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Thala Yeftane

Publication: Mis à jour:
ITH YAALA
Achour Mihoubi
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A Ith Yaala comme ailleurs, en période d'été, quand il faisait chaud, on trouvait refuge dans les ouches. Là, pouvait-on se mettre à l'ombre et au frais. Thibahar. ce beau mot berbère apaisant qui évoque la verdure et le bien-être.

Cette extension de ce qui fut jadis leur espace vital a complètement disparu depuis déjà plus d'une trentaine d'années. Dans le tumulte des collines de la région Thibahar étaient ces enclos verts qui agrémentaient un paysage que se disputent des maquis de chênes et de genévriers et la roche.

Ces îlots verts improbables ont été rendus possibles grâce aux sources qui jaillissaient suivant une ligne d'eau à des cotes altimétriques quasi constantes. La topographie chaotique du terrain caractérisée par des pentes abruptes a été domptée par le labeur têtu et incessant des habitants dans une lutte de survie.
Dans les dépressions vertigineuses et désespérantes des précipices les hommes et les femmes ont pu y aménager des plates formes en cascade le long des frêles ruisseaux. Ils y ont soutenu la terre à l'aide de soubassements faits en pierres, de troncs d'arbres et des branches.

Une Terre pauvre au rendement très faible qu'on s'entêtait à remuer, biner, amender et irriguer sans cesse. De la récolte on pouvait à peine remplir quelques paniers de bât de leurs ânes et mules. Des produits maraîchers et des fruits de saisons ; Essentiellement des figues et accessoirement des grenades, des pommes, des poires, des pêches, on y laissait parfois monter quelques ceps pour le raisin.

Ces lopins de terre ne dépassaient guère la dizaine d'ares en surface, mais le moindre empan de terre était cultivé avec l'opiniâtreté d'automate. L'eau y était acheminée dans des caniveaux creusés dans les penchants qui bordent des petits sentiers ombragés qui se perdaient dans le foisonnement luxuriants des mûriers sauvages qui débordaient les haies.

Le sol humide le long des ruisseaux se tapissait d'herbes, dont beaucoup étaient aromatiques. Par endroits les ruisseaux se déversaient en cascade sur une hauteur de plusieurs mètres. La trombe d'eau répandait naturellement une fraîcheur qui agrémentait d'avantage le parcours. Les gouttelettes d'eau en suspension à l'ombre d'un feuillage exubérant et des mousses vertes dégoûtantes des parois de la chute créaient un micro climat inespéré qui soulageait les morsures du soleil d'été.

C'est que ces lopins de terres ont des noms : Armali ; Thaayachte ; Goufafe ; Jerare ; Thibhirine ; Thimizare ; thigharte aza etc... Durant les saisons d'été et de l'automne on les irriguait suivant un calendrier précis connu de tous. Il déterminait les durées d'irrigation imparties à chaque lopin et leurs périodicités. On appelait ça : El mijal ntergua, qui veut dire le temps d'irrigation.

Les durées étaient déterminées le plus souvent par les horaires de prières. Le matin par contre on calculait cela par le déplacement de la lumière du soleil en des endroits précis. Un rocher par exemple. Il y avait une pierre qu'on appelait "adhghaghe" et une autre "Melhanni". Très souvent ce droit d'irrigation était source de différends qui viraient aux rixes houleuses qui faisait partie du quotidien estival du village. Des rustres prompts aux échanges d'amabilités à la moindre incursion de la chèvre, de l'âne voire du coq qu'on a laissé traîner dans la propriété du voisin.

Ces vergers étaient très beaux, je m'en étais d'avantage rendu compte l'an passé en m'y promenant un peu. Il n'en subsiste rien, l'eau n'y arrivant plus l'herbe a disparu et les arbres aussi, bien que le parcours le long des petits chemins demeure toujours agréable.

C'est que l'eau de Thala Yeftane, nom de la source qui irriguait ces vergers jadis, a été captée et acheminée vers un réservoir d'eau qui alimente les maisons du village. Le confort d'avoir l'eau courante chez soi a inévitablement asséché un écosystème d'une agriculture de montagne qui faisait battre le pouls de la vie agraire de la région.

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