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Manifeste pour la justice

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Que tous les opprimés de la terre nous préoccupent et pas seulement ceux des nôtres. C'est tous les oppresseurs que nous devons dénoncer et non seulement nos ennemis et adversaires. Stigmatisons tous les "deux poids, deux mesures" où qu'ils soient et contre quiconque et non seulement ceux qui nous sont défavorables ou qui frappent les nôtres. Pourfendons toutes les injustices, dont nous apprenons l'existence et non seulement celles qui frappent les nôtres. Pratiquons la justice neutre, celle qui s'applique dans les mêmes proportions et conditions à tous et toutes, aux autres et surtout à soi.

Pourquoi j'énonce de telles évidences me dira-t-on ? De telles valeurs que nul n'a le droit, ne peux ni ignorer, ni bafouer sous peine d'être un scélérat, un agresseur, un dramatiquement injuste? Voilà pourquoi: nous avons pris à bras le corps, et à juste titre, la dénonciation, la stigmatisation... de ce qui se passe en Palestine, notamment les boucheries dont sont victimes les habitants de Gaza, ces martyrs de la liberté. Nous nous en sommes horrifiés, nous nous en sommes montrés outrés, indignés, nous les avons criées et dénoncées sur tous les tons, selon tous les modes et par tous les moyens qui nous sont accessibles et possibles. Et nous avons le droit et le devoir de le faire.

Nous sommes fondés dans nos actes par ce principe de la justice universelle, celui du droit de chaque humain sans distinction aucune de vivre en paix et en respect de sa dignité sur cette terre que Dieu a créée pour tous les hommes "C'est lui qui a créé tout ce qui est sur terre pour vous tous" (Le Coran, Sourate 2). Mais à vrai dire, l'avons-nous conçu ainsi ce droit? Nous avons agi, et nous continuons à le faire et probablement nous continuerons à agir de la sorte, par un sentiment de justice teinté d'exclusive. Nous avons réagi à l'injustice par un sentiment de solidarité, de communauté d'intérêts, et non par une conviction de dénonciation de l'injustice. Par un devoir de solidarité communautaire avec des gens auxquels nous sommes liés ethniquement, culturellement et cultuellement, par la religion et la foi. Ce n'est pas par esprit de justice universelle, celle qui rend à tout un chacun sa dignité, son droit de vivre sur cette terre en paix (dans le Salam, ce concept dont nous avons fait notre crédo pour nous saluer les uns les autres plusieurs fois par jours).

Nous avons combattu, nous combattons et nous devrions continuer à combattre par tous les moyens que nous pouvons mobiliser, toutes ces pratiques barbares, génocidaires, qu'entreprennent ces Israéliens, dont le but déclaré ou inavoué est d'exterminer tout un peuple pour lequel ils nourrissent une haine viscérale, une haine devenue historique à force d'être nourrie par des préjugés, soigneusement élaborés et instillés dans les esprits. Victimes de leurs peurs, ils s'acharnent, sur tout un peuple, par des massacres d'innocents qu'ils considèrent comme un moyen de prévention. Ils voient en l'injustice flagrante et horrible une justice nécessitée par la sécurité d'un peuple, le leur, qu'ils estiment, à tort, être opprimé par ces victimes, auxquelles ils font expier des fautes, des horreurs, dont ils sont innocents.

Cette perversion de la justice, disais-je, doit être combattue d'autant que pour des intérêts politiques égoïstes, elle tend à devenir une règle, une "justice" des puissants qui supplante chaque jour un peu plus la vraie justice, celle universelle, impartiale, celle qui remet la victime dans ses droits et l'agresseur dans les limites prescrites et exigées par l'intangibilité des droits de la victime, celle qui bannit la puissance et la pourfende d'où qu'elle vienne, fut-elle des victimes ou d'anciennes victimes. Une telle justice à laquelle tout individu arabo-musulman devrait croire, de par les préceptes et enseignements de sa religion dont l'histoire impose le respect en matière de tolérance et d'acceptation de l'autre, et pour l'instauration de laquelle, que ce soit en Palestine ou ailleurs dans le monde, il est en devoir de combattre.

Cette justice qui garantit, tout autant le droit à des populations chrétiennes, qui plus est, authentiquement arabes, pour qu'elles ne soient pas persécutées, déracinées de leur terre ancestrale, obligées à choisir entre la conversion forcée à l'islam ou l'exil définitif. Nulle contrainte en religion, nous commande notre religion. Pourquoi le même comportement injuste, la même injustice, nous la dénonçons, nous la fustigeons, nous la stigmatisons quand ce sont les nôtres qui en souffrent et en sont les victimes et nous la tolérons ou au moins nous ne la combattons pas avec la même vigueur, la même énergie et la même conviction quand ce sont nos propres coreligionnaires qui la pratiquent allègrement au nom de notre religion, contre des membres de leur propre ethnie, cependant de confession chrétienne.

Mettons-nous la justice, qui est l'essence même de notre religion et dont nous nous targuons, devant nous lorsque nous (ou nos coreligionnaires) en avons besoin et nous la récusons quand nous sommes puissants ou lorsque nos coreligionnaires la dénient jusqu'à la lie? Sommes-nous justes? Ou sommes-nous en train de donner raison à des Obama, des Hollande, et d'autres du même gabarit, qui clament la justice, la liberté, les droits de l'homme et justifient le massacre systématique horrible des innocents par le droit de leurs bourreaux de se défendre contre des pétards mouillés à l'égard desquels ils n'ont pas la moindre responsabilité. Dans leur esprit la justice est devenue sans nuances, elle a régressé au point de devenir tribale, et même qu'elle relève de la pratique du loup à l'égard de l'agneau. Ils ont pris au pied de la lettre la fable.

De notre côté, l'islam est-il devenu exclusif à ce point? L'a-t-on dénaturé à ce point?

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