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Belkacem était son nom

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BEAU FRAISIER
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Dans la fraîcheur hivernale d'un soir humide qui s'abattait sur le ruisseau crépitant au fond du vallon boisé. A l'intérieur de l'une des salles de l'établissement hospitalier surplombant le cours d'eau tenu par les sœurs religieuses au lieu-dit le Beau fraisier, il était minuit.

La sœur qui était de garde signait le certificat de décès d'un patient mort d'une tuberculose. De la chapelle voisine retentissaient les chants liturgiques de la messe de noël. On est le 25 décembre 1935.

Le papier écrit de la main de cette sœur religieuse est la seule trace de cet homme qui est mort seul, loin de sa famille, de sa femme, de ses deux filles et de son village natal qu'il quitta pour venir à Alger grossir les rangs de l'esclavage sous-prolétaire dans une usine qui produisait des matières toxiques.

Les conditions précaires du travail dans les ateliers au milieu des vapeurs mortifiantes abîmèrent ses poumons qui ne résistèrent pas à l'humidité pénétrante de l'hiver algérois. Il finit par échouer dans les locaux ascétiques d'un hôtel dieu où il rendit son dernier soupir.

L'aînée de ses deux filles a gravé dans sa mémoire la date de cette douloureuse circonstance en l'attachant à l'âge de son premier enfant âgé de huit mois. Ses filles avaient vingt un et treize ans et n'avaient d'allié contre leur douleur que le pansement du fil des jours. Seul remède contre le chagrin de ce père qu'elles n'ont pas vu partir.

La cadette qui un peu plus tard est venue habiter le ruisseau à Alger, partit sur la trace de son père pour retrouver sa sépulture. En vain. Bien qu'on lui certifia qu'il fût bien inhumé au cimetière d'El kettar mais aucun indice n'est venu l'aider à localiser le lieu de repos de son père.

Sa tombe, à le croire, s'était rapidement éteinte pour laisser persister une sombre douleur emplir le penchant fleuri de ses deux filles.

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