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Boualem Bessaïeh: la triste fin de carrière d'un ponte du MALG

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BESSAIH
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Ce qui arrive à Boualem Bessaïeh est bien triste.

A 86 ans, cet homme au passé prestigieux est nommé ministre d'Etat, représentant personnel du président de la république. Cela n'ajoute strictement rien à la fortune du personnage, ni à son histoire, ni à son itinéraire personnel. Mais cela suffit pour déclencher une campagne, largement justifiée, contre l'homme, au point de remettre en cause son passé, son œuvre et sa morale.

Arguments à charge d'abord: M. Bessaïeh fait intégralement partie du système politique algérien. Il en a été l'un des fondateurs. Il l'a servi pendant plus d'un demi-siècle. Il a occupé toutes les fonctions, dont celle de ministre de l'information, de la culture, des affaires étrangères et de président du conseil constitutionnel. C'est d'ailleurs à titre de président de ce conseil qu'il a avalisé la réélection du président Bouteflika, qui lui renvoie aujourd'hui l'ascenseur.

En acceptant de rester dans ces cercles gris, autour du pouvoir, M. Bessaïeh devient une des figures du quatrième mandat. Terrible fin de parcours pour lui, et pour toute une génération, qui donne l'impression de ne pas vouloir lâcher le pouvoir. A aucun prix.

Faire parti du sérail, à son âge, le met au même rang que Amar Saadani, Ali Haddad et Amar Ghoul. Cela jette un doute sur ses engagements antérieurs, et remet en cause le regard que des générations entières peuvent avoir sur lui. D'ailleurs, ce qui se dit sur les réseaux sociaux est impitoyable. A un point tel que l'attitude de M. Bessaïeh et de nombre de ses compagnons sert de terreau pour développer un révisionnisme rampant.

Esclaves du "nidham"

Pourtant, M. Bessaïeh n'est pas que cela. Bien au contraire. Il fut un officier de l'ALN, et un ponte du MALG. Il a été patron de la célèbre base Didouche de Tripoli, là où s'est construit l'Etat algérien. Avec ses tares, certes, mais il s'est tout de même construit, dans les dures conditions de l'époque.

Boualem Bessaïeh appartenait aussi à cette catégorie d'hommes qui acceptaient sans discuter les tâches que leur confiait le "nidham". Ils croyaient à une sorte de suprématie absolue de l'organisation, de l'Etat, du parti, et n'envisageaient jamais de lui désobéir. Même quand ils arrivaient à développer une réflexion propre à eux, et qu'ils sentaient qu'ils avaient peut-être raison, ils finissaient toujours par s'en remettre à l'organisation.

C'est ce qui a mené M. Bessaïeh à faire une longue carrière, souvent dans la discrétion. Ambassadeur, ministre, il n'est jamais sorti du rang. Il prenait sa nomination comme une affectation au sein d'une organisation militaire : elle ne discute, on se contente d'appliquer les ordres.

A côté de cette activité officielle, il a poursuivi une carrière, encore plus discrète, dans le monde des arts. Passionné de poésie, de littérature et d'histoire, il s'est intéressé aussi bien à l'Emir Abdelkader qu'au prince tchétchène Chamil, ainsi qu'à Cheïkh Bouamama et son poète Belkheïr.

Sortir par le haut

Je me rappelle quand, jeune journaliste à l'APS, j'ai été chargé de couvrir le vernissage d'une modeste exposition de peinture pendant une soirée du Ramadhan. Boualem Bessaïeh y a assisté, et j'avais été frappé par la simplicité du personnage, par ce comportement un peu timide qu'ont gardé certains hommes de l'ALN.

Quelques années plus tard, je retrouverai l'autre face du personnage : j'ai été empêché d'assister à la proclamation de l'Etat de Palestine, à Alger, une messe patronnée par le ministre des affaires étrangères Boualem Bessaïeh.

Comment des hommes de cette envergure peuvent-ils devenir aveugles, au point de ne plus se rendre compte de la manière dont les autres les voient ? Comment deviennent-ils autistes, pour accepter d'être rongés par l'érosion?

Comment, au moment où d'autres pensent à la postérité, M. Bessaïeh accepte-t-il d'être l'envoyé spécial du président le plus controversé de l'histoire de l'Algérie?

Le compagnonnage de la guerre de libération, la fraternité de combat, tout cela ne peut suffire pour expliquer ce qui apparaît auprès des nouvelles générations comme une dérive impardonnable. Même la volonté de servir le pays et le "nidham" ne suffit pas : servir le pays signifie, aujourd'hui, sortir par le haut.

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