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Désordre stratégique

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GEOPOLITICS
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Ce n'est pas une nouveauté. La situation internationale est marquée du sceau de l'incertitude ce qui n'est pas sans générer de l'inquiétude. Les problèmes globaux qui existaient il y a un an, c'est-à-dire avant l'élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, sont, non seulement persistants mais ils ont été aggravés par l'arrivée du milliardaire à la Maison-Blanche.

Cela a pour conséquence d'empêcher que les grands de ce monde adoptent une approche commune, fut-elle à minima. Nombre de politistes ont une formule pour désigner cet état de fait : il s'agit d'un "désordre stratégique" à grande échelle. Face à des problèmes récurrents, qu'ils ont parfois eux-mêmes créé, ces grandes puissances sont incapables de trouver une solution. Elles n'arrivent pas à mettre en place des stratégies efficaces.

La question de la prolifération nucléaire en est la bonne illustration. Au début des années 2010, les autorités iraniennes de l'époque ont fait le constat suivant : l'Irak de Saddam Hussein n'a pu être envahi en 2003 par les Etats Unis et leurs alliés que parce qu'il ne possédait pas d'armes de destruction massive (qu'on lui reprochait de dissimuler…). A l'inverse, la Corée du nord, a su poser un défi insurmontable à Washington mais aussi à ses voisins chinois, japonais et coréens du sud, en n'abandonnant jamais son programme nucléaire.

On pensait que l'accord conclu en juillet 2015 entre les grandes puissances et Téhéran pour la suspension du programme iranien sonnerait le début d'une nouvelle phase. Cela devait montrer que les grands de ce monde pouvaient œuvrer pour la mise en place d'une solution pacifique et négociée susceptible d'empêcher que la tentation du nucléaire militaire se diffuse dans le monde. C'était sans compter avec la récente volonté américaine, mais aussi israélienne (permanente quant à elle), de torpiller cet accord.

Si les choses restent en l'état (Trump refuse de certifier l'accord) et que les Etats-Unis décident d'aller plus loin dans la dénonciation de cet accord, il est évident que Téhéran relancera son programme, lequel, rappelons-le, demeure officiellement cantonné au nucléaire civil. Face à l'incertitude engendrée par le comportement erratique du président américain et l'attentisme électoral du Congrès (les élections de mi-mandat ont lieu dans un an, c'est-à-dire demain), le régime iranien peut décider que sa seule protection est d'imiter la Corée du nord.

Un Iran avec la bombe ou sur le point de l'avoir sera plus difficilement attaquable. Et cela aura des conséquences pour toute la région. L'Egypte, La Turquie ou même les pays du Golfe, Arabie saoudite en tête, seront tentés eux aussi d'entrer dans le cercle fermé des pays détenteurs de l'arme atomique. Certes, jusque-là, leur parrain américain les en dissuade. Mais avec Trump aux manettes, rien ne peut être exclu.

Il y a autre chose d'inquiétant en ce qui concerne l'arme nucléaire. Jusqu'à présent, le grand mot pour ses détenteurs (officiels et officieux) était la dissuasion. En gros, il s'agit de ne l'utiliser qu'en cas de légitime défense face à une attaque atomique. Or, on assiste depuis plusieurs mois à des dérapages verbaux aux Etats-Unis comme en Russie mais aussi en Inde et au Pakistan. A chaque fois, des officiels laissent entendre que bombes ou missiles nucléaires sont susceptibles d'être utilisés lors de conflits conventionnels.

On reparle ainsi de plus en plus de "frappes tactiques" et cela renvoie à un passé (la guerre froide) que l'on croyait définitivement révolu. La grande peur aujourd'hui est le dérapage ou l'incident armé qui créera un précédent. La situation est d'une telle gravité qu'elle exige que l'ONU s'empare de la question mais que peut faire cette organisation quand on sait que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (tous détenteurs de l'arme atomique) ont des approches différentes vis-à-vis de cette question.

La question du réchauffement climatique et de ses conséquences est un autre exemple du désarroi stratégique global. En août dernier, Donald Trump a adressé à l'ONU la notification du désengagement de son pays du traité international de lutte contre le réchauffement scellé lors de la COP21 ("Conferences of the Parties") qui a eu lieu en décembre 2015 à Paris.

Contrairement à ce que l'on peut lire ici et là, ce désengagement est un fait d'une grande gravité. Qu'est-ce qu'une stratégie de lutte globale contre le réchauffement climatique sans la présence du second pollueur mondial derrière la Chine ? Qui va convaincre d'autres pays récalcitrants (Brésil, Inde, monarchies du Golfe) de tenir leurs promesses en matière de réduction des gaz à effet de serre ? On est en train de découvrir que le réchauffement climatique n'est pas simplement la perspective d'événements météorologiques extrêmes (sécheresses, inondations, tempêtes) c'est aussi un facteur de guerre et de désordres qui appelle une réponse coordonnée qui semble désormais impossible à mettre en place.

On terminera par ce qui occupe l'attention de nombre d'entre-nous. La situation au Proche-Orient est une succession ininterrompue de conflits. Après la guerre civile syrienne marquée par l'intervention russo-iranienne sans oublier la guerre menée par la coalition internationale contre l'Organisation de l'Etat islamique (OEI), on se dirige vers une nouvelle phase.

Les risques de conflit sont multiples : gouvernement irakien contre le Kurdistan autonome, Turquie contre le "Kurdistan" syrien (appelé aussi Rojava) sans oublier la persistance de la guerre entre Ankarra et le PKK. A cela s'ajoute la perspective d'une attaque militaire israélienne contre le Hezbollah voire, directement contre l'Iran. En un mot, l'incendie en cours peut se transformer en brasier encore plus violent. Mais les jours passent et tout laisse à penser qu'il existe un consensus général pour lâcher la bride aux événements.

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