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"Faites ce que je dis et non pas ce que je fais"

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FATIMA NEJJAR
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SOCIÉTÉ - Sur l'affaire des deux dirigeants du Mouvement unicité et réforme (MUR), poursuivis devant la justice pour une affaire de mœurs et d'"adultère", commençons tout d'abord par des principes élémentaires, que tout démocrate et défenseur des libertés doit tenir: l'État et la loi n'ont pas à intervenir dans les choix sexuels et affectifs des individus tant que cela ne porte pas un préjudice direct et tangible à autrui. La dépénalisation des relations extra-conjugales et l'abrogation des articles qui les punissent apparaissent en l'occurrence comme une nécessité.

Dans une société ouverte et libre, une autorité publique ne peut pas s'ériger en police des moeurs qui fouille dans les corps et les cœurs des adultes, majeurs et consentants, pour réprimer leurs choix et leurs désirs. Ce sont des principes qu'il faut défendre, contre vents et marées, et notamment contre les islamistes qui sont les premiers à s'y opposer. Un démocrate, libéral et moderniste, défend une société où chacun vit comme il l'entend, tandis qu'un islamiste défend une société où tout le monde vit comme lui seul l'entend.

Et c'est ici où réside le fond du problème. Depuis son apparition, le mouvement islamiste a inondé le monde arabe et musulman avec un déluge de textes, de vidéos et de prêches sur le halal et le haram, le licite et l'illicite. Les relations sexuelles et les rapports entre les hommes et les femmes y occupent une place importante, au point que ça devient une obsession, une névrose. Des générations entières de jeunes ont été éduquées dans ce culte de l'interdit, de l'angoisse du sexe et la peur de la promiscuité et du contact.

Les prédicateurs et les dirigeants islamistes ont dressé un modèle qui ne correspond pas au monde des hommes. Un idéal proche du céleste, où vivent des êtres éthérés, infaillibles, sans pulsions, ni désir. Un jeune musulman est censé réfréner toute envie, faire barrage à son corps et affronter le monde comme si ce dernier était une épreuve, un terrain de tentation et de péchés. Le résultat: une société minée par la frustration, l'hypocrisie et la schizophrénie. Les dirigeants et les militants islamistes sont les premières victimes de ce modèle qu'ils ont créé et qui risque de les emporter. En voulant faire l'ange, ils ont fini par faire la bête. Ils ont voulu gommer et effacer cette part humaine, fragile et indécise en insistant sur la création d'un surhomme musulman, irréprochable et infaillible.

En s'obstinant à enfanter cette "génération exceptionnelle" ("Al Jayl Al Farid") prophétisée par Sayed Qotb, ils ont fini par se prendre dans leurs propres contradictions inhérentes à leur condition d'être humain. En politique, "l'utopie islamique" est un fiasco, en économie "le paradis sur terre" est un mythe et au sexe "l'idéal musulman" est une somme d'hypocrisie et de frustrations. Il suffit de voir les vidéos de la dirigeante du MUR, concernée par cette affaire, pour s'en apercevoir.

Son monde est imaginaire et peuplé d'interdits, de puritanisme, de crispation quand il s'agit de relation entre les hommes et les femmes. Elle promeut cet idéal dont on a parlé, qui ne relève pas du monde terrestre, où l'être humain est un peu plus complexe, plus tourmenté et moins manichéen. Elle incarne, avec cette affaire, le dilemme de l'islamiste, de guerre lasse entre sa nature et ses idéaux, entre son discours et ses actes, et qui finit par lâcher une simple et reposante règle, humaine, très humaine: "faites ce que je dis et non pas ce que je fais".

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