Huffpost Maroc mg
LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Ali Bouabid Headshot

Formation de la majorité: les vertus de la "petite politique"

Publication: Mis à jour:
BENKIRANE
Youssef Boudlal / Reuters
Imprimer

POLITIQUE - Plus de cinq semaines après la nomination du Chef du gouvernement, les tractations autour de la formation de la majorité ont quelque chose de pathétique. C'est, à-dire vrai, la vacuité du "blocage" dont il est question qui déconcerte, doublée de l'inconséquence des acteurs qui finit par donner raison aux abstentionnistes. Il ne s'agit pas de minimiser les facteurs de "blocage", ni même de les dépasser, tant s'en faut. Il s'agit simplement de dire, à minima, que les cinq semaines de perdues auraient pu être utilisées autrement, quand bien même elles devaient se solder par une impasse.

Je m'explique. Quand il n'y a ni droite ni gauche, que toutes les combinaisons ou presque (en termes d'alliances) sont possibles, il ne reste que l'accord sur un programme pour faire le tri et composer une majorité relativement cohérente. A cet exercice, le Chef du gouvernement aurait pu se livrer dès le départ, en innovant, à tout le moins, dans la méthode pour se hisser à la hauteur des exigences de l'heure. Car aujourd'hui, aucune base de travail objective et formelle de négociation n'est posée sur la table pour départager les acteurs.

Aussi, aurait-on pu naïvement imaginer, à grands traits, le scénario suivant: le Chef du gouvernement met au point, dès le départ, un agenda pour des discussions bilatérales, sous forme de séances de travail, avec les différentes formations politiques autour des grandes lignes du futur programme. A l'issue de ce premier round de rencontres, les points d'accord et de désaccord seraient actés et rendus publics. Une nouvelle mouture du projet de programme serait élaborée et servirait de base à un nouveau round de discussions autour, cette fois-ci, de la répartition des portefeuilles. Résultat: on objective les alliances, on constitue sur cette base la majorité et on répartit les tâches et les portefeuilles. Bref, on s'efforce de donner du sens à l'action politique.

L'exercice n'est bien sûr pas garanti, quant à son issue. Mais nul n'ignore aussi que dans ces matières hautement inflammables, rien ne l'est vraiment. En revanche, il a pour lui la cohérence de la démarche de composition d'une majorité autour de choix politiques. Et à ce titre, le mérite de contraindre les partis à se prononcer sur des choix de politique générale, à afficher leurs options (si tant est qu'ils en aient) et bien sûr à prendre des engagements devant l'opinion. Ce qui n'est pas mince.

Même si la démarche semble incongrue au regard de l'état de nos mœurs politiques, il ne faut pas, sous couvert de réalisme, en mésestimer les vertus propres. Dans tous les cas, il en restera toujours quelque chose. Et puis, puisque nous avons tout le temps, autant en faire un usage plus respectueux d'une opinion lassée d'attendre. Le débat public y gagnerait, au moins et pour quelques jours, en consistance, en attendant la réforme d'un système politique à bout de souffle, qui tourne sur lui-même et travaille à son propre discrédit.

LIRE AUSSI: