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Élève au Lycée d'El Mourouj Headshot

Notre amie s'est suicidée, on a été taxés de satanistes et de mécréants et sommes menacés

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Le nom et le prénom ainsi que les infos personnelles de notre contributeur ne seront pas publics, au vu de la sensibilité du sujet actuellement abordé mais aussi des répercussions et des torts que cela pourrait lui occasionner

Le 11 novembre est un jour particulier: c'est le jour où a été signé l'armistice qui a mis fin à la première guerre mondiale en 1918. Pour moi c'est désormais un jour encore plus particulier: celui qui a vu mourir notre chère et regrettée S.H., élève dans notre lycée, à l'âge de 15 ans. Elle s'est suicidée par pendaison, dans sa maison, le 11 novembre 2016. Son corps pendu a été découvert par son petit frère, âgé de 8 ans.

Une âme pétillante et souriante s'est éteinte. Elle s'est envolée et nous a laissé seuls combattre la bassesse qui n'a pas cessé, elle, de gagner du terrain: la bassesse de ceux qui sont venus à la maison de la défunte, poussés par un voyeurisme que ni la morale ni les valeurs de la religion dont ils se gargarisent n'a pu réfréner. Ces ministres de Dieu, pasionarias de la morale, se sont même permis de poser des questions au pauvre petit frère: "où et comment est-ce que tu l'as trouvée?", "pourquoi a-t-elle fait ça?", histoire de trouver de quoi nourrir leurs misérables commérages du type: "on dit qu'elle est sataniste" ("hardoussa"), "ne serait-elle pas enceinte?", "j'ai entendu dire qu'elle se droguait!"...

Tout cela sans parler des fatwas qui ont surgi de nulle part, interdisant la présentation de condoléances à la famille de la jeune fille, interdisant les prières, interdisant même de laisser échapper une larme de mélancolie ou de compassion.

C'est à ce moment qu'ont surgi plusieurs versions des faits, qui se sont attelées à disséquer le pourquoi du comment de ce suicide. Non pas pour essayer de comprendre, d'analyser ou de trouver des solutions à cette jeunesse dont les soucis sont mis à l'écart des débats publics, qui sont hélas trop occupés par les clashs interposés d'une certaine "malika" et la fameuse "tit tit tit", mais plutôt pour juger ce pourquoi et ce comment en calomniant la disparue sur sa vie privée.

En sortant de la maison de la défunte, après une quinzaine de mètres, je fus conduit de force dans une impasse par 8 ou 9 hommes qui contrôlaient les entrées et sorties à la maison. Ils m'ont "accusé" de satanisme et de mécréance, ils ont exigé de moi de réciter la "Chehada" pour prouver le contraire et "m'innocenter de cette accusation".

Ils ont fouillé mon téléphone, ma playlist de musique, pour voir si j'avais commis le péché impardonnable d'écouter du rock, et puis ils ont cherché le numéro de mon ami qui était le petit ami de la défunte, et qu'ils guettaient et menaçaient depuis la disparition de la décédée.

Lui (surtout lui), mais aussi tous les autres soupçonnés d'être satanistes au lycée, qui semblent former une cellule d' "impies" dont une de nos professeurs, notre Snowden d'El Mourouj, a confirmé l'existence. Et ils ont terminé en m'énumérant la liste de leurs prochaines proies par leur nom et prénom.

Aujourd'hui je me suis fait cogner dessus, et quasiment tous mes amis reçoivent des menaces, sans pour autant qu'une polémique soit lancée là-dessus.

Ce qui m'a poussé à sortir de l'omerta, c'est la houle d'articles parus sur des sites électroniques tels que "Akher Khabar Online" et le fameux "Essada", etc. dont je publierai les captures d'écran dans des commentaires, et qui visent tous à souligner le danger que représente ladite "cellule" desdits "satanistes".

Je ne veux pas ramper dans des excuses du style "ils ne sont pas satanistes", moi je ne sais pas et je ne veux pas savoir, ça ne me concerne pas et c'est totalement dans leur droit de croire en qui/quoi que ce soit ou de ne pas croire

Aujourd'hui, nous sommes tous menacés dans la rue par ces hors-la-loi et, au lycée, par quelques professeurs qui nous condamnent (toujours par délit de faciès ou selon le "camp intellectuel" auquel on appartient).

Aujourd'hui, c'est encore le politiquement correct et l'esprit du citoyen moyen qui l'emportent.

Moi, le danger que je veux souligner, c'est celui du délit de faciès, du rejet de l'autre, du fanatisme, de la banalisation de ces atteintes à la vie personnelle d'une personne, et surtout leur légitimation.

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