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Un jeune homme qui s'appelait Abdallah

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Facebook/Achour Mihoubi
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Sur la grande place des palmiers de Diar Essaada une section de militaires française rendait les honneurs à un mort. Une revue d'armes pour un appelé.

décès abdallah

Aux ordres du supérieur on percevait nettement le battement des gestes des soldats dans le silence immobile qui enveloppait la place. En face d'eux était posé un cercueil couvert du drapeau français.
La place était plantée de palmiers dressés suivant un tracé géométrique martial. Non loin du carré des militaires un bassin d'eau couvert d'une fine mosaïque bleue agrémentait cette belle place qu'un certain architecte du nom de Pouillon livra deux ans auparavant. Dans le bassin les poissons paraissaient immobiles. Le son d'une trompette plombait d'avantage l'atmosphère.

Huit soldats prirent le cercueil et se dirigèrent vers l'immeuble qui était en face. Ils montèrent au troisième étage dans l'appartement des parents du défunt. A l'extérieur il y avait beaucoup de monde. Les parents, les amis, les voisins étaient tous là. Silencieux. Dans l'appartement tout le monde était en pleurs. Ses parents inconsolables venaient de perdre leur aîné. Il avait vingt ans il s'appelait Abdellah.

Les militaires eurent du mal à atteindre l'appartement, à peine le cercueil franchissait le seuil de la porte d'entrée que l'aînée des sœurs du défunt se précipita vers le cercueil de son frère se saisit du drapeau et d'une fenêtre le jeta dehors. Le morceau du tissu tricolore atterrit sur le bitume ramassé par un inconnu.
Un soldat remit à son père le porte feuille trouvé sur Abdellah, il y avait ses papiers et une photo. Celle de l'équipe du FLN.

Quelques jours auparavant Abdellah est assassiné dans une caserne à Blida où il effectuait son service militaire comme appelé. Un meurtre. Version officielle : balle perdue qui l'atteint au cœur suite à une fausse manœuvre d'un soldat. Nous sommes en 1960.

Le jeune homme Abdellah était beau gosse comme on dit. Clair de peau, des yeux rieurs très clairs aussi ; avec des cheveux couleur châtain c'était vraiment un beau jeune homme. Un fils de la ville qui avait beaucoup d'amis d'origine européenne. Il est né et a grandi dans le quartier du ruisseau avant d'habiter avec ses parents deux années avant sa mort Diar Essaada. Il s'intéressait de très près à la politique et était très attentif au développement des événements. Ses proches le trouvaient téméraire et considéraient ses positions très tranchées. Ils lui conseillaient d'être plus prudent.

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Au carrefour du caroubier, un jour, on avait dressé un barrage militaire dans lequel Abdellah y était. De là passait un cousin à lui en moto. Ils discutaient quand un véhicule conduit par un algérien s'est arrêté à leur niveau, prenant Abdellah pour un français le conducteur se répandit en amabilités. Irrité le jeune appelé lui enjoint de dégager en le traitant de tous les mots. Le cousin témoin de la scène lui conseilla d'être plus discret.

Abdellah était footballeur, il évoluait à l'olympique du ruisseau, le mythique OMR. A sa mort le journal d'Alger rapportait :"Kebaili joueur de l'OMR appelé "le renard" caporal au 19 eme régiment du génie à Hussein-dey, arrière central de l'équipe du génie, a été tué accidentellement, mercredi dans la soirée. Alors qu'il sortait du foyer de la caserne Lemercier il reçut en pleine poitrine une balle partie d'un fusil qu'un sapeur rentrant de patrouille essayait de désarmer".

abdallah et omr

"Accidentellement" donc qu'une balle assassine atteignit le cœur du jeune Abdellah dans le fracas de la douleur intime de ses proches. Il avait vingt-un ans.

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