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Idriss Hamza Headshot

On ne choisit pas qui conte nos histoires mais on peut choisir qui les écrit

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TRACES DANS LE SABLE
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Depuis peu j'ai pris le temps de m'ouvrir aux autres, de m'ouvrir au monde, d'ouvrir les yeux. J'ai pris conscience que j'avais toutes les armes en mains pour ma quête; la quête de la compréhension de ce monde, de ce qui m'entoure, de ceux que j'aime et de ceux que je hais.

Cette quête passait inéluctablement par ma quête personnelle. Je devais tout d'abord me comprendre moi même.

Oui j'avais toutes les armes en mains, ce qui me manquait c'était "le temps". Oui du temps pour moi. Les gens ne saisissent la valeur du temps que quand il leur est compté ou plus tristement quand il est passé.

Moi paradoxalement j'ai trouvé le temps quand j'étais le plus débordé. J'étais à un tournant évolutif de ma vie. 25 ans! 25 ans d'existence dans ce monde et je n'ai jamais eu le temps de faire le point, de faire le bilan de cette existence. Peut être que je me suis laissé embarquer dans cette grande arnaque qu'on appelle la vie active, peut être que je n'étais pas aussi mature aussi ouvert d'esprit. Peut être que je ne ressentais pas le besoin de faire le point. Je me laissais tout simplement vivre. Peut être que j'avais tout simplement peur de faire le point.

On a légitimement peur de se replonger dans le passé. Etre comme ça confronté à ses regrets, à ses démons et à ses erreurs. Mais aussi peur de se projeter dans l'avenir. Un avenir angoissant, incertain, dans ce pays qui m'étouffe, dans ce vaste monde qui me fait peur.

Mais la fuite interminable ne menait à rien. Un bilan s'imposait!

Des décisions devaient être prises; des décisions qui prises aujourd'hui à 25 ans conditionneraient le reste de mon existence. Dois je continuer? Est ce que j'ai fait le bon choix? Qu'est ce que je veux vraiment faire? Comment je vais faire par la suite?

Un trop plein de questions qui trottaient dans mon esprit mais auxquelles je ne trouvais pas de réponses. C'est en vrai le temps qui m'a permis de comprendre que je ne saurais guère répondre sans me poser la question la plus banale, la plus simple mais aussi la plus légitime, la plus profonde: c'est quoi mon but dans la vie?

Les autres questions me paraissaient du coup futiles et accessoires. Elles traitaient toutes des moyens mais pas du but. C'est comme si je me préparais à un long voyage, je préparais mon itinéraire mais je ne connaissais pas ma destinée. Absurde non?

Pourtant c'étais mon premier constat. On se laisse embarquer dans une dynamique qui nous a été soufflée, dictée voire préméditée. Forcé de suivre le petit train-train sans vraiment prendre la peine d'y réfléchir. Je trouve déjà qu'à 18 ans on est confronté à un choix prépondérant dans nos vies. On te demande à toi jeune de 18 ans, jeune bachelier qui a les yeux dans les étoiles et les pieds profondément enfouis dans le sol, de faire un choix que tu devras assumer pour le restant de tes jours. Tu devras choisir ce que tu veux faire dans la vie; choisir ton métier. Un métier qui te suivra tout au long, qui te déformera, te façonnera, te définira.

Plus tard tu te présenteras par ton nom, ton prénom, ta nationalité, tes origines, ta confession (sujets qu'on t'imposera à la naissance et que tu devras défendre pour le reste de tes jours), mais aussi par ta profession!

Voilà, moi Idriss, jeune Tunisien de 25 ans, "futur médecin". Oui mais moi ce choix est ce que je l'ai fait en toute âme? En toute conscience? Est ce qu'à 18 ans je savais dans quoi je m'embarquais? Je n'en suis plus si certain.

Je me suis alors rappelé de ceci. J'ai 99 défauts mais le pessimisme n'en est pas un. Mes amis les plus proches vous diront que je suis inlassablement optimiste voire un poil trop. Je tends à voir mon monde en couleurs, à traire du bon de ce qui est mauvais. Je ne vis pas dans un monde de "bisousnours" ou de licornes mais j'avoues que j'aimerais bien. Dés lors j'ai décidé d'intégrer mon choix de carrière dans ma quête et d'endosser cette réalité.

Une très bonne amie à moi m'a un jour dit un truc qui m'a bouleversé. C'était quel qu'un de très contenant et qui avait envers moi un regard protecteur presque maternel. Elle m'a parlé alors que j'étais en pleine réflexion sur tous ces sujets, j'étais en quelque sortes en plein remaniement interne, un véritable chantier!

Elle m'a dit ceci: "Je ne me fais pas de soucis pour toi. Je sais que tout ira bien pour toi. Tu t'en sortiras.Tu réussiras ce que tu voudras entreprendre. C'est parce que tu es quelqu'un de positif. Tu tireras du bon de ce que tu vivras. Tu survivras à tes défaites et tu en tireras des leçons. Ta plus grande qualité est ton adaptabilité et ceci te sauveras." Elle en parlait avec une conviction inébranlable, ce qui m'a déstabilisé. Elle a ensuite ajouté: "Il te faudra juste un but! Un objectif à atteindre. C'est quoi ton but Idriss?"

Sa question résonna en moi comme un écho, mais aussi comme une évidence. C'est comme si elle savait que je pataugeais dans mes questions. Inutile de vous dire que quand on entame une quête comme celle là, on peut se perdre mille fois en chemin. Alors quand elle m'a parlé j'ai vu en elle le sauveur auquel je voudrais m'agripper pour avoir des réponses tel un naufragé qui se raccroche à une brindille. Je voulais lui demander conseil, lui demander de m'orienter, d'éclaircir mon chemin.

Elle fut cependant beaucoup plus lucide que moi et je ne la remercierais jamais assez pour ça. Elle a su me dire avec la diplomatie qui est la sienne que non! Je n'avais pas besoin qu'on m'éclaire, ou qu'on choisisse à ma place. Je devais choisir tout seul ma destinée, ma voie.

Je ferais mon choix tout seul. Je me fixerais un objectif, mon but et pour lequel je serais prêt à livrer mes guerres. Avoir un but vital te permettra de te livrer à mille batailles et de faire mille sacrifices et à en tirer un plaisir divin. Sinon on vivra une vie vide, dénuée de sens et quand on se retrouvera un jour perdu on blâmera les autres, nos amis, nos parents, la société, les étoiles, les constellations, la bonté divine, le monde, sans avoir le courage de se regarder dans un miroir.

Ce fut comme un déclic, une révélation, une illumination qui m'a secouée. Je m'éveillais à un océan d'opportunités, un océan de possibilités. Un océan effrayant de part son immensité mais excitant de part les réponses qu'il cachait dans ses entrailles. Ce ne fut pas de tout repos mais je savais désormais ce qu'il me restait à faire. Je devais rechercher cette petite voix qui existe en chacun de nous pour savoir ce que je veux. Je dirais qu'en vrai peu de gens ont su écouter cette voix intérieure. Déjà il en fallait beaucoup pour la trouver; il fallait raviver l'enfant qui dormait en vous (car oui, lui, il savait, il est à l'origine de la petite voix) mais il fallait aussi la fougue de la jeunesse qui apporte ce brin de folie, cette dose de courage qui nous fait croire en notre rêve, notre voie. Le tout en synergie.

Dés lors je savais à peu prés ce que je voulais. Je voyais presque le bout du tunnel. Je savais aussi que je devais composer avec mes choix, mes expériences, mon vécu. Ça sera ma force, mes atouts. Et si mes choix passés ne sont pas en adéquation avec mon objectif je prendrais ça pour un défi.

Donc voilà moi c'est Idriss, 25 ans, jeune tunisien ambitieux, futur médecin. J'ai un but et j'ai un plan. J'ai choisi de raconter des histoires! Oui des histoires; les miennes, celles de ma famille, de mon pays, de ma ville (ma belle Mahdia), de mes voyages, mes aussi les vôtres et toutes celles des personnes que j'aurais la chance de croiser dans ma vie.

Raconter des histoires mais également aider les gens à raconter les leurs. Je ne connais pas encore tous les moyens que j'aurais en mains mais je le ferais!

J'écrirais des livres, je peindrais des toiles, je chercherais à connaitre des gens inspirants, je voyagerais, je m'enivrerais des cultures et des contes. Je voudrais être une éponge pour absorber les arts, la musique, les récits. Je voudrais collectionner les rencontres, les souvenirs, les histoires que je raconterais plus tard.

C'est dans cette vision globale que j'ai décidé que mon métier ne sera pas un obstacle pour moi mais un atout, un tremplin! Ce métier qui m'a amené à côtoyer riches et pauvres, grands et petits, malades et mourants, faibles et forts, tous avec des histoires à en revendre.

Je voudrais être psychiatre pour arriver à déchiffrer, à mon échelle, la dynamique de l'être humain dans sa complexité et sa simplicité, ses humeurs et ses retranchements. Explorer son potentiel et connaitre ses limites pour arriver peut être un jour à regrouper ces histoires qui tissent ensemble la toile universelle qui nous unit.

Ceci dit je reste lucide et je sais que devenir psychiatre n'est pas mon objectif mais un moyen, un moyen certes précieux mais pas plus qu'un moyen car moi mon but c'est de raconter des histoires. Et si par malchance je n'ai pas pu avoir accès à la spécialisation en psychiatrie ça ne sera pas la fin de mon histoire personnelle mais un défi de plus à relever.

Voilà je vous ai parlé du début de mon histoire. Il faut un début à tout et j'avais le besoin de commencer à raconter. A vous d'écrire votre histoire. Ecrivez la avec vos propres mains pour qu'un jour on puisse la conter, pour que quelque part dans ce bas monde vous laissiez une trace...une histoire!

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