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Les biquettes de nos grand-mères

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kabylie

Sur la route de montagne serpentant en crêtes de collines d'un col à l'autre, la voiture suit un parcours subtilisé au foisonnement des pins, buis et chênes qui couvrent les flancs pentus d'un vert terne.

Il n'y a pas si longtemps, à la grande joie des enfants, la voiture s'est immobilisée perdue au milieu d'un troupeau de biquettes, de chevreaux, de chevrettes, de brebis, d'agnelles, d'agneaux et de moutons impassibles à l'agitation frénétique d'un chien de garde idiotement entêté dans des tournoiements confus.

Le troupeau de ruminants est la réminiscence d'un ressort essentiel de la vie villageoise d'antan que j'aimais retrouver le temps des vacances scolaires l'été. Une vie rythmée en partie, dès le retour des beaux jours, par la transhumance quotidienne des bêtes qui gravissent les pentes à la recherche de poches de pâturage incertaines au gré des maquis baignés dans un soleil têtu.

Belles bêtes aux mamelles pendantes et aux pis proéminents choyées comme des filles, par des grands-mères qui leur parlent, les caressent, les accompagnent et les chérissent.

Aux aurores les bêtes quittent leurs maisons. Une ou deux par foyer le plus souvent. Certaines maisons peuvent en compter quatre ou cinq voire plus. Dans un défilé chronométré où d'un seul coup les ruelles du village s'emplissent d'une coulée qu'on aperçoit intermittemment se déverser lentement dans l'entremêlement des toits.

La masse des ruminants gonfle dans le faible brondissement que laisse entendre le battement de leurs sabots sur les sentiers battus du hameau définitivement réveillé.

village koukou

Le troupeau s'immobilise en un endroit fixe le temps que les bêtes arrivant des maisons éloignées puissent rejoindre le rassemblement matinal. Puis, lentement, au signal du berger, les bêtes se mettent à marcher suivies du chien trottinant qui bat lui aussi la cadence quotidienne du défilé immuable. Le toutou ferme la marche du troupeau qui ne tarde pas à disparaître à travers les chemins qui montent.

Bien avant le coucher du soleil, le troupeau retourne au village dans un déferlement folâtre et les bonds des cabris dévalant les pentes. Chaque bête regagne sa maison guidée par un flair quasi instinctif et pénètre par la porte cochère laissée ouverte intentionnellement suivant l'ordre du bon sens de la vie communautaire.

Les chèvres et les brebis sont traites à la tombée du soir. Leurs maîtresses prennent le plus grand soin à nettoyer les brocs pour recueillir un lait mousseux au gout et à l'odeur marqués. Précieux liquide source de protéines pour la nourriture frugale de la vie paysanne.

Le lait est conservé jalousement comme un butin avant d'être battu à la main dans des sortes d'outres pour extraire un bon beurre flottant dans le petit lait qu'on sert simplement avec de la galette chaude. Délicatesse d'un moment qui se vit comme une caresse d'un plaisir absolu.

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