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Une impuissance maladive

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SYRIA
Anadolu Agency via Getty Images
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Des images d'enfants suffoquant envahissent la toile depuis le 04 avril. Une attaque chimique menée par les troupes de Bachar Al-Assad en est la cause.

Les cadavres gisent à même le sol. On se croirait dans une scène apocalyptique. Une heure avant l'attaque, ces gens-là devaient être loin de se douter de ce qui leur arriverait; palabrant pour oublier la misère, jouant sur le sol poussiéreux et de loin en loin, poussant un cri de joie ou un rire général qui ne faisait que faire couler davantage l'atmosphère ambiante dans ce brouhaha, pour s'y mêler.

Qui l'aurait cru ? Peut-être pas nous, mais eux n'auraient pas été surpris. À force de voir l'épée de Damoclès régner au-dessus de leur vie, on finit par s'y résigner. On attend, et puis un jour cela arrivera. Peut-être discutaient-ils de la façon qu'ils voudraient que ça arrive ?

C'est la première fois que je regarde ces images jusqu'au bout. À force d'en voir sur la toile, on finit par s'y habituer. Les atrocités de ce genre, lorsqu'elles deviennent anodines, sont le symptôme d'une maladie qui ne porte pas encore de nom; une maladie qui ne ronge pas le corps, qui ne se diagnostique pas avec une simple osculation; une maladie qui nous ait pourtant familière.

Au début des années 40, à Auschwitz, les horreurs que commettaient les nazis n'étaient pas connues par le reste du monde. Il fallut l'infiltration d'un agent afin de montrer au monde ce qui se perpétrait entre les tristes murs de cette boucherie.

La presse se mit alors à décrire avec des mots, dans les journaux, afin de dénoncer ce qui s'y faisait. Ceci a immédiatement suscité l'indignation de l'opinion publique et de la communauté internationale. La suite, nous la connaissons.

Contrairement aux années 40, ce n'est plus par les mots que nous apprenons les atrocités commises sur les citoyens, mais par l'image. L'opinion publique n'en est pas pour le moins éberluée. Au contraire.

Les crimes sont désormais au vu et au su de toutes et tous. Ce qui nous différencie des années 40, pourtant, c'est la réaction avec laquelle nous faisons face à ce genre de nouvelle : ce n'est plus l'indignation, c'est l'exaspération de ce malheur qui gagne nos cœurs.

Oui, l'exaspération de voir ces horreurs et d'être si impuissant; absolument démuni face à ce drame. Ce sentiment d'impuissance devient une névrose collective. On ne vit plus, on subit, pendant qu'eux survivent.

On est là, à notre tour, à palabrer sur les horreurs que subit ce peuple digne. Mais nous le faisons à l'abri des bombes. Peut-être est-ce pour cela que certains d'entre nous sont si insensibles et s'obstinent à calomnier les réfugiés qui ont la chance d'échapper à l'emprise de la guerre ?

J'aurais tendance à m'indigner contre ces gens-là, mais pas contre la mort de ces enfants. Pour eux, je n'ai que de la compassion, des excuses pour notre impuissance; notre désarmement face à ce qui se perpétue.

Quant aux bourreaux, j'aimerais leur dire qu'ils paieront, qu'ils regretteront et qu'ils devraient avoir honte. Seulement, je connais le silence déraisonnable de ce monde qui ignorera mes requêtes. Je préfère ne pas m'y résoudre, car je sais que ce n'est là qu'une perte de temps.

Pour l'instant, je n'ai rien d'original comme réponse à ceux-là. Comme le monde, la seule qui me vient c'est le silence. Pour l'instant du moins, c'est le sort de ces malheureuses victimes qui me préoccupe, car je sais qu'il y a une possibilité d'arrêter leur souffrance.

Lorsqu'une seule opportunité s'ouvre dans le malheur, il est de notre devoir de s'y accrocher. Sinon, c'est par lambeaux que se déchiquettera ce que nous nous appelons notre âme.

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