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La rentrée politique rythmée par les frasques de Amar Saadani

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Ça repart. Amar Saïdani tire sur sa cible favorite, Toufik Mediène. La vie politique algérienne est ainsi faite

Lire des déclarations de Amar Saïdani est un curieux exercice. Face à une intervention publique du sulfureux chef du FLN, la réaction la plus naturelle serait de balayer tout cela d'un revers de la main et de passer à autre chose, en se disant que c'est des foutaises, des déclarations à l'emporte-pièce destinées à amuser la galerie.

M. Saïdani débite en effet des insanités à longueur de d'année et ses propos ne risquent guère de figurer dans l'histoire des idées politiques. Aucune chance qu'une de ses idées entre dans la postérité. Aucun risque non plus que la vie politique du pays soit un jour marquée par un programme qu'il aurait élaboré.

Jusqu'à présent, l'ancien président de l'Assemblée nationale a plutôt brillé par ses frasques. Accusé, selon des informations publiques, dans une gigantesque affaire de détournement, propriétaire de biens immobiliers en France alors qu'il dirige le FLN, cet immense symbole de la lutte anticoloniale, M. Saïdani incarne plutôt la décrépitude de la vie politique algérienne. Il est difficile de l'imaginer comme héritier de Ben Boulaïd ou de Abane Ramdane.

Son règne à la tête du vieux parti coïncide avec la période des grands scandales : il est associé au quatrième mandat, à des figures comme Chakib Khelil et Farid Bedjaoui. Les commentateurs sont féroces envers lui : son FLN, c'est celui de l'avilissement et de la corruption.

Une bonne girouette

Mais Amar Saïdani n'est pas que cela. D'autres éléments incitent à suivre attentivement ce qu'il dit. C'est un apparatchik qui a gravé les échelons du parti à force d'abnégation et de complots. Doté d'un flair remarquable, il a toujours été du côté du vainqueur. Mis au placard après avoir occupé la prestigieuse fonction de président de l'Assemblée nationale, il a fait preuve d'une discipline rare, attendant son heure sans jamais renoncer. Jusqu'à ce qu'il soit remis en selle dans les mêmes conditions qui avaient prévalu lors de son exclusion.

La vie politique algérienne étant ce qu'elle est, le chef du FLN est ensuite devenu un indicateur important, montrant dans quelle direction allait souffler le vent. C'est lui qui a annoncé la disgrâce du général Mediène, l'homme qui a régenté le pays durant deux décennies. C'est également lui qui a pointé du doigt plusieurs ministres de l'ancien gouvernement Sellal, des ministres aussitôt débarqués.

A défaut de faire la décision, ce que personne ne lui accorde, M. Saïdani est donc devenu l'une des voix par lesquelles le pouvoir s'exprime. Particulièrement quand il s'agit de décisions clivantes, susceptibles de provoquer des grincements.

Règlements de comptes ?

Cette fois-ci, Amar Saïdani a mis la pression sur Toufik Mediène et sur son prédécesseur au FLN, Abdelaziz Belkhadem, Rachid Nekkaz donnant l'impression d'être victime d'un simple dommage collatéral. Pourquoi s'en prendre à Mediène et Belkhadem ? A priori, à cause de l'influence qu'on leur prête encore au sein de l'appareil du pouvoir pour le premier, au sein de l'appareil du FLN pour le second.

Ces deux hommes seraient-ils toujours aussi puissants ? Sont-ils si influents pour faire l'objet d'une attaque frontale, la plus remarquée de cette rentrée politique ? En tous les cas, la charge de Saïdani a été si rude qu'une autre voix autorisée du pouvoir a tenté de recoller les morceaux. Ahmed Ouyahia a rendu hommage à Toufik Mediène et a fait l'éloge de Belkhadem.

La scène politique est ainsi faite. Elle donne l'impression que Saïdani, chargé de délivrer un message, s'est laissé emporter pour, dans la foulée, régler ses propres comptes. Autre dégât provoqué : dans son élan, il a entraîné une bonne partie du gouvernement, ainsi que le président de l'APN, Larbi Ould Khelifa, qui l'ont applaudi. Seraient-ils tous aussi rancuniers envers Toufik Mediène ?

Préparation minutieuse

En tout état de cause, Amar Saadani a réussi à créer l'évènement de la rentrée. Ses propos ont été minutieusement préparés. Il avait en effet été interpellé une première fois, lors d'une réunion du bureau politique, alors qu'il faisait sa première apparition depuis de longs mois. Il a demandé aux journalistes de patienter, et leur a promis qu'il dirait des choses à brève échéance. La promesse a été tenue.

Il reste à savoir ce que cela signifie. Préparer les législatives de 2017, qui serviront de plateforme pour la présidentielle de 2019 ? L'hypothèse est séduisante. Mais une inconnue persiste : la présence de deux voix discordantes qui s'expriment au nom du pouvoir, par le biais de MM. Saadani et Ouyahia, révèle-t-elle l'existence de deux pôles destinés à se déclarer la guerre avant la fin du quatrième mandat ?

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