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Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, Benkirane est le phénomène politique des 10 dernières années

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BENKIRANE
Luke MacGregor / Reuters
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POLITIQUE - Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, qu'on soit d'accord avec son style ou qu'on le rejette complètement, Abdelilah Benkirane est sans doute l'homme politique le plus doué, étincelant et phénoménal des dix dernières années. Si la politique au Maroc était un sport, il serait Lionel Messi: trois élections successives où il a marché sur ses adversaires, et cinq ans à la tête du gouvernement, sans perdre un gramme de sa popularité. Ses meetings ressemblaient à des concerts de rock, où il pouvait galvaniser les foules et les faire rire et crier son nom.

Sa force était sa popularité, et sa fragilité aussi. Benkirane a pensé que son charisme, sa popularité et son aura au sein de son parti sont suffisants pour entretenir des rapports de force, qui ne lui étaient pas favorables. Pourtant, toute la carrière de Benkirane, depuis ses débuts au milieu des années 80, était bâtie sur sa capacité à déchiffrer les rapports de force et à flairer les impasses.

Pendant les négociations pour former le gouvernement, son intuition l'a trahi et son bon sens lui a fait défaut. Il a mal géré cette phase et commis de nombreuses erreurs. Benkirane a apporté lui-même toutes les pièces du piège qui s'est renfermé sur lui. Il a perdu la bataille de trop. Sauf qu'il ne faut pas se précipiter et enterrer Benkirane. Certes, il ne sera pas Chef de gouvernement, mais il sera toujours là, en embuscade, avec sa popularité, son poids au sein de son parti, en attendant un nouveau retournement de l'Histoire. Il n'a que 62 ans, et la politique est son air qu'il respire depuis plus de 40 ans.

Maintenant, au delà de la personne de Benkirane, le plus important dans cet épisode est l'avenir du pays, l'intérêt de la nation et son destin. Tout le monde sait ou devine que nous traversons une zone de turbulences: une croissance économique faible, un paysage politique en champ de ruines, des inégalités sociales qui se creusent, une menace de retour aux armes dans le sud... Et tous ces défis et menaces ne peuvent être affrontés sans des institutions politiques fortes, crédibles et légitimes aux yeux des Marocains.

On ne peut pas se permettre de semer le désespoir dans les cœurs des citoyens, en leur faisant croire que les élections, le gouvernement, le parlement ne sont que des institutions vides, sans sens et sans intérêt. La parole politique doit avoir une valeur. Benkirane pourrait partir, car il n'est pas l'alpha et l'oméga, le début et la fin de la vie politique marocaine, mais une alternative rapide et crédible doit prendre place. Chaque jour qui passe, sans savoir où aller, est un pas vers le désastre.

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