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Il y a quinze ans, le pouvoir et les Arouch se liguent contre la démocratie

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S'il y a un événement à exclure pour désigner une date symbolique, c'est indubitablement la date où la manipulation se mêle à la violence. La marche du 14 juin 2001 réunit les deux critères. À ce titre, elle ne peut être une date symbolique pour la Kabylie.

En tout cas, s'il faut en choisir une, autant que ce soit une journée où la manifestation a été pacifique. Cela dit, pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté, la grande responsabilité, dans les violences subies le 14 juin, incombe au régime. Mais, personne ne peut affirmer -à moins que ce soit du pur mensonge -que les manifestants étaient exempts de tout reproche.

Hélas, quinze ans après cet événement, certains choisissent la facilité en refusant de situer toutes les responsabilités. Bien que les citoyens de la région se soient mobilisés en vue de juguler l'effusion de sang, force est de reconnaître que cette préoccupation n'a pas été celle de tous les pseudos délégués, dont certains ont été de véritables pompiers pyromanes.

En tout état de cause, malgré l'exploitation sans vergogne de la tragédie -beaucoup de personnes ont eu tort de croire que Belaid Abrika et ses amis cherchaient à éteindre l'incendie -, le chef charismatique, Hocine Ait Ahmed, en vieux routier de la politique, a décelé d'emblée le piège.

"Au départ déjà, la nature populiste fascisante de ce mouvement s'est trahie en jouant sur la surenchère du consensus communautaire, c'est-à-dire sur l'unicité de la Kabylie à travers son unicité politique. Le dessein maquillé étant de détruire le dernier bastion de toutes les formes de pluralisme arrachées de haute lutte", écrit-il le 26 mars 2002 dans une note intitulée "Arch, la tribu ; Arouch, les tribus".

De toute évidence, l'avènement de cette organisation archaïque inaugure l'une des phases les plus sombres de la région. En effet, en moins de deux ans d'action sur le terrain, les Arouch ont détruit tout ce qui faisait la force de la Kabylie : la tolérance politique.

Malheureusement, bien que cette organisation ait disparu, depuis pas mal d'années déjà -et c'est tant mieux pour la démocratie en Algérie -, les conséquences de son œuvre se ressentent encore de nos jours. Ainsi, depuis le 14 juin 2001, toute manifestation est interdite à Alger. Malgré la levée de l'État d'urgence en 2011, cette mesure demeure applicable dans la capitale.

Bien évidemment, les mauvaises langues vont dire que le régime était prêt à saborder la marche du 14 juin. Ceci n'est pas faux, mais en partie seulement. En effet, bien que la responsabilité du régime soit importante, celle des manifestants n'était pas négligeable. Étant présent à cette marche, on était plusieurs à supplier les manifestants zélés d'abandonner leurs armes blanches. Vainement.

Par ailleurs, à peine cette organisation antidémocratique est réduite au silence, une autre organisation encore plus dangereuse, pour l'Algérie en général et la Kabylie en particulier, prend le relais.

D'ailleurs, pour le fondateur du MAK, dont les intentions sont quasiment les mêmes que les Arouchs, tant que ceux-ci occupaient le terrain, il mettait uniment son mouvement en sourdine.

Comme les Arouch, le MAK joue la carte de l'unicité politique de la Kabylie. Or, s'il y a un esprit dangereux pour l'épanouissement de la démocratie, c'est la recherche d'une forme d'unanimisme dans une société. D'ailleurs, les récentes polémiques sur le droit d'une gamine de parler en arabe sur un plateau télé ou les attaques au vitriol contre les deux symboles de la chanson kabyle, Ait Menguellet et Idir, sont autant d'indices qui corroborent la dangerosité du mouvement séparatiste. Et ce n'est pas étonnant que ce mouvement choisisse cette date comme son symbole.

Pour conclure, il va de soi que le 14 juin 2001 est une date à ne pas oublier. La région doit tirer les enseignements qui s'imposent. Car, plusieurs personnes sont mortes à cause de l'esprit irresponsable du régime et des pseudos délégués de la région. Enfin, si l'on doit rendre un service aux victimes de cette tragédie, il faudra s'éloigner autant que faire se peut des idées extrémistes, et ce, quels que soient leurs auteurs. C'est à ce prix que l'Algérie en général et la Kabylie en particulier retrouveront l'apaisement.

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