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Ambitions et défis de l'émergence industrielle marocaine

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RENAULT MOROCCO
Stringer . / Reuters
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ÉCONOMIE - L'industrialisation est la finalité ultime de tous les pays du globe, qui cherchent à accroître au maximum la part du secteur secondaire dans le PIB et assurer l'autosatisfaction de leurs besoins en produits et semi-produits industriels.

Celle-ci nécessite, bien évidemment, la mise en place d'une panoplie de réformes spécifiques, dans tous les domaines en relation avec l'attractivité et la compétitivité du pays, que certains régimes n'ont pas assez de courage politique pour les mettre en œuvre. Dans le cas du Maroc, des dizaines de stratégies de développement industriel ont été mises en œuvre, dès l'aube de l'indépendance. Malheureusement, elles n'ont pas apporté les résultats escomptés: le taux de croissance économique et le niveau de développement socio-économique, ainsi que le taux de l'employabilité constituent jusqu'à ce jour des menaces structurelles.

Durant le mois de juillet 2017, une nouvelle charte d'investissement a été adoptée à la place de celle de 1995, afin de soutenir le plan de l'émergence industrielle pour en faire un plan d'accélération industrielle. La charte vise plus particulièrement à rétablir la position concurrentielle de l'économie marocaine en la rendant plus attractive par rapport à celle des pays ayant le même niveau de développement dans la région et dans le monde. Toutefois, ces efforts consentis dans ce domaine n'aboutiront pas sans une manifestation d'une bonne foi, en transcrivant le contenu de la charte en une feuille de route opérationnelle claire avec des dates de début et de fin bien précises.

Certes, les décideurs publics et les planificateurs de développement ont parfois le droit d'élaborer des plans selon leurs propres visons, en vertu de leurs positions hiérarchiques. Mais il ne faut jamais trop exagérer et conduire l'économie de tout un pays à un avenir sombre. Car l'élaboration de n'importe quelle stratégie éloignée de ce que le pays possède et de ce dont il a besoin n'est qu'un gaspillage et une dilapidation des ressources publiques, surtout dans cette situation de crise, où le taux d'endettement ne cesse d'augmenter par rapport au PIB.

C'est pour cela que malgré tout, le Maroc est un pays agricole et le restera probablement pour longtemps. La majorité des offres d'emploi créées chaque année trouvent leurs origines dans ce secteur, et des milliers de familles issues des couches défavorisées n'ont pas d'autres sources de revenus. Elles survivent grâce à l'agriculture. Car le Maroc, jusqu'à aujourd'hui, n'a pas encore ni de ressources pétrolières et gazières en quantités commerciales, ni de grandes sociétés qui peuvent constituer les fondements d'une économie solide, à l'exception de l'OCP.

De ce fait, l'Etat est appelé à limiter les impacts négatifs des aléas climatiques sur le rendement des campagnes agricoles et à chercher des pistes qui lui permettent d'investir dans le domaine productif, plus particulièrement dans le domaine industriel et semi-industriel, avec l'obligation qu'il cède partiellement la place au secteur privé, une fois que les conditions de décollage sont réunies.

Également, la réussite de la stratégie industrielle n'est pas liée exclusivement au financement, mais aussi au savoir et au savoir-faire qui ne sont pas toujours développés. Puisque le transfert de ceux-ci par les pays avancés aux pays en voie de développement n'est pas toujours accessible, la réforme du système éducatif doit être un projet de la nation. En effet, il faut encourager les universités et instituts internationaux renommés à s'installer au Maroc pour tirer les meilleurs candidats des pays africains et du monde arabe, mettre en place des centres de recherche dans le cadre de partenariats public-privé et organiser des compétitions à l'échelle nationale entre les différentes universités avec la distribution de prix au niveau des attentes.

Dans le même sens, l'économie a toujours besoin d'hommes compétents pour fonctionner. Chaque domaine a ses propres spécificités, par conséquent, la formation de personnes avec des capacités spécifiques qui touchent les cœurs des métiers est un enjeu à ne pas rater. L'expérience du terrain n'est pas toujours suffisante à elle seule, il faut qu'elle soit complétée par une formation académique de qualité, combinant entre la théorie et la pratique, dans une cohérence irréprochable. Comme résultat, la stratégie nationale de la formation professionnelle ne devrait plus rester de l'encre sur du papier posé sur les étagères des ministères qui ont contribué à son élaboration.

L'implication du secteur privé dans les stratégies de développement industriel est inéluctable. Néanmoins, concernant les conditions de travail, la notoriété du secteur est décourageante, ce qui ne lui permet pas, parfois, d'attirer des compétences nécessaires pour développer la compétitivité de ses entreprises. Aussi, l'innovation et la recherche scientifique sont en-deçà des ambitions des différentes stratégies de développement du pays et pas seulement de la stratégie industrielle, ce qui oblige la plupart des hommes d'affaires marocains à concentrer leurs investissements dans la franchise ou dans la prise de participation du capital des grandes sociétés.

Enfin, l'Etat à son tour doit moderniser en permanence les infrastructures de base qui facilitent la fluidité des tâches, de l'approvisionnement à la distribution, en plus d'inciter les entreprises qui bénéficient des fonds publics à se performer, en misant sur les politiques de subvention et les politiques d'exonération fiscale, afin de les rendre plus ciblées et plus productives, en contrepartie des objectifs à atteindre selon un calendrier bien défini.

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