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Déchets italiens au Maroc: Une gestion de crise ratée

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DECHETS ITALIENS MAROC
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COMMUNICATION - Au fur et à mesure que les heures passent, le bad-buzz autour du scandale de "zbal dial taliane" est en train de prendre des proportions ingérables pour le gouvernement. Sur les chaînes internationales (comme France 24), les médias en ligne et les réseaux sociaux (pétitions, statuts...), le scandale est partout relayé.

Ce nouveau cas de communication de crise est relativement tendu en raison des risques sanitaires qui pèsent sur la population, du sentiment d"humiliation nationale" ressentie par les citoyens qui voient leur pays réduit à une "zabala" pour les Italiens, et de la perte de crédibilité de l'opération‪ #‎ZéroMika‬, à quelques mois de la ‪COP22‬.

Au vu de l'évolution de la crise, deux constats s'imposent:

1 - Les principaux acteurs/responsables se cachent: le Chef de gouvernement laisse sa ministre de l'environnement seule face à la crise. Il se protège en utilisant Hakima El Haite comme un gilet par balle, au mieux comme un fusible. Pourtant, ce n'est pas un bleu en communication. Il adore parler aux médias. Mais où est Benkirane? Autre absent de taille: le secteur cimentier, qui pèse lourd sur le plan financier. Son association ne parle pas. Il y a bien pourtant un commanditaire privé de cette cargaison de "zbal dyal taliane", membre de l'Association des Cimentiers.

2 - Le communiqué officiel est une catastrophe: face à l'émoi de la population, le communiqué riposte avec un langage technico-administratif froid avec une argumentation basée sur le déni plutôt que la reconnaissance des faits. Aucune empathie vis-à-vis des inquiétudes légitimes de la population.

Le gouvernement se trompe s'il pense que le pont de l'Aid va calmer la colère des réseaux sociaux. Il faut rapidement agir pour sauver la crédibilité du pays et l'image de COP22.

Dans un monde parallèle, la réaction du gouvernement aurait dû être comme suit:

1 - Une prise de parole par une autorité crédible et légitime pour partager avec les Marocains leurs inquiétudes et réaffirmer le rôle du gouvernement dans la protection de l'intérêt général et de l'environnement.

2 - L'activation du principe universel de précaution en interdisant de décharger la cargaison italienne et en ordonnant son retour à son port d'origine.

3 - L'ouverture d'une enquête sous la supervision du Parquet d'El Jadida pour éclaircir les circonstances de cette importation de déchets italiens et examiner les infractions possibles vis-à-vis de la législation marocaine.

4 - S'engager à tenir informé l'opinion publique des résultats de l'enquête.

5 - Tirer les leçons de cette affaire pour mieux contrôler à l'avenir ce genre d'importations en partenariat avec les associations de défense de l'environnement dont le gouvernement salue le travail de vigilance permanent.

La stratégie actuelle basée sur le déni, le démenti, l'esquive et la logique de la montre, mène vers l'impasse. A quelques mois de la COP22, si le dispositif gouvernemental n'est pas corrigé, la facture en termes d'image sur le plan international (le Maroc est une poubelle pour l'Europe) et national (démobilisation vis-à-vis de la COP22 et de la thématique environnementale) sera sans précédent.

Le Maroc que nous aimons tous ne mérite pas ça!

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