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Tunisie: Et si on parlait de nos jardins publics!

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TUNISIA PARK
HICHEM/AFP/Getty Images
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Un jardin est une note de musique, un chuchotement mélodieux, un murmure poétique en plein milieu de l'anarchie de nos concentrations urbaines où le béton et le bitume règnent en maîtres absolus. Un jardin est synonyme de moments d'évasion, de fraicheur, de douceur, de bien-être, de quiétude, de paix intérieure et de rêvasserie, volés à la ville, à ses turpitudes et à son charivari. Un jardin est le lieu où la nature déploie toute sa magnificence et rayonne de toute sa splendeur. Un jardin est aussi le parfait endroit pour nos rencontres qui avec soi-même, qui avec un voisin, qui avec un ami, qui avec son ou sa bien-aimé(e), qui avec un inconnu, qui avec un auteur à travers les pages d'un livre, parfois bouleversant. Rien qu'à l'évocation de quelques célèbres noms, à travers l'histoire, de ces cocons de verdure, tels ceux de Babylone, du château de Versailles, ou alors du Palais d'Alhambra, on se trouve comme transporté ailleurs, dans un univers des Mille et une nuits.

Force est de souligner que différentes conceptions de jardins existent de par le monde et à travers l'histoire. Il y'a le jardin à l'anglaise où la nature donne libre cours à toute son exubérance. Inversement, il y a le jardin à la française où la symétrie est portée à son paroxysme. Il y a aussi le jardin arabe dont l'inspiration est tirée des textes sacrés du Coran. Et puis, il y'a le jardin à la japonaise inspirant quiétude et esprit zen. Et d'autres encore.

Longtemps réservés aux rois, roitelets et à tout leur entourage, aussi bien en Orient qu'en Occident, les jardins trahissaient le désir ardent aussi bien d'une certaine ostentation monarchique que d'une emprise de la ville. Il aurait fallu l'avènement de la Révolution française pour que s'entrouvrent les portes de ces châteaux et de ces demeures bourgeoises, faisant ainsi découvrir au bon peuple ces lieux exquis. C'est ainsi que l'idée d'installer des jardins en plein milieu des villes naquit. Le but est d'égayer le quotidien des citoyens et leur apporter une note de douceur dans une vie urbaine morose, souvent marquée par de multiples tensions.

Pour ce qui est de chez nous, en Tunisie, il y a eu dans notre histoire aussi bien lointaine que contemporaine plusieurs jardins et parcs connus ou méconnus du large public. Outre le parc du Belvédère, dessiné par le célèbre paysagiste français Laforcade à la fin du dix-neuvième siècle, il y a les jardins d'Abou Fehr, datant du 13 ème siècle de l'époque Hafside et autour desquels l'édifice de la Cité des Sciences à Tunis est construit, et aussi l'Arborétum conçu depuis 1921, etc.

Mais qu'en est-il de nos parcs et de nos jardins publics au lendemain de la révolution et à l'aune du relâchement de l'autorité de l'État. Lieu de promenade, de détente et d'apaisement, ces derniers se sont transformés en pustules empoisonnant l'espace urbain et où sont commises toutes sortes d'incivilités possibles et inimaginables. Les odeurs fétides et nauséabondes se sont substituées aux senteurs de la terre, de la verdure et des fleurs. Et pour cause, nos espaces verts, s'ils n'abritent pas des étals installés anarchiquement par des marchands ambulants sans scrupule aucun, deviennent des dépotoirs à ciel ouvert, où canettes, bouteilles en plastiques et toutes sortes de papiers jonchent le sol.

Tout est vandalisé. Les fleurs sont piétinées. Les arbres sont détruits. Les détritus parsèment le sol à tout va. Et les bassins et les fontaines, quand ils fonctionnent, servent souvent de bassines pour bains de pieds.

Slalomer entre les allées de nos parcs et jardins publics n'est plus, comme ce fut jadis, un plaisir immense et indicible. Ces espaces depuis peu sont devenus le réceptacle idéal de notre goujaterie, de notre grossièreté, de notre manque de savoir vivre, de notre manque de savoir être, de notre manque de civisme, de notre nuisance, incivilités, et j'en passe et des pires.

Il est loin le temps où parcs et jardins publics nous offraient une occasion inouïe pour apprécier le beau, le naturel, la délicatesse, le raffinement et l'éphémère. Il est aussi loin le temps où ils permettaient à nos enfants d'apprendre un tant soit peu à respecter la nature.

Face à cette horrible subversion, face à ce spectacle de laideur continue et sans nul autre pareil, les pouvoirs publics enfoncent la tête dans le sable et font semblant de ne pas voir. C'est comme si l'on a l'air de se complaire dans la fange. C'est comme si l'on accepte le fait accompli. Mieux encore, c'est comme si l'on donnait l'impression que c'est comme ça et qu'on y peut rien. Point barre. Une lapalissade face à laquelle on plie le plus naturellement possible par les temps qui courent. L'État, les mairies, les municipalités, les députés n'en ont cure. C'est loin d'être une de leur préoccupation. D'ailleurs, aucun de nos politiques n'ont fait mention dans leurs inintelligibles galimatias. L'opposition, elle, est aveugle. Elle n'a d'yeux que pour ses rivaux et adversaires. Du reste elle s'en contrefiche.

Mais s'est-on, par hasard, demandé quelle leçon sommes-nous en train de donner à nos chérubins, qui, eux, se réveillent chaque matin un peu plus au monde? Sont-ils condamnés à être biberonnés à la laideur et à la médiocrité? Est-ce de la sorte qu'on prépare les citoyens de demain dans cette nouvelle Tunisie qui s'escrime chaque jour à devenir un peu plus démocrate? Est-ce l'image qu'on aimerait renvoyer à l'étranger et donner à ces milliers de touristes qui viennent chaque année découvrir notre pays? Et si on établissait un parallèle entre un jardin suisse et un de nos jardins, quelle conclusion tirerons-nous? Sachant qu'au pays des Helvètes le simple fait de jeter un mégot de cigarette par terre non seulement coûterait très cher à celui qui le commet, mais en plus l'exposerai au mépris et à la honte de tous?

Enfin, que serions-nous si on mesurait notre degré de civisme à l'aune du respect et du soin qu'on accorde à nos plantes, à nos fleurs, à nos arbres, à nos espaces communs et, somme toute, à nos villes? La réponse est toute simple: sans conteste des citoyens à part entière et non entièrement à part.

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