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Moi médecin interne en Tunisie, voila pourquoi je fuis mon pays

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HOSPITAL TUNISIA
AFP
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Je me suis tellement dévoué à ma profession, qu'au fil des années je découvrais le peuple, un peuple que je ne connaissais pas avant.

Il y avait ces gens pauvres qui travaillaient pour à peine subvenir à leurs besoins, ils menaient une vie dure, accablée par les maladies. Ils venaient pour trouver un peu de confort dans des hôpitaux pourris et sales. Parfois entassés comme du bétail, ils sont soignés dans des conditions qui rendraient certaines personnes encore plus malades. Je me suis dévoué corps et âme à ces gens en donnant tout mon temps, qui pour moi était le leur. Je voulais alléger les souffrances de mes frères à qui la vie n'a pas encore souri. J'avais deux ans d'internat, une aubaine pour moi qui avait tant à donner. Je travaillais au prix de ma formation des fois au prix de ma santé (à maintes reprises je travaillais accroché à une poche de sérum pour calmer les doléances de mon corps rien que pour pouvoir assurer ma garde de nuit et sans être rémunéré par l'État).

J'étais là à trier les malades par ordre de gravité et voila que je me retrouve agressé pour avoir "privilégié" un polytraumatisé inconscient baignant dans sa marre de sang à un patient se présentant pour une égratignure et demandant quelques soins locaux.

Je fus encore plus étonné lorsque j'ai été agressé par le mari d'une femme à qui je prenais la tension artérielle toutes les demi heures parce qu'on n'avait pas de scope et qu'elle risquait de faire une hémorragie interne à tout moment. La dame me remerciait pour mon dévouement qui n'était que devoir jusqu'à ce que son mari soit présent. Elle se plaignait des conditions et notamment de la présence d'un médecin de sexe masculin. Je ne peux m'élargir sur ces incidents jugés de "cas particuliers" au début devenus ensuite le banal quotidien du médecin.

Parce que dans mon pays, on t'insulte et on te manque de respect parce que tu portes la blouse blanche. Cette blouse était le fruit de tant de sacrifices et d'efforts bafoués par le peuple. Et que dire des autorités, les dirigeants ou les responsables qui nous malmènent pour corriger des erreurs qui sont ni plus ni moins que les fruits de décisions mal étudiées. On voulait faire face, répondre aux cumuls d'injustices envers les médecins et c'est là que nos amis les journalistes interviennent pour remettre du charbon dans le fourneau. Transmettre les vérités, je trouve cela bien. La liberté d'expression et de critique, je trouve cela beaucoup mieux. Mais ce qui est désolant, c'est de vendre au peuple des pseudo-informations pour pouvoir créer le "Buzz" tout en nuisant à autrui... Oh que oui!

Je suis victime d'une presse encore immature, qui vend des informations erronées et des critiques non fondées. J'ai perdu la confiance de mes frères alors que je fais de mon mieux et un jour arrive où on est fatigué. Travailler dans l'ombre des insultes, n'était pas à quoi j'aspirais étant enfant. Je voulais réaliser mon rêve et je me retrouve confronté à la dure réalité. Blessé dans mon identité, l'envie n'y est presque plus, pourtant je ne baisse pas les bras, je poursuivrais mon rêve et j'appliquerais mes connaissances mais cela sera au profit d'autrui loin de vous, qui êtes si ingrats.

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