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La retraite proportionnelle, une cause contestable

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Le gouvernement s'est engagé dans une nouvelle épreuve de force avec les syndicats autonomes. En jeu : la retraite proportionnelle.

La retraite proportionnelle est une anomalie économique et sociale. Pourtant, la plupart des organisations syndicales indépendantes se sont engagées dans un bras de fer pour la défendre, ce qui montre à quel point le débat est faussé dans le pays.

Dans cette dérive, des acteurs de premier plan glissent vers des revendications indéfendables, allant jusqu'à oublier le sens de base de concepts comme le travail, la solidarité, la retraite et le service public.

A la décharge des organisations syndicales qui se sont lancées dans ce mouvement de contestation, il faut rappeler que le problème a été créé par le gouvernement, engagé dans une démarche totalement irresponsable, pour déboucher sur cette impasse.

Premier rappel : le concept de retraite vise à donner à des personnes qui, en raison de leur âge, ne sont plus en mesure de travailler dans des conditions décentes, une garantie de revenu pour leur permettre vivre dans la dignité.

Prendre sa retraite à partir de la cinquantaine, ou accepter une retraite partielle pour mener une autre activité, ne relève pas de la solidarité. Avec l'allongement de l'espérance de vie en bonne santé, il est normal que l'âge de la retraite recule. C'est une tendance observée dans le monde entier.

L'exception, pour ceux qui sont physiquement diminués ou dans l'impossibilité de mener une activité normale, doit être traitée dans un autre cadre : pension d'invalidité pour compléter la retraite, par exemple.

Le gouvernement accumule les erreurs

Second rappel : face à une impasse économique, le gouvernement a lancé, de manière massive, la retraite proportionnelle, qui ouvrait aux travailleurs la possibilité d'accéder à un petit revenu, en contrepartie de quoi ils acceptaient d'être licenciés.

Cela faisait partie d'un package -indemnités de licenciement, externalisation de certaines activités des entreprises publiques confiées à d'anciens travailleurs, etc.- qui pouvait tenir la route à un moment donné. Cela se passait à la fin des années 1990, lorsque le gouvernement a accepté les recommandations du FMI pour tenter de sauver l'économie algérienne.

Plus tard, dans l'euphorie de l'embellie financière 2008-2011, le gouvernement a changé son fusil d'épaule. Aveuglé par la manne financière offerte par la hausse du prix du pétrole, il a contraint les entreprises publiques et les administrations à envoyer à la retraite toute personne atteignant 60 ans.

Le gouvernement de M. Sellal pensait que des départs à la retraite créeraient de manière mécanique de nouveaux emplois, grâce aux postes ainsi libérés. Il oubliait les dégâts occasionnés, notamment les capacités de la caisse de retraite à faire face à l'explosion du nombre de retraités, ainsi que les pertes d'expérience et de savoir-faire que cette mesure allait entrainer au sein des entreprises.

Impératifs budgétaires

Le retournement de conjoncture a fait le reste. Aujourd'hui, le gouvernement veut gérer la retraite selon des impératifs budgétaires, non selon les règles de la solidarité entre générations. Il ne veut pas réformer pour aller à une meilleure gestion, mais parce qu'il n'a pas d'argent pour faire face à la situation.

Il avait toutes les possibilités de réformer tranquillement la retraite sur le long terme : lancer le débat, engager le dialogue avec tous les partenaires sociaux, changer progressivement l'âge de la retraite sur dix ou quinze ans, faire les projections nécessaires pour aller à la pérennité du système en assurant son propre financement, élargir l'assiette de financement des retraites et en faciliter l'accès à de nouveaux bénéficiaires, pour inclure tout un monde économique qui en est encore exclu, comme le monde rural et les travailleurs de l'informel, etc.

Mais le gouvernement n'a rien tenté quand il avait de la marge. Il veut agir aujourd'hui dans la difficulté. Le ministre du travail, de l'emploi et de la sécurité sociale, Mohamed El Ghazi, a insisté sur le déséquilibre de la caisse de retraire, précisant que les mesures relatives à la retraite proportionnelle sans condition d'âge a coûté 405 milliards de dinars.

Il met en avant cet aspect financier, mais il occulte l'autre facteur, le plus puissant, celui du sens de la solidarité et du travail : quand des Algériens en pleine force de l'âge cessent toute activité, la solidarité perd tout son sens. Quand des Algériens bénéficient d'une retraite proportionnelle pour exercer une autre activité, cela est contraire à l'esprit de la retraite et à la solidarité entre générations.

L'art d'aggraver le problème

En voulant régler le problème budgétaire auquel il est confronté, le gouvernement en a créé un autre. La première maladresse a été commise par un "ami" du gouvernement, M. Ali Haddad, président du Forum des Chefs d'entreprises. C'est lui qui a divulgué le projet, à la veille de la tripartite, en juin. Il était impossible de faire pire pour lancer le projet.

Cette annonce, aussi maladroite que précipitée, a provoqué une levée de boucliers légitime de la part des syndicats, contraignant le gouvernement à faire machine arrière. Au final, l'exécutif a accepté que la retraite proportionnelle soit maintenue, mais juste pour l'année en cours.

Résultat immédiat : des dizaines de milliers de personnes, ne faisant pas confiance au gouvernement, ont décidé de prendre une retraite proportionnelle, ce qui va provoquer une aggravation du déficit de la caisse de retraite à court terme, tout en créant un vide dans les secteurs où ils travaillaient.

Les secteurs de l'éducation, le paramédical et la fonction publique risquent ainsi de connaitre une véritable saignée d'ici la fin de l'année.

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