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Sur l'interdiction de la commercialisation de la burqa au Maroc

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BURKA
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SOCIÉTÉ - L'apparition des nouveaux moyens de télécommunication a, dit-on, entraîné une ouverture de plus en plus large de notre pays sur le monde. Sur le monde? Pas vraiment. Sur la "pire" partie du monde, le Moyen-Orient. L'analphabétisme, conjugué à l'arabisation de l'enseignement depuis les années 70, a rendu une bonne partie de la population sous l'influence des muftis et des maîtres de la parole religieuse, d'origine, entre autres, saoudienne, égyptienne, yéménite, etc.

Des femmes en masse ont renié leur passé, quoique souvent irréprochable du point de vue moral, et porté le hijab ou, plutôt, une autre mode de hijab, croyant par là que c'est le vrai et le plus authentique. Un changement radical commence à se faire sentir dans le paysage vestimentaire marocain, notamment au sein des classes pauvres, d'ailleurs majoritaires: le noir supplante les couleurs vives et enjouées, l'uniforme afghan gagne, imperceptiblement, du terrain tandis que la "aabaya" noire remplace la djellaba blanche.

Ce changement vestimentaire se fait également remarquer au sein des grandes villes, au McDo, dans les grandes surfaces et, pire, dans les écoles et les universités. Les femmes au Maroc ont ainsi tourné le dos à un bon nombre de traditions inoffensives, au charme exceptionnel, pour se laisser emporter par les vagues de reniement s'accompagnant, souvent, d'une culpabilisation implicite. Culpabilisation d'avoir perdu des années de leur vie entre les bras de Satan, sous le joug du vice et de la mauvaise conduite.

Leur cible favorite, en matière de reproches, sont les parents qui ont, d'après elles, failli à leur devoir d'orientation morale. Les femmes repentantes ne sont pas toujours analphabètes, elles savent lire et écrire, et occupent parfois des postes importants au sein de l'administration et de l'entreprise. Ce qui interpelle donc, dans ce phénomène, est bien ce sentiment de culpabilité d'avoir commis un péché, d'avoir failli à une mission et d'avoir fait quelque chose de condamnable.

Ces femmes s'efforcent tant bien que mal de se rattraper, en multipliant les journées de jeûne ou en s'empaillant d'habits de plus en plus "pudiques", en joignant à la sobriété de l'accoutrement une allure et un faciès maussades. Elles arrivent, en outre, à trouver une consolation en éduquant leurs filles selon le nouveau mode de compréhension de la religion, c'est-à-dire en appliquant à la lettre les conseils et les recommandations des autorités religieuses qui infestent les chaînes de télévisions et les sites internet arabophones.

L'islamisation de la société marocaine qui a commencé il y a des siècles semble reprendre, sous une forme accentuée, ces dernières années. Ainsi, un certain Amr Khalid a su se frayer un chemin au sein de la société marocaine et de l'âme de la femme marocaine, grâce à sa méthode hautement pédagogique, à son aspect, pour ainsi dire, occidental, et à sa voix captivante. A la fin des années 90 et au début des années 2000, il défrayait la chronique féminine où il avait droit aux éloges les plus intarissables et au respect le plus religieux. L'on citait ses dires comme arguments d'autorité et on exécutait volontiers ses conseils. Amr Khalid s'est donc vite imposé comme la voix la plus convaincante et la plus crédible.

Par conséquent, des foules de femmes ont décidé de changer de conduite en empruntant la nouvelle voie, par définition la plus salutaire et ont rejeté en bloc tous les sentiers d'avant. Il en va de même de ce Huwayni, mais cette fois-ci avec l'habit occidental en moins. Ces nouveaux fossoyeurs des traditions locales ont su maîtriser l'élan, de tout temps émancipatoire, des femmes marocaines. Ces autoproclamés connaisseurs de la chose religieuse ont su exercer leur hypnose, avec ruse et détermination.

S'en suivit une progressive et continue métamorphose de la gent féminine d'un certain âge. Des milliers de femmes ont définitivement enterré leurs maillots de plage, leurs mini-jupes et leurs tenues légères. D'autres ont même décidé de ne plus tendre la main aux hommes, persuadées qu'elles sont de l'impureté du geste. D'un autre point de vue, et sur un plan beaucoup plus profane, les Marocains ont l'air complètement obnubilés par le prestige des barbus. Ainsi, contrairement à une certaine idée reçue, ce sont les Marocains de 2016 qui sont les plus à même d'être manipulés par les faux-dévots qui pullulent sur la scène politique nationale.

Ces partis, à la référence religieuse, ont la cote auprès des électeurs malgré leur incompétence notoire en termes de prestations socio-économique. Ils ont curieusement bénéficié de l'indulgence du peuple en dépit de toutes les décisions politiques antipopulaires qu'ils ont entreprises. Ceci témoigne en faveur de l'emprise de la parole religieuse sur les âmes. Le peuple se laisse conduire à l'abattoir sans broncher. Rien à craindre tant que les barbus font office de boucher, c'est une excuse bien divine.

Sur un autre registre, la ferveur religieuse gagne surtout les jeunes, toutes classes confondues. Mêlant de l'hypocrisie la plus malsaine à l'intégrisme le plus rigide, ces jeunes nous ramènent à la réalité dramatique d'une nation à la dérive, ne sachant à quel saint se vouer. Les jeunes d'aujourd'hui sont pour le hijab et la burqa, contre la laïcité - dont ils ne comprennent pas le vrai sens, à l'instar de la majorité des Marocains d'ailleurs -, pour la décimation de tous les mécréants, contre les tenues légères, pour l'incrimination des relations sexuelles hors mariage, contre l'homosexualité...

Ces mêmes jeunes draguent et harcèlent les jeunes filles partout, s'habillent à l'occidentale, ont des petites amies, dépucèlent leur copines, font la fête et se bourrent la gueule... Ces jeunes sont le symptôme d'une société en perte de repères et de principes, d'une ère d'absurdité métaphysique où le sacré n'a plus droit de cité, supplanté qu'il est par la passion mimétique, fille de l'incompréhension et du dogmatisme. Il s'agit bel et bien d'imitation, en l'absence de tout sens critique. L'éducation et l'enseignement y sont bien entendu pour beaucoup de choses.

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