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Sacré hollandais !

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Un communiqué récent, rapportant des informations parues le 21 mars dernier sur Direct Matin (un journal électronique gaulois), a suscité en nous l'idée de titiller notre ego par la jalousie. En ces temps où l'inertie a atteint un seuil inquiétant, voire révoltant, nous nous sentirions extrêmement flattés que le texte suivant provoque ce sentiment.

Dans cette rediffusion, il y était dit : "le gouvernement néerlandais a prévu de fermer 5 prisons cette année, en raison d'un nombre trop limité de criminels pour les remplir (cela coûte trop cher à l'Etat d'entretenir des centaines de cellules vides). L'autre raison avancée par les autorités est le raccourcissement des peines imposées par les juges, ainsi que le reclassement de certains crimes comme moins graves ... L'année dernière, les Pays-Bas avaient déjà fermé 19 établissements pénitentiaires". Si, si, vous avez bien lu !

Mais ce n'est pas tout. Le communiqué ajoute, comme pour nous projeter encore plus loin dans le fantastique : "...Et afin de remplir celles qui restent, l'Etat avait eu recours à un procédé inédit, consistant à louer des places de prison à d'autres pays. En septembre dernier, 240 détenus norvégiens avaient été transférés à la prison Venhuizen, à Drenthe".

Prions pour que cette information tombe sous les yeux de nos dirigeants, peut-être pourrait-elle leur rappeler que libérer l'initiative, pour raison économique, sociale, ou culturelle, peut conduire aux projets les plus audacieux, et pour le bien de tous. Amen !

Profitons de l'occasion pour rester aux Pays-Bas et continuer de rêver en poursuivant dans l'exploration de l'inédit. En effet, il est à se souvenir que ce minuscule pays a été le premier à légaliser la consommation du cannabis; on peut en cultiver un peu chez soi et on a loisir d'en fumer dans des établissements spécialisés. Stupéfiant, non ! Élémentaire, aurait probablement répondu Sherlock Holmes pour expliquer la démarche par le constat que la prohibition a de tout temps renforcé le vice (de quoi inciter notre sympathique ami Hakim Lallam, du quotidien Le Soir d'Algérie, à s'arrêter de fumer du thé qui a l'inconvénient de prolonger le cauchemar, et de se mettre au cannabis qui, dans la version hollandaise, fait au contraire flotter en vous gardant les deux pieds sur terre ! ).

Le génie néerlandais est vieux. Il est celui qui permit de subtiliser des régions entières à la mer (les fameux polders), drainées ensuite et mises en valeur; c'est par l'inondation produite par l'ouverture des digues que Louis XIV fut arrêté en 1672 dans son invasion, lors de la guerre dite de Hollande (pour la petite histoire, la "sauce hollandaise" est une invention culinaire française qui se serait certainement bien passé de ce partage de réputation, n'eût-elle pas eu la fâcheuse idée de naître précisément durant cette fameuse guerre).

Mais ce savoir-faire s'est généralisé à d'autres domaines, et a ainsi fait des Pays-Bas l'immense champ qui approvisionne le monde entier en fleurs, le vaste atelier qui façonne et commercialise les diamants pour les femmes aux quatre coins de la planète, un peuple de grands bricoleurs roulant en bicyclette, vivant en appartement, et stationnant ses voitures le soir dans la rue.

Une population, la plus dense du monde, tellement bien "dans sa peau" que ses 17 millions d'habitants, répartis sur un territoire de 33.500 km2 seulement, se côtoient en toute harmonie. Des gens, soucieux de la protection de l'environnement, qu'on retrouve dans les stades et les parcs, à vélo sur les routes, et qui privilégient le partage du bien-être en famille. On peut d'ailleurs, à partir des trottoirs, les voir à travers les vitres de leurs fenêtres lire, prendre un pot, ou dîner.

La ville de Maastricht, dans le sud de la Hollande, très conviviale, est gravée dans l'histoire de l'Union européenne par son Traité ; quand au port d'Amsterdam, c'est Jacques Brel, le chanteur belge, qui s'est chargé de le rendre célèbre.

Le seul point commun, que nous Algériens avons partagé avec les néerlandais, a été une dépendance, économique et mentale, aux hydrocarbures. Connue mondialement, et appelée (comme par hasard) "syndrome hollandais", cette tare sévit toujours chez nous, tandis que chez eux, née avec la découverte dans les années 70 de leur gisement gazier de Groningue, ses ravages se sont depuis estompés.

Ce détour par les Pays-Bas s'est voulu promenade ludique pour offrir illustration que le bien-être est une notion qui, si elle se généralise de l'individu à la collectivité, est capable de transformer un bidonville en un jardin. Car, en fin de compte, qu'est-ce qui a fait agir les néerlandais pour voler de l'espace à la mer par exemple, si ce n'est cette conviction qu'ils n'ont pas d'autre pays de rechange, et qu'en conséquence ils doivent se débrouiller par eux-mêmes: là est la première des vérités, gênante, et la mise à nu de notre égoïsme et de notre apathie.

Prenons, pour le démontrer, l'exemple de cette exécrable mentalité chez nous de trouver dégradant de rouler en vélo, parce que d'autres concitoyens se déplacent au volant de leurs voitures. N'est-il pas pitoyable, dans le même ordre d'idées, de voir nos balcons et terrasses si tristes, quand quelques plantes ou fleurs suffiraient à les rendre plus attrayants ?

Que penser également de ce navrant spectacle (affligeant serait probablement un qualificatif plus approprié) de nos jeunes (et moins jeunes) tournant le dos à la pratique du sport, ou conduisant leurs deux-roues sans casque, ou encore de nos enseignants incapables de forcer nos enfants à lire un livre par mois ?

Paradoxalement, la paix sociale, dont nos gouvernants font une doxa, a plus de chances d'être préservée s'il était accordé toute leur importance à ces petits détails, que par la formule actuelle de l'Ansej, ou par le mode d'attribution des logements sociaux.

Une partie importante de notre stress vient de notre attente que ces responsables se sentent concernés par notre mal-vie, et cette illusion nous laisse passifs devant le pourrissement de l'environnement dans lequel nous nous mouvons. Il n'y a pas d'autre solution, de notre opinion, que de se débarrasser de son gobelet de café et de sa cigarette, et de se mettre à nettoyer chacun devant sa porte.

Pour conclure dans la bonne humeur, et pour en revenir à cette histoire de prisons néerlandaises vouées à la fermeture, nous proposons de faire renaître de leurs cendres les jeux de gladiateurs des arènes romaines. Il serait bon que notre population carcérale, en constante croissance, serve au moins à nous divertir, mais là, l'idée risque de déplaire au vu du sort des vaincus.

Une autre option, plus sérieuse (et qui aurait le mérite de faire usage plus utile de nos délinquants que celui de casser les marches de revendication populaires), consisterait en une mise à contribution de ces derniers pour ratisser, afin de les rendre plus salubres, les bas des routes, les plages et les forêts, pour planter des arbres ou trier les déchets dans les décharges publiques.

L'action aiderait à sauvegarder notre environnement -une tâche devenue titanesque avec le temps- d'une part, et à dissuader, d'autre part, ces bienfaiteurs de commettre larcins, crimes et viols. Nous pourrions ainsi, dans quelques années, être amenés à notre tour à fermer des prisons, ou recourir à leur location à des pays tiers pour les rentabiliser.

Le site Huffington Post Algérie citait, il y a deux semaines, le cas d'Amar, un gars de Tipaza, qui s'acquitte bénévolement de cette tâche chaque matin; juste après la prière de l'aube. Ce dernier parcourt les quatre kilomètres de la côte de la ville, muni de sachets qu'il achète avec son propre argent, pour ramasser inlassablement tessons de bouteilles, plastiques en tous genres, mégots de cigarettes et autres détritus, et ce, depuis quatre ans.

Admirable, non ? Cet homme a fini par faire des émules, et aurait été récemment reçu par l'ambassadrice du Canada. Ce n'est donc pas un fantasme de notre part, d'autant plus que l'Islam lie la propreté à la foi.

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