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La surprise OPEP et le besoin de cash des Saoudiens

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OPEC
STRINGER via Getty Images
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Pour nombre d'observateurs, la récente réunion de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a débouché sur une surprise avec l'annonce d'une possible réduction de la production. Cela faisait plusieurs mois que la rivalité entre l'Arabie Saoudite et l'Iran se traduisait par un blocage et un refus de Riad de faire la moindre concession aux membres de l'Organisation qui voulaient limiter les pompages afin d'enrayer la spirale des prix.

La donne a donc changé et l'impact sur les marchés a été immédiat avec la hausse du prix du baril qui dépasse la barre symbolique des 50 dollars.

Une organisation à deux visages

Pour autant, il faut se garder de penser que le retour à une tendance haussière est définitif. D'abord, rien ne dit que l'Opep va réussir à formaliser son accord, lors de sa réunion du mois de novembre. Les questions qui se posaient durant la seconde partie des années 1990, période marquée par une chute des cours, sont de nouveau d'actualité. Qui va réduire ses pompages et comment seront répartis les nouveaux quotas ?

La diplomatie qui s'active, actuellement, va devoir aussi anticiper la suite. Même si un accord est adopté, il restera à garantir son respect. Par le passé, le Cartel a ainsi montré deux visages différents, quant à la discipline de ses membres : un respect des limitations ou alors un "chacun pour soi".

Malgré ces réserves, et dans l'attente de la réunion de novembre, il faut s'attarder sur le changement d'attitude de l'Arabie Saoudite. Comme l'ont relevé plusieurs experts, le fait même que le poids lourd de l'organisation accepte l'idée d'une réduction de la production signifie que le nouveau pouvoir en place, à Riad, a modifié son approche en terme de politique pétrolière. Jusqu'à la réunion d'Alger, les diplomates saoudiens expliquaient que leur pays était décidé à respecter la loi du marché. Autrement dit, pas question d'influer sur les cours du baril, en jouant sur l'offre. Ce discours libéral a été salué par les milieux économiques occidentaux. De grands titres de la presse d'affaires (Wall Street Journal, The Economist) ont applaudi cette mutation, eux qui ont souvent critiqué le caractère monopolistique de l'Organisation.

Mais les contraintes financières, le coût de la guerre au Yémen, les multiples projets de réforme et la grogne engendrée par les mesures d'austérité ont obligé les autorités de Riad à faire machine arrière, ne serait-ce que de manière temporaire. Pour elles, il ne s'agit pas de faire, enfin, la paix avec l'Iran mais de bénéficier d'un peu d'oxygène dans un contexte intérieur d'autant plus difficile qu'il est marqué par une lutte sourde pour la succession future du roi Salman.

Autrement dit, comme nombre de ses pairs de l'Opep, l'Arabie Saoudite a besoin de cash et cela d'autant que ses responsables ont réalisé que les marchés financiers n'étaient pas prêts à lui accorder les meilleures conditions pour emprunter.

Un répit pour les petits producteurs

L'Opep vient ainsi d'accorder un répit à plusieurs petites compagnies pétrolières, notamment nord-américaines. Durement touchées par le reflux des prix et très endettées, ces sociétés qui se sont illustrées dans le boom de la production d'hydrocarbures non-conventionnels (huiles et gaz de schiste, sables bitumineux) bénéficient de la reprise à la hausse des prix et en tirent une marge de manœuvre pour négocier avec leurs banques.

Enfin, en Amérique latine comme en Afrique, les défenseurs de l'environnement qui espéraient que les projets controversés d'exploitation soient abandonnés faute de rentabilité, ne cachent pas leur inquiétude.

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