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Ressources minières: Un tremplin pour le développement de l'Afrique

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L'Afrique est en passe de réaliser une percée en matière de développement. En effet, depuis le tournant du siècle, le continent a connu une croissance économique rapide et soutenue.

L'extrême pauvreté a été réduite et la mortalité maternelle et infantile a fortement diminué. De plus, la plupart des pays ont accompli d'importants progrès vers la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMDs), les huit objectifs internationalement convenus pour réduire la pauvreté, la faim et les maladies d'ici à 2015.

Il faudra cependant un nouveau type de croissance, plus rapide et plus inclusive, pour améliorer la vie des Africains sur une plus vaste échelle.

La découverte d'importants gisements de pétrole, de gaz naturel et de minerais, à laquelle s'ajoute les cours élevés de ces matières premières, peut aider à accélérer la croissance et précipiter le processus de développement sur le continent. Pour ce faire, les pays d'Afrique devront accomplir trois objectifs.

Premièrement, les recettes des ressources extractives doivent être capturées de manière efficiente et transparente. Minerais, pétrole et gaz naturel sont des produits à forte intensité de capital et ce sont donc les sociétés internationales qui pourvoient la technologie, les compétences et les finances requises.

Cela signifie que ces sociétés internationales touchent une grande partie des recettes. La question de savoir si les Africains bénéficient de ces industries dépend dans une large mesure de l'efficacité avec laquelle les gouvernements peuvent récolter leurs fonds par le biais des impôts et des redevances.

Tel est l'objectif de l'Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), qui établit des normes de gouvernance en matière de gestion des revenus émanant des ressources naturelles. On exige notamment des entreprises qu'elles déclarent leurs versements aux Etats et que les gouvernements révèlent leurs revenus dans ces secteurs.

A ce jour, treize pays africains se sont mis en conformité avec l'ITIE, un nombre supérieur à n'importe quelle autre région. Par ailleurs, trois pays de la région sont en train de mettre l'initiative en œuvre tandis que trois autres pays ont vu leur conformité ou leur statut de candidat révoqués.

Les pays africains manquent souvent des connaissances et de l'expérience nécessaires pour négocier de gros contrats avec les grosses sociétés internationales opérant dans le domaine des mines, du pétrole et du gaz naturel. Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) travaille avec les gouvernements africains pour les aider à négocier ces contrats.

Deuxièmement, même si les recettes des minerais sont capturées de façon adéquate par les gouvernements, celles-ci doivent être bien gérées. En général, les pays dont les finances publiques et l'accès aux devises étrangères dépendent fortement des industries extractives font face à des cours instables des matières premières. Ces fortes fluctuations peuvent donner lieu à une perturbation des dépenses publiques et affecter leurs possibilités d'importer les biens et services qui leurs sont essentiels.

Les ressources pétrolières, gazières et minières s'épuiseront un jour. C'est pourquoi gérer leurs revenus nécessite également une réflexion sur les coûts d'opportunité : combien investir tout de suite, et combien économiser pour plus tard ? Lorsqu'un pays est riche, il peut soit épargner, soit distribuer ses ressources directement aux populations.

Mais le calcul n'est pas aussi simple pour les pays où une majorité de la population vit dans l'extrême pauvreté et dont le capital humain et physique est en réelle pénurie. Economiser certaines ressources reste sensé pour beaucoup de pays africains, sous forme de fonds pour les temps difficiles qui permettent de pallier les fluctuations des prix des matières premières et de sécuriser des ressources pour l'avenir.

Dans ces pays-là, cependant, améliorer la vie des générations actuelles et futures signifie également qu'il faut investir dans les infrastructures, la santé, l'éducation, ainsi que les ressources humaines capables de dispenser ces services.

En laissant passer la chance d'investir dans ces secteurs, ces pays risquent de maintenir les populations dans un faible niveau de vie même si le revenu national par habitant est élevé. Ce contraste peut engendrer le mécontentement, l'instabilité et même les conflits, alimentés par les convoitises des groupes d'intérêt domestiques ou étrangers.

Troisièmement, étant donné que le pétrole, le gaz et les minerais existent en quantités limitées, l'économie doit petit à petit se diversifier, avec le développement de secteurs qui ne sont pas liés à l'extraction, tels la fabrication, l'agriculture hautement productive et les services à haute valeur ajoutée.

Ainsi, les pays ayant rempli les conditions un et deux sans avoir réussi à diversifier leur économie ont souvent manqué leur chance de favoriser le développement sur le long terme. A l'inverse, beaucoup de pays disposant de ressources naturelles abondantes ont utilisé leur richesse pour atteindre une prospérité immédiate.

Diversifier l'économie devient beaucoup plus difficile lorsqu'a lieu une appréciation de la monnaie locale : un phénomène connu sous le nom de "syndrome hollandais", qui rend les importations bon marché et fait que les entreprises locales ont du mal à faire face à la compétition. Ceci inhibe la création d'une industrie nationale.

Eviter le "syndrome hollandais" est donc nécessaire mais largement insuffisant. Des investissements doivent être réalisés pour permettre une transformation structurelle de l'économie, y compris une hausse de la productivité et la création d'emplois qui paient mieux.

Ce dernier point est particulièrement important en Afrique où 80 pourcent de la population active, et 85 pourcent des femmes, sont condamnés à travailler au sein d'un secteur agricole à basse productivité ou dans des services à faible valeur ajoutée qui paient peu, ou pas du tout.

Mettant ces trois principes en exergue, l'édition 2013 des Perspectives économiques en Afrique, publiées par le PNUD, la Banque africaine de développement, la Commission économique pour l'Afrique et l'Organisation pour la coopération et le développement économique, propose un éventail de différentes politiques susceptibles de traduire l'utilisation des ressources extractives en une véritable transformation structurelle.

Le rapport fera l'objet des discussions lors du Forum économique international sur l'Afrique, abrité par l'OCDE à Paris.

Le développement durable et le respect des limites environnementales, la distribution efficace des revenus de l'extraction, la création de filets de sécurité sociale, l'investissement dans les compétences, l'infrastructure et l'intensification de l'agriculture, qui permet la création d'emplois et le renforcement de la sécurité alimentaire, sous-tendent nos trois principes.

Je n'ai aucun doute quant à la possibilité de voir l'Afrique réaliser cette percée dans le domaine du développement. Le PNUD s'engage à soutenir la région tandis qu'elle effectue cette transition délicate de la croissance au bien-être partagé.