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Lettre de Tunis à Nice et Soleil camusien

Publication: Mis à jour:
NICE
Pascal Rossignol / Reuters
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"Je sais que ma sœur m'aime parce qu'elle me donne tous ses vieux vêtements et part pour s'en acheter de nouveaux" - Auteur inconnu.

Tunis - J'ai grandi, joué, mûri dans cette ville aux couleurs de l'été, nuances exhaustives de la mer qui lui fait face et se confond avec ses ruelles sinueuses, pleines de vie, de rires, de cris et de passants enjoués. J'y ai appris le respect de l'autre, le sens du partage, l'amour de la vie et de ses jouissances. Prendre le temps de. Savourer les produits frais de la terre et de la mer. Passer du temps en famille, à parler de tout et rire de rien. Respirer l'air iodé de la côte. Se promener.

Miroir bleu marin

Nice - A 17 ans, mes bagages pleins à craquer de couches de vêtements et de leçons, j'ai traversé le miroir bleu pour retrouver l'alter ego de ma ville d'origine, sa soeur jumelée, bien que non déclarée auprès des autorités compétentes, ou juste concernées. Retrouvés ces badauds au rire qui transperce l'air iodé, retrouvée cette promenade qui enchante ses habitants et ses invités. Ses femmes hâlées et à la teinture blonde. Que de scènes de déjà vu.

Feux d'artifice et artificiers estivaux

Le même décor, le même plaisir de respirer cet air délicieusement frais dans une belle marinade de vacanciers et d'habitants à des centaines de lieues de leurs soucis et labeur quotidiens. La foule qui se serre joyeusement dans un moment de ferveur.

"Paris est une fête" s'affiche en lettres de feu dans le ciel bleu nuit de l'été. L' "Étoile du Sahel", elle, a déjà connu ce moment. Les firmaments étoilés se parlent, se répondent et ne vont pas tarder à se draper du noir du deuil.

Les explosions de joie et de feux d'artifice font place à une atmosphère tendue. Au moment où la foule s'époumone sur une Marseillaise revisitée, cette dernière fait plus que jamais sens.

Explosions de feux d'artifice savamment orchestrés à Paris, explosions de pleurs à Nice, en Tunisie, à Istanbul, Orlando, Bagdad, Ouagadougou. Entre feux de joies et feux de désarroi, et leurs artisans respectifs, artificiers chevronnés et artificiers assassins.

Soleil camusien et solidarité transfrontières

Le soleil camusien assassin a encore fait des victimes. Des milliers, qui gisent. Sans distinction de nationalités, de religions, d'ethnies, de joie de vivre. Une foule à laquelle on tente de donner un nom, qu'on s'efforce de "désanonymiser".

La vérité git ailleurs. On recherche la nationalité du soleil camusien. Ce soleil n'a pas de nationalité. Nous sommes Nice, Tunis, Orlando, Ouagadougou, Bagdad, Dacca, Bruxelles, Garissa ou encore Beyrouth. Nous sommes le Monde. Lui n'est qu'horreur et chaos. Il est l'Enfer sur Terre. L'Enfer n'a pas de passeport vert, rouge ou bleu.

À l'heure où l'identité du dernier Soleil camusien en date se précise, ne commettez pas l'erreur de charger le fardeau déjà lourd de tout un peuple en proie aux mêmes obstacles, aux mêmes désirs. Obstacles et désirs scandés en 2011 et qu'il n'a eu de cesse de clamer encore et encore depuis lors.

Nous sommes Nice, nous sommes Tunis, nous sommes le Monde. Tâchons de ne pas l'oublier.

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