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Deux à trois choses à redire sur la Palestine et son occupation coloniale

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ISRAEL SOLDIERS
Le combat des Palestiniens contre la colonisation est politique | ASSOCIATED PRESS
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L'affaire devrait être entendue tant elle est évidente. Les violences qui se déroulent aujourd'hui à Jérusalem et dans les Territoires Palestiniens occupés ou contrôlés par Israël sont incontestablement liées à cette occupation. Et le plus étonnant c'est que cette flambée n'arrive que maintenant.

Pour dire les choses simplement, le peuple palestinien n'en peut plus d'être privé de ses droits les plus élémentaires. Il n'en peut plus d'être humilié quotidiennement et de ne pas voir son sort s'améliorer.

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Vingt-deux ans après les accords d'Oslo, le processus de paix est enterré et aucune perspective ne se dégage pour lui dans le ciel noir d'un Proche-Orient en proie à de multiples conflits.

Dans les multiples analyses que l'on peut lire dans la presse occidentale, notamment française, se déploie une campagne insidieuse qui cherche à disqualifier la révolte palestinienne. Et la méthode employée doit être dénoncée.

D'abord, les attaques au couteau ou, plus rarement, à la voiture-bélier, sont mises dans le même sac que les manifestations quotidiennes de la jeunesse palestinienne face aux militaires israéliens. Ainsi, on installe dans l'imaginaire occidental l'idée qu'il ne s'agit que d'attaques sanglantes contre des juifs.

L'intention est claire, le fait d'insister sur l'usage de la violence discrédite la revendication politique et la dénonciation de la colonisation. Ensuite, et c'est le plus important, il y a une tentative manifeste de répandre la thèse selon laquelle les motivations réelles de la contestation ne sont pas politiques mais religieuses.

Autrement dit, ce n'est pas le maintien d'une présence militaire et policière israélienne en Cisjordanie ni l'essor continuel de la colonisation ni encore moins les attaques que subissent les villages palestiniens isolés de la part de colons (lesquels jouissent d'une totale impunité) qui serait la source de cette colère. Non, on nous explique que c'est un conflit désormais religieux où les musulmans, comprendre les Palestiniens, ont décidé de s'attaquer aux juifs, comprendre les Israéliens.

Pourquoi maintenant ? Eh bien, ce serait parce que les musulmans auraient décidé de défendre coûte que coûte la mosquée d'Al-Aqsa - à laquelle les neuf-dixièmes des Palestiniens qui vivent en Cisjordanie ou à Gaza n'ont pas accès, il faut le rappeler - contre une tentative de contrôle accru du Mont du Temple par les autorités israéliennes.

Entretenir l'amalgame

La mise en avant de l'aspect religieux pour caractériser la colère palestinienne n'est pas nouvelle. En 2000, déjà, c'est ce que les partisans d'Israël avaient avancé lors de la seconde intifada.

Les manifestants palestiniens, d'hier et d'aujourd'hui ont beau réclamer leur terre, le retrait israélien des territoires occupés et le démantèlement des colonies - illégales selon le droit international, il faut, là aussi, le rappeler - c'est donc la piste de l'effervescence religieuse qui est retenue.

Pourquoi ? La réponse est évidente. Ramener la question israélo-palestinienne au religieux c'est faire passer au second plan le fait colonial. C'est occulter cette occupation illégale qui engendre injustices et drames pour les Palestiniens.

Dans un monde où l'islam a mauvaise presse ne serait-ce qu'en raison des atrocités commises par le groupe de l'Etat islamique (EI) et d'autres organisations djihadistes, ramener la contestation palestinienne sur le terrain du religieux, c'est chercher à la discréditer sur le plan international. Daech et les jeunes lanceurs de pierres, ce serait donc la même chose...

Pour Israël et ses partisans, on comprend l'utilité (et l'urgence) de cet amalgame quand on sait que les appels récurrents au boycottage des produits issus des colonies israélienne voire de l'Etat hébreu ne cessent de gagner en audience dans le monde entier.

"L'argument suprême"

Reste enfin l'argument suprême qui entend fustiger la protestation palestinienne (et ceux qui ont de la sympathie pour elle). Les Palestiniens, comme la majorité des Arabes, continueraient à ne pas accepter l'existence d'Israël et chercheraient encore à détruire cet Etat.

Or, cette affirmation ne résiste pas à l'examen des faits. D'abord, Israël existe et nombre de pays arabes entretiennent des relations officielles ou, c'est plus fréquent, officieuses avec ce pays. Ensuite, depuis 1973, aucun pays arabe n'a attaqué Israël (qui ne s'est pas gêné pour envahir le Liban à plusieurs reprises).

Il est temps que les partisans d'Israël admettent que les Arabes comme les Palestiniens ont tourné la page. Appelons-ça de la résignation, du renoncement, du pragmatisme ou du réalisme mature : le résultat est le même : le temps des slogans tels que "mort à Israël " ou "les Juifs à la mer" est bel et bien révolu.

Par contre, ce qui n'existe toujours pas, ce qui ne cesse d'être renvoyé aux calendes grecques, ce qu'Israël refuse encore et encore de voir apparaître, c'est bien l'Etat palestinien. Nombre d'experts qui connaissent bien la région affirment même qu'il n'y aura jamais de solution à "deux Etats".

Le panorama est donc bien moins compliqué qu'on ne le dit. D'un côté, un Etat reconnu sur le plan international, une armée puissante, un arsenal nucléaire, des citoyens qui peuvent aller et venir où bon leur semble, en Israël comme ailleurs dans le monde (exception faite de nombreux pays arabes).

De l'autre, un peuple sans pays, sans passeport, confiné un jour, parqué le lendemain, qui sait très bien que l'objectif à long terme est de le maintenir dans cet état de servitude ou, à défaut, de le faire partir ailleurs.

La question israélo-palestinienne est d'ordre colonial. Chercher à faire croire le contraire, c'est être partisan d'un statu quo qui fait les affaires (à court terme) d'Israël.

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