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Le rapatriement des migrants marocains de Libye: Un défi essentiel

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RGUGI MAROCAIN
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IMMIGRATION - Ils seraient 14.000 Marocains à avoir franchi illégalement les frontières terrestres et maritimes européennes en 2017. En Italie seulement, 6.000 Marocains se seraient introduits sur le sol en passant par la Libye, selon le ministère de l'Intérieur italien.

Ces chiffres nous renseignent sur la hausse significative des traversées illégales. Les réseaux de trafic d'être humains sont ainsi très actifs en Afrique du nord. Il s'agit toutefois d'un commerce juteux des mafias spécialisées dans la migration clandestine à ramifications internationales.

Les passeurs libyens offrent par exemple leurs services à partir de 1.700 euros. Les candidats à la migration clandestine se retrouvent otages de criminels qui les revendent une seconde fois. Un marché parallèle de la traite humaine, encore plus lucratif que le premier, a récemment défrayé la chronique.

Au Maroc, la gendarmerie royale a démantelé, le 29 décembre dernier, un réseau criminel transnational spécialisé dans l'émigration illégale vers l'Italie à travers la Libye. Les prix du voyage varient entre 1.700 à 4.500 euros. Les passeurs sont poursuivis pour aide à la migration illégale, prise d'otage, extorsion et blanchiment d'argent.

En août 2017, en pleine crise des migrants en Libye, le gouvernement marocain a décidé de rapatrier ses ressortissants qui acceptaient un retour volontaire. Deux avions ont été affrétés pour un coût de 2,6 millions de dirhams, et 200 Marocains détenus en Libye ont alors pu rejoindre le Maroc, soit une moyenne de 13.000 dirhams/personne allouée pour les opérations de retour. Ces opérations sont financées par les avoirs confisqués des trafiquants.

Il semblerait qu'une centaine de Marocains seraient encore en Libye. Certains souhaiteraient retourner au Maroc pendant que d'autres continuent à succomber aux sirènes de "l'eldorado" européen.

Malgré la fermeture des frontières avec l'Algérie, les migrants clandestins marocains réussissent la traversée avec l'aide des passeurs. Les motifs de cette émigration illégale et périlleuse sont soit le rêve d'une vie meilleure en terre européenne, soit de rejoindre les groupes terroristes en Libye et au Sahel.

Cette donne sécuritaire complique la gestion de ce dossier par les autorités marocaines. La discrétion est de mise puisque le risque sur la sécurité nationale et régionale s'avère réel.

Le risque terroriste

Le rapatriement initié par le Maroc répond à l'article 8 du protocole additionnel à la Convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants. Il y est clairement stipulé que "tout Etat Partie dont une victime de la traite des personnes est ressortissante doit faciliter et accepter le retour des personnes sans retard injustifié ou déraisonnable."

Le Maroc, en vertu de ses engagements internationaux, a l'obligation d'assistance envers les Marocains en situation de détresse. Le gouvernement doit être en mesure d'accepter et de délivrer les documents dus pour permettre à tous les Marocains en Libye de se rendre et d'être réadmis au royaume.

En contrepartie, l'Etat dispose du plein droit de prendre l'ensemble des mesures préventives pour contrecarrer toute menace des groupes terroristes qui peuvent s'infiltrer avec les candidats au retour.

Les sécuritaires du royaume se préparent à tous les scénarios en menant une politique de tolérance zéro. Des représentants du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale (direction des affaires consulaires et sociales), le ministère de l'Intérieur et les services de renseignements procèdent à l'examen minutieux de tous les Marocains candidats au retour au pays.

Il s'agit de la vérification de l'authenticité de l'identité de tous les migrants, et des contrôles sur l'utilisation des armes à feu et explosifs dans les camps d'entraînement de Daech en Libye ou dans les champs de combat en Irak et en Syrie.

Dans le meilleur des scénarios, les Marocains à Tripoli, Janzour, Zouara, Tadjourah, Sormane, Qalaa, Elkoumss et Sabratha ne sont que des migrants économiques et ne constituent aucune menace sécuritaire pour le royaume.

Le défi de la réintégration

À ce jour, plus de 700 Marocains sont retournés au Maroc. Les migrants ayant choisi le retour volontaire doivent être accompagnés pour leur réintégration et autonomisation, et pour qu'ils ne tentent plus leur projet de migration illégale.

Il y a une nécessité de réinsertion sociale qui se doit se faire avec l'aide de différentes institutions nationales et internationales. Dans le cadre de la réinstallation socio-économique, un travail de proximité doit être réalisé pour alléger la pression sociale et le désespoir suite à l'échec d'une aventure périlleuse.

L'Etat doit accompagner les migrants ayant choisi le retour volontaire. Ces Marocains peuvent en effet fournir de précieux renseignements sur les réseaux de trafiquants opérant sur le territoire national.

En l'absence d'un accompagnement réel des organisations internationales et de la société civile, ces personnes peuvent basculer elles-mêmes dans le trafic lucratif d'êtres humains. Ils sont maintenant au fait des trajets migratoires, ont tissé un réseau relationnel et connaissent le mode opératoire des réseaux mafieux. Ils peuvent aussi devenir une proie facile pour des groupes radicaux.

C'est une chose de rapatrier nos Marocains détenus en Libye, c'est une autre de leur donner à présent le goût de rester au pays et de contribuer à son essor.

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