LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Abdellah Tourabi Headshot

La folkorisation du 8 mars, le pire service rendu à la question féminine

Publication: Mis à jour:
WOMEN PROTEST MOROCCO
Rafael Marchante / Reuters
Imprimer

SOCIÉTÉ - Depuis ce matin, un flot ininterrompu de niaiseries, de bêtises mielleuses et de sottises, envahissent les réseaux sociaux au nom du 8 mars, journée des droits des femmes. Ce n'est plus un mur Facebook, c'est un mur des lamentations!

Cette journée est devenue un carnaval, une kermesse pour célébrer les femmes, où on leur distribue fleurs, chocolat et petites tapes paternalistes et condescendantes sur le dos, pour leur dire qu'on les aime quand même, qu'on pense à elles et qu'elles ont bien travaillé et avancé et qu'elles sont promises à un bel avenir et à un meilleur sort.

Le 8 mars est devenu aussi une sorte de Achoura chiite, avec ses pleureuses professionnelles, ses rencontres rituelles pour recevoir le deuil du statut de la femme, ses jérémiades convenues et ses prêches tellement répétés que cela devient folklorique et donc inaudible. Cette folklorisation du 8 mars est le pire service rendu à la question féminine.

D'une célébration de la lutte féminine et d'une piqûre de rappel, cela s'est transformé en une manifestation niaise et assommante. Rien ne m'insupporte plus que ce spectacle nauséeux d'aujourd'hui où l'on distribue des roses aux femmes dans les rues, aux bureaux ou dans les trains... comme on ramène des fleurs ou du chocolat à un ami hospitalisé ou une connaissance ayant subi un accident de la vie!

Parmi les grands changements qui transforment la face du Maroc depuis plus d'un quart de siècle, il y a l'évolution de cette question féminine. La femme marocaine n'a pas besoin de ces niaiseries, de ces bêtises. Elle avance, car consciemment ou pas, elle s'est emparée des deux leviers de la domination masculine: l'école et le travail.

Leurs mères et grands-mères souffraient de cette domination et ses effets, car elles étaient analphabètes, peu éduquées et ne disposaient d'aucune autonomie économique. Elles se taisaient, avalaient des couleuvres, ravalaient leur dignité, car elles n'avaient pas d'autres possibilités ni alternatives.

Maintenant, regardez tous les chiffres sur l'éducation, ils parlent mieux que mille plaidoyers: les filles font de meilleures études que les garçons et obtiennent de meilleures notes. Au travail, et en 30 ans, elles ont fracassé des siècles de subordination, de dépendance à leurs pères, frères et maris. C'est le changement économique qui détermine tout, et la liberté du portefeuille est la mère de toutes les autres libertés.

Les femmes marocaines avancent par leur mérite et leurs efforts, sans charité ni offrande masculine. Et pour cela, elles doivent regarder avec dédain et mépris les mascarades qui accompagnent le 8 mars. Elles n'ont plus besoin de ce réconfort hautain qui se drape dans les habits de la solidarité. Elles doivent refuser les logiques de quotas, de listes pour femmes, de discrimination positive.

Tous ces procédés ne sont que des monte-charges pour opportunistes, des tremplins pour imposteurs qui prétendent parler en leurs noms, mais qui ne font que défendre leurs petits intérêts. C'est un hochet offert aux femmes, un jouet pour les distraire et les faire taire. Tout comme ce foutu 8 mars.

LIRE AUSSI: