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Face à la crise: l'option des hydrocarbures

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Dans l'attente de la présentation prochaine par le gouvernement de la nouvelle politique économique, le train de mesures qui transparaît de l'action gouvernementale et qui est mis en avant porte essentiellement sur les restrictions à l'importation, notamment le dispositif de licences, avec l'objectif annoncé de réduire les importations de 15 Milliards USD en 2017.

Si ces mesures sont à l'évidence nécessaires pour atténuer quelque peu l'hémorragie de sortie des devises, mettre un peu d'ordre dans le commerce extérieur, protéger la production nationale lorsqu'elle existe et freiner une importation insuffisamment contrôlée (produits contrefaits, produits d'origine douteuse, produits budgétivores en matière d'énergie,....), elles restent en l'état de faible portée car s'attaquant davantage aux effets et non aux causes qui les ont engendrées, et ressortant en réalité de préoccupations de court terme.

Si des mesures de ce type, pour autant qu'elles ressortent de décisions concertées avec l'ensemble des parties prenantes (opérateurs, banques, Douanes, associations des consommateurs, ministères techniques concernés ;....) peuvent jusqu'à un certain niveau participer à ralentir le flux sortant de devises, en revanche notre pays ne pourra faire l'économie de réformes structurelles de fond auxquelles n'ont cessé d'appeler des experts, des hommes politiques ainsi que des Institutions internationales.

Ces réformes de fond, doivent s'attacher à définir une stratégie et un cap autour des principaux axes suivants :

Gouvernance-transparence- rôle régulateur de l'Etat :

L'aspect fondamental est lié au rétablissement de la confiance entre les citoyens et les Responsables de la Gestion "Politique, Économique et Sociale" du pays. Sans l'adhésion pleine et entière dans le cadre d'un pacte social, aucune dynamique ne peut réussir, à fortiori dans une situation complexe marquée par la contraction des ressources financières, et nécessitant en conséquence des restrictions, des arbitrages et des sacrifices ;

Transparence de la gouvernance, moralisation des Institutions et accountability dans la gestion des deniers Publics ;

Rôle régulateur de l'Etat, dans le cadre de la planification stratégique à long terme ;

Stratégie de développement

Optimiser le secteur des hydrocarbures pour en faire le levier financier du développement et de la diversification économique ;

S'engager résolument dans un processus de promotion des énergies renouvelables en partenariat, et adopter dans ce sens les dispositifs réglementaires, tarifaires et fiscaux en conséquence ;

Optimiser le secteur de l'Exploration et de l'Exploitation minières pour disposer des minerais (phosphate, fer, plomb, zinc, uranium, et d'autre minerais utilisés dans les équipements des NTIC, sans oublier le silicium pour les panneaux photovoltaïques) ;

Décentralisation de la gestion économique et création de ''pôles économiques régionaux'' pour débureaucratiser les Investissements et tenir comptes des spécificités locales et régionales ;
Intégration en tant que partie prenante de la diaspora Algérienne dans l'effort de diversification économique ;

Ouverture au secteur privé national et international dans le cadre de la cession d'actifs, le partenariat,..., en particulier les banques Publiques, ce qui permettra de les mettre aux standards internationaux en matière de gouvernance ;

Promotion de secteurs à fort potentiel et à valeur ajoutée et avantages comparatifs avérés :
Agriculture et agro-industrie pour couvrir les besoins alimentaires essentiels et dégager des excédents exportables ;

Tourisme, secteur à fort potentiel laissé en friche, et devant relever de l'initiative privée nationale et internationale (privatisation, contrats de management et concessions aux grands groupes internationaux,...) ;

NTIC ;

Services et sous-traitance, notamment dans le domaine des hydrocarbures et des mines impliquant notamment le secteur privé.

Les Réformes préalables :

Réforme de la Législation et de la Réglementation pour attirer les IDE et suppression de la règle des 51/49% considérée comme étant un frein à l'afflux de projets ;

Réforme du système monétaire, boursier et bancaire ;

Réforme du système des transferts sociaux devant permettre d'orienter les soutiens et autres subventions aux personnes nécessiteuses en lieu et place du système de redistribution généralisée sans distinction de ressources (s'inspirer à ce titre des dispositifs qui fonctionnent par ailleurs) ;

Néanmoins ne nous détrompons pas, car l'effort de développement de notre économie appelle des ressources financières très importantes pas toujours disponibles ou à des conditions drastiques (endettement extérieur) pouvant peser jusque sur nos choix stratégiques, sur notre politique sociale et in fine sur nos équilibres macroéconomiques.

Les crédits extérieurs constituent l'une des ressources de financement de l'économie pour autant qu'ils soient réservés impérativement aux projets présentant une rentabilité avérée et des capacités à dégager les excédents nécessaires au remboursement des prêts.

Rappelons-nous les effets du rééchelonnement de la dette durant les années 1990, sur la disparition de pans entiers de l'industrie et d'entreprises considérés alors comme le fleuron de l'économie du pays, la destruction d'emplois, avec leur impact sur la stabilité économique, sociale et sécuritaire.
L'état actuel de nos performances industrielles (5% du PIB), ainsi que le temps nécessaire à la construction d'une alternative économique viable et performante pouvant venir en substitution à l'importation et dégager des excédents à l'export, dans un contexte de crise, devraient nous conduire à investir en priorité et massivement dans l'exploration et l'exploitation des énergies fossiles, y compris celles non conventionnelles, seules ressources "sûres", et dont les réserves sont considérables selon les experts.

Le développement de projets dans la pétrochimie et le raffinage devrait être accéléré, car il permettra de produire localement des milliers de produits dérivés du pétrole et du gaz, aujourd'hui en majorité importés, nécessaires dans les domaines de l'agriculture, la pharmacie, la chimie, le plastique, les cosmétiques,....et de nombreux autres produits de la vie courante.

Le développement de ces filières devrait par effet d'entrainement stimuler naturellement l'émergence de nombreuses activités en aval, dans l'industrie et les services.

Les excédents de production pourront faire l'objet d'exportation, à des conditions concurrentielles (matières premières disponibles localement), ce qui permettra de dégager de nouvelles ressources financières nécessaires au soutien d'une stratégie économique orientée vers la promotion et le développement de secteurs potentiels, à valeur ajoutée et avantages comparatifs avérés.

Les hydrocarbures : levier de croissance

Les hydrocarbures apparaissent aujourd'hui comme étant la seule source concrète de rentrée de devises pour le pays (97% des recettes) et le moteur de base de toute politique de développement à long terme, en dépit des discours réitérés sur les ''efforts'' et les engagements de l'ensemble des parties prenantes en matière d'accroissement des exportations hors hydrocarbures et de diversification.

Il est certain qu'il faut accélérer le processus devant permettre d'aller vers un mix énergétique dans lequel les énergies renouvelables devraient progressivement trouver leur place, aux côtés de celles fossiles, néanmoins, la situation de notre économie continuera encore pour longtemps à dépendre des hydrocarbures, dont les réserves sont significatives (conventionnelles et non conventionnelles), mais dont l'exploration et l'exploitation nécessitent savoir-faire et technologies UP DATE disponibles auprès des opérateurs internationaux.

Il s'agit en conséquence comme rappelé supra d'adapter le dispositif législatif et fiscal de manière à capter l'intérêt des multinationales et les associer au développement du secteur, et ce dans un contexte dynamique ou les rôles sont de nos jours quelque peu inversés et pas toujours en notre faveur (les opportunités sont nombreuses et les dispositifs législatifs et fiscaux moins contraignants dans d'autres pays source).

Il faut sortir des paradigmes convenus qui reposent sur des éléments d'analyse éculés, ''coller'' aux réalités du marché global et bâtir des approches économiques dynamiques adaptées et attrayantes.
Ceci appelle la mise en œuvre de toute une série de mesures à développer dans le cadre d'une stratégie ''Energie'' pour assurer nos besoins propres en forte croissance (gaz, électricité, carburants) et rassurer nos partenaires européens sur nos capacités à continuer de contribuer sur le long terme pour leur approvisionnement en gaz, en complément à celui provenant de Russie, de Norvège, des USA, du Qatar,....ce qui permettra par ailleurs de sceller d'autres partenariats liés, conduisant naturellement à créer les conditions pour des relations renouvelées avec l'Europe.

SONATRACH :

Une organisation inadaptée pour une gestion optimale du secteur ;
Structurée à l'origine pour répondre à des objectifs quantitatifs de production et prendre en charge des préoccupations socio-économiques (produits énergétiques, Industrialisation, emploi, développement régional notamment dans le sud, social, financement d'associations sportives,...) et pallier aux insuffisances par ailleurs, la Sonatrach qui a parfaitement joué le rôle qui lui a été assigné par les Pouvoirs Publics, donne aujourd'hui quelques signes d'essoufflement, l'impression d'être arrivée à une fin de cycle nécessitant la rénovation au fond de son organisation.

Après une longue période de déstabilisation de son staff dirigeant (turn over élevé, en moyenne un PDG par année) et de perte de confiance ayant induit la déperdition en ressources humaines parmi les plus expérimentées, Il convient de remobiliser, réorganiser, débureaucratiser et ''dégraisser'' Sonatrach pour en faire une société performante régie par les standards les plus exigeants en matière de gouvernance, de gestion et d'organisation. Il est en effet anormal à titre d'exemple de constater qu'EXXON, SHELL, BP... dégagent des bénéfices 5 à10 fois supérieurs à ceux de SONATRACH, alors que ces firmes emploient en moyenne 2 fois moins d'employés.

Maitrise des coûts

Considérant les niveaux actuels des prix du pétrole et du Gaz (pétrole : 50 USD le baril, gaz : 3- 6 USD le MMBTU) et qui semblent s'installer dans la durée, Il est impératif pour Sonatrach de réunir les conditions permettant d'atteindre des coûts de production compétitifs, dans un marché très concurrentiel dans lequel les prix ''SPOT'' prennent le pas sur les conditions à long terme ; les clients recherchant la sécurité de l'approvisionnement à long terme et la flexibilité de pouvoir bénéficier des prix ''SPOT''.

Il n'existe pas d'indications formelles émanant de la Sonatrach concernant les coûts de production, ce qui en soi est déjà inquiétant, pour une entreprise livrée à la concurrence internationale et normalement sensée disposer de systèmes et mécanismes de gestion et de contrôle des coûts performants lui permettant de négocier en conséquence avec les partenaires étrangers.

Si nous devions prendre en considération ceux indiqués par les publications étrangères (coût à la tête de puit) pour le gaz, nous avons 0,84 USD/ MM Btu pour Gazprom, contre en moyenne 4 USD/MM Btu pour Sonatrach, coûts auxquels il faut ajouter ceux de processing et de transport, et en considération des prix du marché, les marges bénéficiaires apparaissent comme étant très maigres.

Il est dès lors naturel de s'interroger sur l'opportunité de continuer à investir des centaines de Millions USD, dans des forages dont les taux de succès sont manifestement faibles (2/5) et les découvertes marginales comparativement aux performances réalisées par ailleurs, ce qui met Sonatrach dans l'incapacité de renouveler ses réserves par ses seules ressources (investissements, technologie, ressources humaines, financements,...).

Pistes de réflexion

Réorganisation du Groupe Sonatrach par pôles d'activité pour permettre un autre modèle de « corporate governance et gestion basé sur la rentabilité, l'efficacité et la profitabilité ;
Adaptation de la législation et de la fiscalité au contexte actuel pour permettre d'attirer des investisseurs étrangers détenteurs de capitaux et de la technologie UP DATE en (Exploration et Production) ;

Adopter une politique RH basée sur la valorisation interne, stopper l'hémorragie des départs (retraite, démission) des compétences, formation aux techniques nouvelles (partenariat) ;

Capitaliser sur l'expertise des ''retraitables'' et des retraités pour encadrer les jeunes cadres et participer sous forme de "Task Force" au développement de l'entreprise ;

Développer l'ensemble du secteur ''services pétroliers'' ainsi que l'engineering par l'ouverture résolue au secteur privé, des partenariats avec des opérateurs internationaux ce qui permettra par intégration de réduire les sorties en coûts des services qui se chiffrent en Milliards de US$ (plus de 10 Milliards USD annuellement) ;

Associer le secteur privé à l'exploitation des gisements marginaux non rentables pour Sonatrach, du fait du poids de ses charges de structure ;

Engagement de Sonatrach dans le cadre de partenariats étrangers mieux ciblés pour contribuer à assurer des réserves supplémentaires de pétrole et gaz et l'acquisition d'un savoir-faire (améliorer les taux de découverte, améliorer le taux de récupération) ;

Adapter les textes législatifs relatifs à la politique énergétique pour assurer la sécurité énergétique à Long Terme et créer un organisme de suivi pour veiller à son application dans le genre « Oil & Gas Autority » qui existe dans de nombreux pays ;

Adhésion aux organisations internationales telle "ITIE" (Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives), ce qui renforcera la transparence et redonnera plus de crédibilité aux informations financières et Techniques publiées par SH.

Enfin, l'idée force qui ressort de la présente contribution vise à mettre le focus sur le secteur des hydrocarbures qui appelle un effort d'investissement exceptionnel dans :

L'optimisation de l'amont (exploration-exploitation), ce qui permettra d'accroître les taux de découverte et de récupération, et donc le niveau des réserves ;

Le développement de l'activité aval (pétrochimie et raffinage), ce qui permettra de garder en Algérie l'essentiel de la valeur ajoutée issue de la transformation du pétrole et du gaz, et constituer un levier à l'émergence de tout un tissus économique dans l'industrie et les services.

Cette démarche intégratrice génératrice de ressources permettra à son tour d'impulser le développement des autres secteurs.

A cette fin le challenge de la refonte de l'organisation de Sonatrach et de la maîtrise des coûts de production est urgent à mettre en œuvre, car la majorité des contrats de livraison de gaz à l'Europe arrivent à leur terme d'ici à 2021.

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