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Vignette: Ces questions m'assaillent, monsieur le Premier ministre

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SOCIÉTÉ - Faute de pouvoir poser ma question au parlement, cette institution dont je ne pense pas que du bien, je prends la liberté, en tant que citoyen de ce pays, pour y remédier, de recourir à vous d'autant qu'on dit de vous - et je le crois aussi - que vous portez l'intérêt des Marocains au sommet de vos préoccupations. Mais n'êtes-vous pas le Premier ministre?

Il y a tant de choses que tout citoyen aimerait vous dire et tant de questions qu'il souhaiterait ardemment vous poser. Mais que voulez-vous? Nous, les Marocains, quels que soient nos niveaux de conscience et d'instruction, restons prisonniers d'un ensemble de codes et de pratiques, que j'aimerais personnellement résumer en ces crédos: "Maâlich" ("ce n'est pas grave"), "Sellak" ("laisse couler"), "Kdi ou âddi" ("fais comme tu peux"), "Ach bghit dir" ("que veux-tu y faire"), etc. Bref, des signes de résignation, de soumission, faute de pouvoir agir.

Ce dont j'ai décidé de vous parler, c'est la décision de votre gouvernement de céder la collecte d'impôts au secteur privé. Je m'explique: pour pouvoir payer la taxe sur les véhicules automobiles (la vignette), je me suis adressée à la perception. Le préposé à ce service m'a informé que depuis déjà deux à trois ans, ce sont les banques et assimilés qui assurent cette fonction moyennant une rémunération qui s'élève à 23 dirhams. Je vous avoue que cette décision m'indispose pour les raisons suivantes:

1- Comment dans un pays démocratique un gouvernement peut-il enfreindre la loi et imposer au citoyen une charge supplémentaire, sans que cela soit décidé légalement? Le Marocain compte-t-il si peu aux yeux de votre gouvernement au point où il lui impose ce qu'il veut, quand il veut et comme il veut?

2- Si votre gouvernement privilégie à ce point le secteur privé et qu'il compte l'engraisser plus et mieux, pourquoi le fait-il aux dépens des citoyens?

3- Si votre gouvernement veut faire des économies sur les dépenses de fonctionnement - à supposer que cette mesure le permet - pourquoi faut-il que ce soit le citoyen marocain qui en paie les frais?

4- Si votre gouvernement a décidé que cette mesure présente des facilités pour la gestion de ladite taxe, notamment en évitant aux personnes qui le désirent de poireauter dans des files d'attente, pourquoi ne respecte-t-il pas aussi le droit du citoyen à être servi par des fonctionnaires qu'il paie par les deniers publics et, par conséquent, prend à sa charge la commission du secteur privé?

Pensez-vous, monsieur le Premier ministre, que le porte-monnaie du citoyen peut supporter des augmentations à souhait? Les 23 dirhams ne représentent-ils pas une hausse du montant de la taxe en question de 3,3%? Vous me direz que ces frais montent à seulement 5 dirhams pour les titulaires d'une carte bancaire, mais tous les automobilistes marocains ne disposent pas de ce document. Et puis le principe de la gratuité du service public ne se trouve-t-il pas quand bien même violé?

J'ose espérer, monsieur le Premier ministre, que ma question attire suffisamment votre attention même si je ne suis en définitive qu'un quidam, parmi des millions d'autres qui subissent les contrecoups des humeurs d'un gouvernement qui considère les Marocains comme des éternels mineurs.

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