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Benkirane et son fameux dilemme stratégique

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BENKIRANE
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POLITIQUE - Le chef du gouvernement marocain fraîchement réélu nous fait croire qu'il est face à un dilemme entre le RNI et l'USFP, alors qu'il s'agit d'une posture stratégique gagnante. Son objectif: ne pas choisir entre les options possibles et faire que le temps fragilise ses deux adversaires d'aujourd'hui, dont l'un des deux sera son allié de demain.

Pour former son futur gouvernement, Benkirane a présenté au grand jour les deux options qui s'offrent à lui, question de mettre un première pression concurrentielle sur ses adversaires d'aujourd'hui. Il feint ensuite le dilemme quant au choix d'un troisième allié (en plus du PPS et du PI), alors qu'il s'agit d'une ruse pour exercer une seconde pression sur chacun des partis ciblés et non courtisés.

L'important c'est sa posture et les perceptions d'autrui

Le leader des islamistes marocains use une nouvelle fois de plus de la ruse, et cette fois également du facteur temps afin de tourner les rapports de force à son avantage.

Le récurrent "guerrier politique" Benkirane livre une énième bataille, cette fois-ci, post électorale, en vue de recruter son troisième allié afin de constituer sa majorité au Parlement. Et contrairement à ses deux premiers alliés (PPS et PI) qui ont prêté allégeance sans condition aucune, le troisième devra montrer ce qu'il a dans le ventre avant d'espérer un recrutement dans le futur gouvernement des islamistes marocains.

L'option koulta, l'USFP ignoré

Posture de Benkirane: offensive. Il s'agit d'ignorer l'USFP afin de forcer son secrétaire général à revoir ses prétentions largement à la baisse, en contrepartie d'une hypothétique présence dans le futur gouvernement.

Perception de l'USFP: "on va se faire doubler". Benkirane dit attendre les négociations avec le RNI et préférer ce parti. L'USFP se voit obligé de modérer son appétit au risque de n'avoir rien à se mettre sous la dent.

Perception du citoyen: "Benkirane a raison de ne pas donner suite à l'USFP". Le secrétaire général de l'USFP n'est pas crédible aux yeux du citoyen qui répète sans les connaître que les prétentions de ce parti sont irréalistes.

L'option Wifaq, le RNI à illusionner

Posture de Benkirane: offensive. Il s'agit de fragiliser le RNI en dévoilant ses manoeuvres inavouables, relevant du chantage plutôt que de la négociation.

Perception du RNI: "Nos demandes doivent être raisonnables aux yeux du citoyen". Car exiger d'écarter un parti de la future coalition, ou exiger la présidence du perchoir peut apparaître comme faire du chantage à ceux qui ont gagné démocratiquement les législatives et les conduire à une impasse en formulant des demandes irréalistes.

Perception du citoyen: "Après le PAM, voilà maintenant que le RNI (dont le chef fraîchement élu est un ami du roi) fait également du "tahakoum"! Benkirane a raison de ne pas donner suite aux exigences irréalistes du RNI".

Attentisme ambiant

Lorsque certains évoquent un arbitrage royal pour précipiter une sortie de crise, d'autres ébauchent des scénarios, question de faire durer le feuilleton. Pendant ce temps, ce qui est remarquable c'est l'attentisme de toutes les sphères (politique, économique et sociétale) et du citoyen.

Un levier pour une sortie de crise

Nous l'avons vu plus haut: le facteur temps est la clé du règlement ou du pourrissement de cette crise. Alors que le roi a nommé le chef du gouvernement deux jours après ces élections, le leader des islamistes va vers les deux mois sans un gouvernement constitué!

Un levier pour une prompte sortie de crise serait une forte mobilisation citoyenne. "Nous citoyens, nous exigeons une formation du gouvernement au plus tard le 10 décembre, soit deux mois après la nomination du chef du gouvernement."

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