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Ibn Khaldûn aurait-il mieux fait de ne pas écrire ?

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Abd Al Rahman Ibn Khaldûn (1332-1406) a rédigé une œuvre monumentale qui appartient désormais au patrimoine universel du savoir tant ses apports ont été et continuent d'être un bien pour l'humanité toute entière, du moins ceux qui utilisent cette pensée non européenne.

Cependant, elle n'a pas suscité l'intérêt qu'elle aurait du avoir au sein de sa propre société. A l'époque contemporaine, au sein du grand public et particulièrement celui du monde arabo-musulman, les connaissances d'Ibn Khaldûn s'arrêtent malheureusement souvent à son nom. Son oeuvre est ainsi restée dans une indifférence relative durant près de 4 siècles avant d'être découverte par les Occidentaux, plus particulièrement les français.

Le ministre de la guerre, en effet, ordonna en 1830 la traduction de son œuvre, et ceci dans un but stratégique, car le travail d'Ibn Khaldûn pouvait servir politiquement les intérêts de la France. Cet événement raconté en milieu officinal, a provoqué une bien étrange réaction, restée certes silencieuse, mais décryptée à travers les attitudes:

Ibn Khaldûn n'aurait pas du écrire !

Une telle réaction est tout à fait identifiable dans d'autres secteurs universitaires, comme si cela pouvait nous rassurer. Parmi ses oeuvres - Prolegomenia (The Muqaddimah), Ibn Khaldûn a jeté les bases de différents domaines des connaissances en particulier, les sciences de la civilisation (al 'umran).

Il est l'auteur d'une théorie originale sur l'histoire, qui se complète avec sa théorie de la société. La qualité de sa pensée, de ses analyses, de sa réflexion, l'ampleur et la pertinence de ses informations continuent d'influencer de nombreux penseurs, théoriciens, économistes.

Il serait long ici d'évoquer les influences majeures qu'a laissé Ibn Khaldûn dans les sociétés modernes. On pourra se reporter à cet effet, aux quelques références, certainement non exhaustives, citées en bas de l'article.

Comme le souligne le professeur Abdesselem Cheddadi, l'on peut constater qu'en dehors du fait qu'il constitue un sujet de fierté pour les sociétés arabo-musulmanes, celles-ci l'étudient peu et mal, beaucoup moins bien, par exemple, que ne le font l'Europe, les Etats-Unis, et le Japon, et qu'elles n'ont pas réussi à en faire une nouvelle lecture, à discerner l'usage qu'elles peuvent en faire pour tenter de comprendre la racine de leurs difficultés actuelles.

En nous replongeant dans les principes scientifiques d'Ibn Khaldûn, qui ont pour fondement la critique de l'approche des questions de société de ses contemporains, de la manière suivante : "N'ayant recours ni à la comparaison et à l'analogie avec des modèles ou des cas semblables, ni au critère de la sagesse, ni à la nature des choses, ni à l'examen des récits à la lumière de la réflexion théorique et de l'intelligence, ils se sont écartés du vrai, se sont perdus dans le désert de l'illusion et de l'erreur", on se retrouve face à une évidence.

Et lorsque l'on plonge dans la réalité officinale, autant on en perçoit mieux, à la lumière des énoncés d'Ibn Khaldûn, les enjeux et les défaillances; autant il y a comme un instinct ante-scolaire qui reprend le dessus et qui réussit à nous convaincre du caractère superflu des productions intellectuelles des grands penseurs, trop théoriques pour le terrain officinal. Aboutissant au fait que nous devenons des intellectuels accomplis autosuffisants et finissons par tourner le dos à l'enrichissement et au développement des connaissances.

Et si la relecture d'Ibn Khaldûn, pouvait aider l'officine à sortir de sa crise? Comme dans toute démarche scientifique, l'hypothèse est posée, reste à la vérifier. Une piste cependant, le volume impressionnant sur internet, d'articles sérieux en anglais en provenance de grandes universités qui traite du sujet.

  • Ibrahim Mohamed Oweiss, professeur d'économie, inventeur du concept de petrodollar, a été enseignant à l'Université de Harvard, Université John Hopkins et à l'Université de Georgetown. Il a publié de nombreux ouvrages sur l'économie. 'The foundations of different fields of knowledge by Ibn Khaldun'
  • Pr Abdesselem CHEDDI, professeur d'histoire Université de Rabat
  • Le traité d'économie de Adam Smith (1723-1790) s'est inspiré de l'œuvre d'Ibn Khaldun. Certains le considèrent comme le fondateur des sciences économiques modernes et de l'économie politique
  • Journal of Business and Management 'Between Ibn Khaldun and Adam Smith (Fathers of Economics)' Prof. Hamed A. Ead, Nada H. Eid, Cairo University, Giza, Egypt School of Business Administration, Ahram Canadian University, Giza Egypt
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