et verticale, et fonctionnent dans la discrétion la plus totale. L'information est rare et leurs clients sont toujours dans la menace de coercition. Ils font l'objet d'une pression énorme qui les amène à ne jamais divulguer d'informations sur le réseau et ses intermédiaires. On retient aussi l'existence d'une solidarité des groupes criminels qui repose parfois sur des liens tribaux et ethniques.

Ces groupes criminels œuvrent à plusieurs niveaux et dans plusieurs domaines. Ils se caractérisent par leur aspect polycriminel. Leur menace sur la souveraineté nationale du royaume et la sécurité régionale est évidente.

La menace des réseaux du trafic illicite des migrants

L'instabilité politique régionale profite au trafic illicite des migrants et menace la sécurité régionale et celle des États. Les groupes criminels spécialisés dans le trafic illicite sont flexibles et ajustent leurs modus operandi selon les nouvelles politiques répressives de chaque pays.

Cette "agence de voyage multinationale" adapte ses itinéraires à chaque nouvelle disposition des autorités de surveillance des frontières et des territoires.

La lutte contre les réseaux du trafic des migrants exige la mobilisation de moyens matériels, humains et techniques en vue de renforcer les capacités des intervenants dans le domaine de la sécurité. Une réponse effective aux réseaux de trafic illicite des migrants nécessite une organisation permanente de patrouilles de contrôle conjointe, et la coopération en matière d'échange de renseignement, ainsi que le contrôle des documents de voyage.

Bien que le Maroc soit considéré comme l'unique pays africain ayant des frontières terrestres avec l'Europe (Ceuta et Melilla) le dispositif sécuritaire mis en place a permis de démanteler plusieurs réseaux de trafic de migrants.

Le Maroc a adopté une politique volontariste de lutte contre la criminalité transnationale qui repose sur les quatre approches suivantes:

- la protection des côtes et des frontières terrestres;

- la surveillance maritime;

- la surveillance du territoire;

- la modernisation des postes frontaliers.

Le ministère de l'Intérieur et les instances compétentes qui relèvent de son autorité se consacrent aux questions opérationnelles, comme le démantèlement des réseaux de trafic et la coopération avec les pays tiers.

La coopération régionale cruciale

La dimension transnationale des flux migratoires illégaux nécessite une coopération internationale. Sauf que le climat de suspicion entre le Maroc et l'Algérie compromet sa pleine efficacité. La main tendue des autorités marocaines à Alger et le refus de cette dernière de coopérer rendent le combat contre les réseaux criminels transnationaux plus ardu et le plus gros des efforts est porté par le royaume, jugé comme un interlocuteur crédible de l'Union européenne.

Dans ce contexte régional, il faut également souligner les relations en dents de scie avec la Mauritanie. Le Maroc est amené par la force des choses à opérer unilatéralement dans certaines régions pour assurer la sécurité de ses frontières. Au Maroc, les réseaux du trafic illicite opèrent au nord du pays, mais aussi au sud dans la région de Laâyoune, Guerguerate et Lagouira. Il est utile de signaler que des villes comme Fès, Rabat et Casablanca sont aussi touchées par le trafic et la traite.

Même si les efforts du royaume d'intégrer les migrants subsahariens et les réfugiés dans la société n'engagent que le Maroc et découlent de ses choix souverains, la protection des frontières avec l'Europe n'en reste pas moins un fardeau lourd à assumer pour un pays qui souffre de problèmes structurels.

La lutte contre la criminalité organisée passe par des opérations conjointes avec les pays voisins, mais le problème qui persiste avec l'Algérie reste le maillon faible de toute stratégie sécuritaire. Un climat de confiance doit être instauré entre les pays voisins, et une coopération solide avec de la responsabilité partagée.

Une menace qui ne peut être cernée que par une meilleure coopération et une coordination efficace entre les différentes agences pour assurer la sécurité régionale.

LIRE AUSSI: