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Les leçons à tirer de la crise à Al Hoceima

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HOCEIMA
Youssef Boudlal / Reuters
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SOCIÉTÉ - Al Hoceima nous donne à penser et à réfléchir et c'est tant mieux. La crise du Rif a une dimension irréductible, singulière. Mais elle n'est plus un phénomène isolé. Elle a désormais acquis une résonance nationale. Le défaut d'intégration de cette région au reste de la Nation est patent, et sur tous les plans. Le Rif condense en modèle réduit les ratés de la transition annoncée par la constitution et nous enjoint de manière pressante à des révisions déchirantes si l'on veut en préserver l'esprit et la lettre.

Au plan local, l'enjeu majeur tient dans la capacité à recréer un récit commun qui acte la juste prise en compte d'une soif désespérée de reconnaissance. Cet enjeu se double d'un enjeu qui a valeur nationale: la crise du Rif résonne par bien des aspects comme une injonction à remettre à plat les déterminants politiques, économiques, sociaux et culturels de la cohésion nationale. Disons, les termes du contrat qui fondent notre sentiment d'appartenance à la nation. Et pas seulement les principes énoncés dans la constitution. Mais les modalités effectives de leur mise en œuvre qui ne relèvent d'aucune évidence.

Ce qui est fondamentalement en cause dans cette dialectique entre le national et le local, c'est la définition d'un intérêt général compris et partagé que n'incarne plus l'Etat seul, et qui ne saurait davantage se satisfaire des formules techno-autoritaires par lesquels "l'Etat omniscient" prétendait faire le bien des gens à leur place. Ce n'est ni souhaitable ni aujourd'hui encore possible. Mais il faut consentir à en tirer toutes les conséquences.

Et pour le cas d'Al Hoceima il faut banalement commencer par questionner le fossé qui sépare les effets d'annonce, avec l'amère réalité que les remontées de terrain donnent à entendre et à voir. Il y a donc un fil rouge à tisser qui doit relier la prise en charge des enjeux locaux, aux ambitions de toute la nation.

Toutefois et pour l'heure, il y a des mesures d'apaisement préalables sans lesquelles nul dialogue serein et potentiellement fécond n'est envisageable. Mais si l'on se place dans cette hypothèse souhaitable, conjurer la défiance qui mine la relation gouvernants-gouvernés dans cette région requiert prioritairement le déclenchement d'un "Hirak" sur la manière de concevoir et d'exécuter les projets de développement.

Et sur ce plan, il ne faut pas se leurrer car l'efficacité dorénavant requise dans la conduite des projets publics ne suffira pas, si ces derniers ne sont pas appropriés par les populations. Ils seront vécus comme imposés de l'extérieur. Plus à Al Hoceima qu'ailleurs, les gens doivent s'approprier et les problèmes, et les réponses à y apporter.

Al Hoceima pourrait alors devenir le laboratoire d'expérimentation de nouvelles formes d'exercice de l'activité citoyenne locale. Puisse la crise du Rif se révéler de ce point de vue salutaire.

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