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Dans ce pays, tout n'est pas perdu

Publication: Mis à jour:
MOROCCO OCTOBER 30 2016
Anadolu Agency
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Dans ce pays, tout n'est pas perdu, et il y a encore de l'espoir. Cet espoir de citoyenneté et de dignité, on l'a vu hier sur les visages des gens qui sont descendus dans toutes les villes du Maroc, pour dénoncer la mort du jeune Mouhcine Fikri à Al-Hoceima.

Des milliers de Marocains, dans des dizaines de villes, sans le moindre incident ni problème. Une grande majorité de ces manifestants était animée par un sentiment humain et noble de solidarité avec le défunt et de sa famille, mais aussi par le refus de la hogra et de l'injustice.

Les images de ces visages indignés réchauffent le cœur et redonnent l'espoir dans un pays où l'on croit que les Marocains sont résignés, blasés et insensibles aux causes communes.

Ces réactions et manifestations, pacifiques et spontanées, sont d'une grande importance pour l'évolution du pays vers davantage de démocratie et de respect des droits et des libertés. Elles rétablissent de nouveaux rapports de force entre la société et l'Etat, et envoient des signaux au pouvoir politique, pour dire que derrière le silence des gens, il y a des dépôts de colère, un rejet de l'impunité et de l'injustice.

Dans un pays où l'Etat a toujours été dominant et plus fort que la société, et où chaque détenteur d'une parcelle du pouvoir se comportait comme un dieu sur terre, ce genre de manifestations sont salutaires. La société s'exprime, exige, demande des comptes et sort quand il le faut dans les rues pour consolider son existence et ses positions.

"Allahouma ina hada la monkar" est le premier pas dans l'affirmation de la citoyenneté et la revendication du respect de ses droits et de ses libertés. Depuis 5 ans, les fondements de ce rééquilibrage des relations entre l'Etat et la société sont posés, et ils sont constamment renforcés à travers "le parti des réseaux sociaux".

Bien sûr il y aura toujours des tentatives de récupération politique de ces sentiments et demandes, de la part de certains groupes, mais l'essentiel est là, dans l'implication effective des individus et la prise de conscience citoyenne.

Il n'y a pas très longtemps, il était impossible de voir un gouverneur réveillé à 3 heures du matin pour discuter avec des manifestants, ni un ministre de l'Intérieur dépêché rapidement pour conduire une enquête et apaiser les esprits.

Dans un autre Maroc, Mouhcine Fikri serait mort dans l'anonymat, l'oubli et l'indifférence. La société marocaine a beaucoup changé et l'Etat doit s'adapter à ces changements.

A cette transformation, manque un chaînon, une pièce importante: l'élite politique. Ces changements sont en train de se faire sans des partis politiques qui correspondent à la maturité grandissante de la société marocaine.

Il était désolant de voir comment les femmes et hommes politiques (à part quelques rares exceptions) ont brillé par leur absence hier. Pas un mot de compassion ou de solidarité ni un seul geste de vie. Tant que ces partis abandonnent leur rôle d'intermédiation et d'encadrement, ils ne doivent pas s'étonner du rejet dont ils sont l'objet.

La prise de conscience citoyenne, le refus de l'injustice et les mobilisations pour des causes justes et communes, se feront avec ou sans eux. Et la nature sanctionne toujours les espèces qui ne s'adaptent pas au changement: l'extinction et la disparition.

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