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Bras de fer dans les coulisses de l'Opep

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OPEC
AFP via Getty Images
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Cela s'appelle la confusion... D'abord, des informations de presse, citant des sources anonymes, affirment que l'Arabie saoudite a menacé l'Iran d'augmenter elle aussi sa production en cas d'absence d'accord pour une baisse ou un gel des pompages au sein de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Du coup, les marchés plongent et le baril se rapproche du plancher des 40 dollars.

Puis, des dirigeants de l'Organisation démentent l'existence de ces menaces et affirment que les Saoudiens et les Iraniens, sans se parler, ne sont pas en confrontation directe. Le marché reprend vite des couleurs. Ensuite, de nouvelles informations de presse réaffirment l'existence d'un bras de fer et de menaces saoudiennes. Nouvelle baisse des cours.

La diplomatie algérienne mobilisée

On ne sait pas encore si l'Opep va parvenir à un accord à la fin du mois. Ce qui est certain, c'est que les discussions sont ardues et que la diplomatie algérienne est très engagée pour maintenir le fragile consensus forgé à Alger. L'Arabie saoudite, que l'on dit très désireuse d'obtenir une hausse des cours par le biais d'une baisse des productions de chaque membre, semble vouloir ménager l'Iran car, pour l'instant, la presse du royaume demeure peu agressive sur la question pétrolière. A l'inverse, les Iraniens rappellent à l'envi que la levée des sanctions est une opportunité pour leur pays lequel doit reprendre sa place sur le marché et compenser des années de gains perdus.

Dès lors, le petit jeu des déclarations et des informations de presse non sourcées indique que la bataille en coulisse est tendue. Le message des Saoudiens est clair : s'il n'y a pas d'accord à la fin du mois, tout le monde, à commencer par l'Iran, en paiera les conséquences car les marchés plongeront. Et la baisse sera d'autant plus brutale qu'un échec de la réunion de la fin du mois incitera les producteurs non-Opep (Mexique, Norvège et Russie) à faire cavalier seul. L'autre message des Saoudiens est dénué d'ambiguïtés : le temps où leur pays endossait seul le plus gros de l'effort en matière de réduction des exportations est terminé. On le sait, et cela a souvent été écrit dans ces colonnes, Riad a besoin d'argent pour mener ses guerres, directes et indirectes, et ses réformes structurelles. Pas question donc de gagner moins si d'autres continuent de gagner plus...

La question est donc de savoir qui va convaincre les Iraniens de faire des concessions sachant que la position de Téhéran dépend aussi du bras de fer interne entre conservateurs et partisans du président Hassan Rouhani. Contrairement aux monarchies du Golfe, l'Algérie et à un degré moindre le Venezuela ont la capacité de se faire entendre par les Iraniens. Alger, comme Caracas, a adopté une position de neutralité prudente sur le dossier syrien et s'est bien gardé d'adhérer à la coalition contre le terrorisme voulue par Riad dans le but évident d'isoler l'Iran. Les prochaines semaines diront si cela a été suffisant pour convaincre les dirigeants iraniens de faire un geste.

Opportunisme américain

Dans le même temps, l'Opep gardera un œil sur la situation aux Etats-Unis. Dans la perspective d'un accord au sein de l'Organisation, et donc d'une hausse des cours, de nombreux petits producteurs américains de brut conventionnel et de pétrole de schiste s'apprêtent à remettre leurs puits en service. Dans les années 1990 et 2000, cette flexibilité ne posait pas trop de problèmes à l'Opep car la hausse de production américaine n'affectait pas les cours. Aujourd'hui, la situation est différente du fait de l'augmentation des ces puits. Autrement dit, le paradoxe est qu'un accord conclu par l'Opep pourrait encourager les petits producteurs à prendre des parts de marché et, donc, à atténuer in fine les effets d'une entente sur la baisse de la production de l'Organisation.

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