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Arrêter de vendre la burqa au Maroc, une absurdité totale

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Le débat sur l'interdiction de la burqa au Maroc est une absurdité totale. Aucune autorité au monde n'a le droit d'imposer à une femme ou un homme l'habit qu'il doit porter dans sa vie quotidienne, sauf quand il s'agit évidemment d'uniformes. Cela relève de sa vie personnelle, de ses choix individuels et de sa liberté.

Comme on ne souhaiterait pas qu'un régime intégriste impose le voile, le niqab ou le tchador aux femmes et le port de la barbe ou du kamis aux hommes, on ne devrait pas cautionner l'interdiction de la burqa à celles qui la choisissent. Dans une société libre et ouverte, tous les goûts sont dans la nature et l'Etat n'a pas à imposer le sien aux individus. Bien que, soulignons-le, il ne s'agit pas d'un bannissement de la burqa au Maroc, mais d'une interdiction de sa fabrication et de sa vente.

Certains estiment, à tort ou à raison, que la burqa est symbole d'asservissement de la femme et une négation de sa liberté. Or, on ne peut pas intervenir dans les fondements idéologiques ou culturels d'un habit, même quand on ne les partage pas. Car dans ce cas-là, c'est une porte ouverte à un nombre infini d'interprétations des symboles et des habits: certains considéreront que le maquillage et le port des robes sont édictés par une culture occidentale qui réduit la femme à un objet sexuel, d'autres considéreront qu'une telle mode capillaire ou vestimentaire est une pure aliénation et obéissance aux diktats de la société de consommation, etc. On n'en sortira jamais!

Enfin, l'argument le plus drôle et sidérant est celui qui estime que la burqa est étrangère à notre tradition et culture. Il faut juste rappeler que tout ce que nous portons dans notre vie quotidienne n'est pas de culture marocaine, et tant mieux. Le jean slim n'était pas porté par les sultans mérinides, nos grandes mères ne raffolaient pas des bustiers Victoria's Secret et les Stan Smith n'étaient pas fabriquées à Fqih Ben Saleh. Les habits traditionnels marocains ont évolué au contact de l'étranger.

Ce que nous considérons maintenant comme un "habit traditionnel" était une mode nouvelle à leur époque. Ainsi, le port de la djellaba par les femmes était mal vu dans la société marocaine, car seul le hayek ou un habit qui enveloppe totalement la femme était admis. Pour les hommes, le caftan, le jabadour et la balgha étaient l'habit traditionnel marocain, bien que les deux premiers soient d'origine turque. Or, imaginons une réunion avec votre patron habillé en caftan, un policier faisant la circulation en jabadour et votre séance de sport en balgha jaune...!

Moralité de l'histoire: laissons les gens vivre librement, car un excès de liberté est toujours moins nocif que son absence.

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