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Cologne: le gâchis

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COLOGNE NEW YEAR
AFP
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"La justice allemande a renoncé vendredi en plein procès à poursuivre pour ''agression sexuelle'' un Algérien de 26 ans soupçonné jusqu'alors d'avoir été l'un des agresseurs ayant sévi la nuit du Nouvel An à Cologne.

Quatre mois après la vague de violences contre des femmes le soir de la St-Sylvestre, la justice peine à confondre les coupables de quelque 500 cas d'agression sexuelle ayant fait l'objet d'une plainte. Seul un marocain de 33 ans a répondu depuis le 11 avril de faits à caractère sexuel commis à Düsseldorf, ville voisine de Cologne...

Au total, le parquet a reçu près de 1200 plaintes pour les vols et violences survenus la nuit du Réveillon à Cologne, 4ème plus grande ville d'Allemagne, et attribués à des migrants...

Ces violences sexuelles avaient scandalisé l'Allemagne, alors aux prises avec un afflux sans précédent de demandeurs d'asile (plus d'un million en 2015)... Jusqu'à présent, neuf hommes ont été condamnés par les incidents de la nuit du Réveillon, tous pour des faits de vol''. AFP, 6 mai 2016.

Ce sont là les conclusions de la justice allemande à laquelle on se garderait de prêter complaisance.

Que dire ! Pas grand'chose. Sinon, peut-être, qu'il nous en restera un arrière-goût d'amertume, et l'envie de dire tout ça pour ça !

Rappelons-nous de cette polémique de janvier dernier, créée par la promptitude incompréhensible d'un chroniqueur talentueux bien de chez nous, et également écrivain célèbre pour avoir été le récipiendaire de prix prestigieux, à rédiger un texte particulièrement virulent à l'endroit des migrants, où il était préconisé ''l'asile des corps'' en concomitance avec ''l'éducation des âmes''.

Un mouvement d'humeur, probablement, qui fut malheureux parce qu'il n'enfanta que des joutes journalistiques inutiles et stériles; beaucoup d'écrits enflammés avaient suivi l'événement, de part et d'autre de la Méditerranée, passionnés allant jusqu'à friser l'hystérie, les uns soutenant mordicus le pamphlet, la plupart lui portant contradiction en termes parfois assez sévères (dont certains, gênés, provenant d'amis-mêmes de l'auteur en question).

Il y eut cette opinion des fameux 19 chercheurs taxant son article d'une somme de clichés éculés, pouvant alimenter l'islamophobie, à laquelle fut opposée la réaction, fort inattendue de la part de l'écrivain, où celui-ci annonçait sa décision d'arrêter d'écrire pour ''écouter les arbres''.

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On est tenté de soupçonner -d'aucuns en avaient très tôt émis l'hypothèse- un complot ourdi par des forces d'extrême-droite allemandes xénophobes, et destiné à contrer la politique d'accueil d'Angela Merkel, généreuse, de migrants bravant la mort pour fuir la guerre dans leurs pays ( guerres fomentées par les occidentaux, ne l'oublions pas). Cette thèse demeure encore plausible, étayée par le nombre étonnamment élevé de plaintes déposées (et l'absence flagrante de preuves confondantes).

Mais l'on est également amené à s'interroger sur la capacité de nuisance du conditionnement des médias occidentaux, et particulièrement ceux français. On a beau au départ se proclamer personne libre, la multiplication des honneurs, des invitations à l'étranger, des citations dans les journaux, et même à un haut niveau (souvenons-nous, en effet, des commentaires sur le sujet, point innocents, du Premier Ministre gaulois lors du dîner du CRIF), peut faire baisser la garde à quelqu'un.

II y a eu incontestablement usage malintentionné par ce pouvoir des médias, et à des fins pour le moins insidieuses, de l'application maladive de notre plume nationale à décortiquer une attitude obsessionnelle du monde musulman (la planète d'Allah, comme celle-ci aime à qualifier) envers le corps de la femme. L'exploitation excessive de ce thème, bien des fois abusive, a valu à cette dernière-ci des fleurs, mais aussi des déboires qui ont terni quelque peu sa notoriété. Jalousie pour certains, rançon de la gloire pour d'autres, l'option du silence sabbatique n'a pas arrangé les choses.

La réalité est là cependant. Il y a bel et bien eu, au vu de la dépêche de l'AFP (curieusement passée inaperçue), singulière précipitation à condamner des migrants, pauves bougres sans recours devant les bombardements meurtriers ou la noyade en mer, mais aussi boucs-émissaires de l'hypocrisie et de la lâcheté de l'Europe, et du cynisme perfide, bassement mercantile de la Turquie, sans oublier l'indifférence méprisable des pays du Golfe.

Un communiqué qui met un terme à un épisode exécrable d'une forme éhontée de journalisme, à une histoire triste, regrettable, et à vite oublier. Il clôt un débat qui ne fût pas, mais qui aurait pu être si la lucidité, et une meilleure intelligence des enjeux, avaient prévalu.

Il enseigne, par contre, quelques leçons, dont l'humilité qui exigerait de faire, a posteriori, repentance (on peut même en sortir grandi, car nul n'est infaillible) auprès d'êtres humains pris dans le tourbillon de la folie des gouvernants, et de l'indignant droit d'ingérence ''humanitaire'' de ces avocats autoproclamés des droits de l'Homme; mais ceux-là qui sont devenus, malgré eux, des ''déchets'' de l'humanité, ont des préoccupations plus sérieuses qu'intenter procès à leurs détracteurs.

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